EXAGERE RIVISTA - Gennaio-Febbraio 2024, n. 1-2 anno IX - ISSN 2531-7334

Harry, le périmètre de la Couronne ou la ronde interminable du suppléant désigné et des substituts introuvables.

de Thémélis Diamantis

(FRA/ITA traduzione in fondo)

Are not the mountains, waves and skies, a part of me and of my soul, as I of them?

(Lord Byron, Childe Harold’s Pilgrimage).

Tout ce qui est intéressant se passe dans l’ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes

(Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit).

Toute périphérie suppose l’existence d’un centre comme l’indique l’étymologie du terme : en géométrie, la périphérie (περιφέρεια) désigne la circonférence d’un cercle ou d’une sphère. Elle en constitue le contour, le périmètre, le pourtour, calculé depuis son centre (κέντρο), par exemple la pointe du compas servant à former un cercle sur le plan, en géométrie classique, ou, en astronomie, le soleil, autour duquel se déploie le système qu’il organise et dont il se trouve au centre. De même, c’est toujours le centre et non la périphérie qui organise un système jusqu’à en poser les limites en termes de bornes extérieures. Si c’est bien la circonférence d’un cercle qui en rend les limites apparentes (en étant également au plus proche de ce qui est extérieur à celui-ci), elle est elle-même produite par son centre (la pointe du compas). Il serait faux, de ce fait, de penser la question des limites depuis la périphérie et non depuis le centre, car même quand cette dernière cherche à contester l’autorité centrale dont elle est issue – comme nous en verrons sous peu une illustration – elle reste déterminée par celui-ci. Il est de même essentiel de ne pas se tromper de centre quand on parle d’un système, afin de pouvoir également comprendre les mouvements apparaissant à sa périphérie. C’est une question paradigmatique : on se trompe forcément si on attribue à un système les propriétés d’un autre, si on en confond les centres et les périphéries. C’est d’autant plus important que tout centre – lequel ne se confond par ailleurs jamais avec la périphérie – fait souvent office de cause et sa périphérie d’effet qui en résulte.

Par extension, la périphérie doit son sens, son existence et parfois même son organisation propre au centre dont elle émane. C’est autour des villes, si on prend un exemple en géographie humaine, que naissent de nouveaux quartiers d’habitation. De la même façon, dans une lecture combinant des éléments de géographie naturelle et humaine, du temps des Lacustres, c’est autour des lacs que ces populations sédentarisées étaient venues s’installer afin de développer leurs activités. Dans ces deux exemples, la ville autant que le lac constituent un centre géographique générateur d’une impulsion et d’une extension humaines. En bien ou en mal, c’est du centre que découle ce qui s’en développe, non l’inverse. Les banlieues ne créent pas les villes qu’elles entourent, pas plus que les Lacustres n’ont donné naissance aux lacs…

Tout centre établit par ailleurs, sous une forme ou sous une autre, un phénomène d’attraction en sa direction, témoin de son autorité, comme, sur un plan physique, la gravitation terrestre exerce son attraction sur les corps du fait de la masse de la Terre, ou comme le font, dans le registre social, les centres de la vie religieuse ou culturelle lesquels attirent vers eux ceux qui s’en réclament ou qui se reconnaissent en eux : pour prendre deux exemples, tous les Fidèles musulmans en capacité physique et économique de le faire sont tenus, une fois au moins dans leur vie, d’effectuer le pèlerinage à la Mecque ; les amateurs d’opéras (suffisamment fortunées, là aussi…) n’hésiteront pas à se rendre à la Scala de Milan, à la Wiener Staatsoper, au Metropolitan Opera House ou à l’Opéra Garnier (entre autres lieux) pour prendre part aux représentations qui s’y donnent.

S’il est entendu que les planètes de notre système n’ont d’autre choix que de tourner autour du soleil et que personne n’a l’obligation de se rendre à l’Opéra, que penser d’un homme dont l’inscription dans un système le place simultanément en son centre et à sa périphérie ? C’est bien l’unique raison qui me conduira, dans les lignes à venir, à m’intéresser au destin du Prince Harry, notamment depuis la récente publication de son ouvrage autobiographique Le suppléant (Spare)[1].

Les questions du centre et de la périphérie se prêtent ici à deux lectures, l’une, factuelle ou institutionnelle, qui reviendrait à s’interroger sur la place du prince dans le système monarchique britannique ; l’autre, en abordant cette même thématique sous son jour intime (et sans doute aussi plus inconscient) pour Harry lui-même : qu’est-ce qui tient lieu pour lui de centre et de périphérie, sur le plan du fonctionnement monarchique et sur son plan psychique propre, dans sa pâte intime ? Cette lecture, nous le verrons, se décline de diverses manières et révèle chez Harry des confusions multiples et peut-être aussi un combat mené depuis un centre moins directement identifiable. Ce qui est central pour la monarchie ne l’est sans doute pas pour Harry et ce qui a valeur de centre pour ce dernier comprend de multiples facettes dont certaines lui échappent car vraisemblablement en ne les identifiant pas il les confond. Je propose d’en étudier d’abord le volet le plus objectif ou le plus directement observable et identifiable, avant de passer à une lecture plus intime qui déplace sur un plan différent les questions de centre et de périphérie, un peu comme dans le théâtre d’Anton Tchekhov, dans lequel chaque personnage est le protagoniste principal de son drame personnel et le protagoniste secondaire du drame des autres figures…

À l’inverse des révolutionnaires français ou russes, Harry ne cherche pas à renverser un système monarchique, à en faire exploser le réacteur central au profit d’un paradigme politique alternatif (une République pure sur le modèle français ou italien, par exemple). Or aussi longtemps qu’un système est en place, le rapport entre le centre et la périphérie ne peut s’inverser. Que recherche-t-il alors ? L’auteur de Spare exprime simultanément sa volonté à prendre ses distances avec le système monarchique anglais auquel il reproche de lui avoir attribué une place périphérique, de l’avoir réduit au rôle du suppléant, en même temps qu’il justifie son éloignement délibéré avec le milieu royal britannique par des violences (principalement symboliques et verbales) subies (par la suite aussi par sa femme), notamment de la part de son père et de son frère, autrement dit comme une réaction à une série d’humiliations privées dont il a fait l’objet dans sa famille.

En formulant ces deux critiques dans un même mouvement, il confond en réalité deux centres ou deux systèmes : celui de la famille et celui de la monarchie. Or si la première repose sur les individus et les liens intimes et affectifs – certes complexes – qui les relient, la seconde ne se soucie que de son fonctionnement interne, indépendamment des personnes et de leurs états d’âmes…. « Never complain , never explain » est bien une devise monarchique et non familiale, une stratégie de (non-)communication envers un public externe à l’institution, qui protège les intérêts de la Couronne, non ceux des membres d’un système familial.

Aux yeux de la Monarchie, sa pérennité constitue le centre de son système, son unique priorité ; celle-ci est institutionnelle ; elle prime sur les individus qui la composent : il lui faut assurer la production d’un successeur (et non d’un remplaçant), pour monter sur le trône au moment du décès du monarque régnant. Dans ce système, les règles sont claires ; elles répondent au principe de primogéniture : l’antériorité de naissance définit l’ordre d’accession au trône. Harry, en tant que cadet, n’était que le remplaçant de William, au cas où ce dernier devait mourir avant d’avoir conçu sa propre descendance. William et sa femme ont depuis lors eu trois enfants ; Harry n’est de ce fait même plus le remplaçant de son frère puisque ce dernier (et par voie de conséquence la Monarchie) a produit ses propres successeurs… Au décès de Charles, William sera roi ; puis le trône ira à sa descendance. C’est ainsi. Harry est véritablement le suppléant car il a d’emblée été désigné comme tel par l’instance du Symbolique (au sens de Lacan). Le système n’accorde simplement pas de place aux états d’âmes des individus périphériques à son fonctionnement. Ce point fait l’objet d’un des passages principaux de Spare, donnant d’ailleurs son titre au livre, quand Harry rapporte les propos suivants de Charles à Diana : « Merveilleux ! Maintenant vous m’avez donné un héritier et un remplaçant – mon travail est terminé. »

À l’intérieur du système monarchique, le destin de Harry ressemble à celui de Sisyphe dans l’antique mythologie grecque (condamné par Zeus, pour avoir contrarié le projet de ses « amours » avec Égine – la fille du dieu-fleuve Asopos – à pousser au sommet d’une colline un rocher qui en dévalait la pente à chaque tentative) : il n’existe pas d’instance supérieure à celle du dieu. Même injuste, la volonté divine fait office de loi. Le centre s’impose toujours à la périphérie.

Sur un plan plus personnel ou familial, Charles aurait aussi, non sans sadisme, plaisanté devant Harry sur l’identité de son père biologique (soupçonné de pouvoir être James Hewitt – également roux – l’ancien amant de Diana) : « Qui sait si je suis ton vrai père ? »…Quand le travail est terminé (que la Couronne a son héritier), le reste importe peu…

Harry, est-il un membre d’un système familial ou de l’institution monarchique britannique ? Pour lui, l’un ne va pas sans l’autre. Il ne les sépare pas. Son statut de suppléant, de membre périphérique, entraîne dès lors en lui une souffrance sur les deux tableaux . Il se vit comme injustement satellisé dans chacun de ces systèmes. C’est sur ce point que son regard diffère de celui des autres membres de sa royale famille pour qui la loyauté à la Couronne prime sur les liens personnels ou affectifs unissant un père à son fils ou deux frères entre eux. Harry voit un seul centre, là où les autres en voient deux, dans un rapport de hiérarchie qui subordonne implacablement les facteurs privés au devoir public, au fonctionnement institutionnel monarchique et aux codes qui le régissent.

C’est la forme très particulière de ce débat qui m’intéresse, dans la confusion des centres et des périphéries qui le composent et par les enjeux multiples et croisés qu’il produit. En confondant les plans par l’expression d’une souffrance qui les englobe, Harry brouille la lecture de son propos, pire, il exporte dans le débat public l’amalgame des codes et des principes régissant les familles et ceux employés par la monarchie ; il confond différent personnel et affaire publique. Le lecteur, comme le citoyen, ne peuvent plus identifier sur quel centre et sur quelle périphérie le débat porte. Est-il purement privé ou se situe-t-il dans l’espace institutionnel public  ? Concerne-t-il de manière interne la Monarchie et/ou la famille régnante, ou le plan collectif des citoyens d’une nation dont cette Monarchie participe aux institutions publiques ? Une confusion en entraînant une autre, l’incapacité dont fait preuve Harry à distinguer ces systèmes – leurs centres et leurs périphéries – l’amène, même involontairement, à proposer à ses lecteurs de faire de son cas personnel un prisme de lecture politique, ce qui évidemment constitue une erreur.

De même, est-ce à l’humain ou au citoyen que Harry s’adresse ? Il fait en quelque sorte de ses lecteurs un double de lui-même : sujets royaux et sujets propres…par ailleurs, il les prend simultanément à partie comme des confidents personnels mais aussi comme une autorité publique et privée susceptible de servir de tribunal dans les deux versants (confondus) du conflit qu’il porte à leur connaissance.

Sa position face aux lecteurs est de ce fait aussi peu claire que son propre positionnement face à sa famille ou/et à la monarchie : sur chacun de ces deux plans, il se décrit dans le système et en dehors de celui-ci…en son centre et à sa périphérie (voire au-delà…)… se plaignant tantôt de s’y trouver ou d’en être exclu…revendiquant à la fois le droit légitime à en faire partie et celui de pouvoir s’en tenir écarté…tout en même temps…

Parallèlement, en exposant dans le domaine public ses explications et ses griefs (en totale transgression de la devise du « Never complain , never explain » …), il semble adresser un message personnel à sa propre famille sans pour autant chercher à remettre en cause la légitimité constitutionnelle de la Royauté.

C’est cette indétermination ou ce louvoiement permanent de sa prise de parole qui la rend inaudible. En signant son livre « Prince Harry », l’auteur produit une sorte d’oxymore par la simple association de ces deux termes, annonçant de ce fait dès la page de garde tout le paradoxe de son récit, avant même que ses lecteurs n’en découvrent le contenu.

Un autre paradigme de lecture est cependant possible, venant compléter ce qui précède ou l’éclairer sous un jour différent. Le véritable « centre » depuis lequel Harry prend la parole pourrait être purement personnel et intime. Les questions précédemment abordées n’en seraient que des conséquences, en formeraient en quelque sorte la périphérie pour ne pas dire…la couronne.

Au moment d’écrire Spare, Harry savait depuis longtemps qu’il n’était plus concerné par les questions qui concentrent les intérêts de la Monarchie. Il en connaissait les rouages depuis toujours et avait eu depuis belle-lurette le temps de faire son deuil d’un possible destin royal. Son but, était-il dès lors de donner libre cours à son seul ressentiment d’avoir été placé en périphérie de la succession ou rejeté en banlieue de la Monarchie, comme semble le suggérer le titre du livre, ou s’agirait-il d’un autre deuil, plus difficile à faire, d’une histoire plus ancienne, plus complexe, plus intime et plus douloureuse que de ne pas incarner un jour le sommet de la monarchie britannique, dont les blessures viendraient ici refaire surface ? J’en aborderai l’idée sans me perdre dans les détails d’une histoire (au demeurant connue), pour m’en tenir à la question du centre et de la périphérie examinés sous l’angle de leurs enjeux psychiques.

Pour qui, Harry n’était-il pas le suppléant de son frère ? Qui les a aimés et considérés de manière égale ? Leur mère, Diana, décrite à l’inverse de Charles comme une personne empathique et protectrice, une mère aimante, forcément irremplaçable aux yeux de son enfant … et dont il avait dû suivre, âgé alors de 12 ans seulement, le convoi funéraire sous les yeux de la foule londonienne, à bonne distance et sans verser une larme ou exprimer la moindre émotion afin de respecter le protocole royal qui encadrait la circonstance. Le destin de cette mère présente d’ailleurs des analogies frappantes avec celui de son fils cadet : dans une logique toute monarchique, aucun des deux n’a été choisi ou conçu par amour pour lui ou simplement des suites d’un désir et d’un mouvement initié par l’amour entre deux personnes; dans le système monarchique, Harry comme sa mère sont là avant tout pour assurer une fonction : l’une pour donner naissance à l’héritier de la Couronne, l’autre pour le remplacer au besoin ; l’une sert de fournisseur, l’autre de rechange. On pourrait facilement penser qu’en plus de l’amour unissant l’enfant et sa mère, ils peuvent avoir partagé le sentiment d’avoir été trahis, utilisés voire abusés par un système implacable, froid, voire cynique. C’est de la convergence de ces rancœurs et de ces destins, en miroir l’un de l’autre, que Spare serait aussi le résultat. Le livre révèle, par exemple, que Charles n’aurait pas embrassé Harry après la mort de Diana. Harry écrit : « Sa main est tombée une fois de plus sur mon genou et il a dit : ‘ ça va aller’. C’était beaucoup pour lui. Paternel, plein d’espoir, gentil. Et tellement faux ». Ce n’est pas du statut officiel ou successoral des protagonistes dont il est ici question mais du sentiment et la relation humaine. Elles ne constituent manifestement, du côté du père, aucun centre, ni même aucune périphérie.

Vu sous cet angle, ce livre serait pour Harry un moyen – j’imagine en partie inconscient – de ressusciter la voix de la mère dans les paroles du fils (un peu comme dans l’Acte II des Contes d’Hoffmann de Jacques Offenbach, où Antonia chante en duo avec sa mère défunte), de les réunir (à nouveau) dans l’expression à la fois d’un amour partagé et d’une souffrance commune (car provenant des mêmes causes).

À l’inverse de la Monarchie pour qui la reproduction de son fonctionnement constitue le centre et l’amour ou les personnes une périphérie plus ou moins lointaine, Harry, en utilisant les médias aux mêmes fins que sa mère (comme dans le fameux entretien télévisé au cours duquel elle avait exposé les raisons de l’échec de son mariage, afin de se présenter au public comme une victime du système monarchique et de la déloyauté amoureuse de son conjoint), ne tente-t-il pas de poser l’amour (entre un parent et son enfant – indépendamment de qui sera roi – …, d’un mari et de sa femme, de deux frères entre eux, etc.) comme le centre auquel l’ensemble des autres enjeux devrait servir de périphérie ? Il ferait alors preuve d’un point de vue un peu trop naïf au vu du fonctionnement du système monarchique … mais certainement sincère et humainement compréhensible.

Pour le dire dans les termes d’une métaphore empruntée au champ économique (mais qui fonctionne tout autant sur le plan psychique) : quel est le prix de cette mère, la contrepartie, le dédommagement, voire le bénéfice qui en compenserait la tragique disparition pour le plus jeune de ses fils ? En plus d’avoir perdu une mère aimante que personne ne peut lui rendre ou remplacer (et certainement pas sa belle-mère…), il y a également perdu son frère et son père aspirés dans la spirale de leur destin royal dont ils ont épousé les conventions et les attitudes. Eux y gagnent un trône… lui a tout perdu sans rien y gagner en retour. Pour lui, le prix n’y est pas… ou alors, la facture est trop salée … ou encore, le deal n’est pas fair… Comme pour sa mère, en son temps.

Si Harry est un remplaçant, lui-même ne dispose en effet dans son organisation psychique d’aucun substitut à ce qu’il a perdu, en aval comme en amont, sur le plan de l’amour comme du pouvoir. Dans le dos de l’unique suppléant, se dresserait alors toute une armée de substituts impossibles, ou plutôt de fantômes. Le spare entraînerait dans son sillage un cortège de spooks. Une vie dans l’ombre de la Couronne, malgré les avantages qu’elle procure, lui apparaît sans doute également comme une trahison envers sa mère dont il ne veut se rendre coupable. Au contraire, il reproduit fidèlement son exemple : blessé à son tour par l’institution royale et les personnes qui en composent le noyau, il se met en retrait des deux et exprime ouvertement ses griefs à leur égard.

Cet « affranchissement » de Harry (dont les conditions et les intentions pourraient au demeurant être largement débattues sur un plan moral…) au profit d’une vie « civile » avec sa femme (dont on peut penser qu’elle représente pour lui un pôle féminin stable à l’instar de sa mère dans le passé, voire une façon d’en poursuivre certains des combats) et leurs enfants traduirait à ce titre non sa mise en périphérie d’un système mais son arrimage délibéré à un centre dont il revendique… l’héritage.


Harry, il perimetro della Corona o il girotondo infinito di supplenti designati e supplenti non rintracciabili.

di Thémélis Diamantis

Are not the mountains, waves and skies, a part of me and of my soul, as I of them?

(Lord Byron, Childe Harold’s Pilgrimage).

Tout ce qui est intéressant se passe dans l’ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes

(Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit).

Ogni periferia suppone l’esistenza di un centro come indica l’etimologia del termine: in geometria, la periferia (περιφέρεια) designa la circonferenza di un cerchio o di una sfera. Costituisce il contorno, il perimetro, la circonferenza, calcolata a partire dal suo centro (κέντρο), ad esempio il punto cardinale utilizzato per formare un cerchio sul piano, in geometria classica, o, in astronomia, il sole, attorno al quale si dispiega il sistema che organizza e di cui è al centro. Allo stesso modo, è sempre il centro e non la periferia che organizza un sistema fino a fissarne i limiti in termini di confini esterni. Se è infatti la circonferenza di un cerchio che ne rende evidenti i limiti (essendo anche più vicina a ciò che è al di fuori di esso), essa stessa è prodotta dal suo centro (il punto cardinale). Sarebbe quindi sbagliato pensare alla questione dei limiti dalla periferia e non dal centro, perché anche quando quest’ultimo cerca di sfidare l’autorità centrale da cui proviene – ne vedremo tra poco un esempio – rimane determinata da Esso. È anche essenziale non confondere il centro quando si parla di un sistema, per poter comprendere anche i movimenti che si manifestano alla sua periferia. E’ una questione paradigmatica: inevitabilmente ci sbagliamo se attribuiamo a un sistema le proprietà di un altro, se ne confondiamo i centri e le periferie. E’ importante in quanto ogni centro – da non confondere mai con la periferia – agisce spesso come causa e la sua periferia come effetto risultante.

Per estensione, la periferia deve il suo significato, la sua esistenza e talvolta anche la sua stessa organizzazione al centro da cui emana. È intorno alle città, se prendiamo un esempio dalla geografia umana, che nascono nuove aree residenziali. Allo stesso modo, in una lettura che combina elementi di geografia naturale e umana, al tempo dei popoli lacustri, era intorno ai laghi che queste popolazioni sedentarie si erano stabilite per sviluppare le loro attività. In questi due esempi, la città così come il lago costituiscono un centro geografico che genera impulso ed estensione umana. Nel bene o nel male, ciò che si sviluppa da esso fluisce dal centro, non viceversa. I sobborghi non creano le città che circondano, così come i Lacustri non hanno dato vita ai laghi…

Ogni centro instaura, inoltre, in una forma o nell’altra, un fenomeno di attrazione nella sua direzione, a testimonianza della sua autorità, così come, sul piano fisico, la gravitazione terrestre esercita la sua attrazione sui corpi a causa della massa della Terra, o così come, nel caso sociale, i centri di vita religiosa o culturale che attirano verso di sé coloro che lo rivendicano o che vi si riconoscono.  Tutti i Fedeli Musulmani in capacità fisica ed economica, dovrebbero, almeno una volta nella vita, fare il pellegrinaggio alla Mecca; gli amanti dell’opera (abbastanza ricchi, anche lì…) non esiteranno ad andare alla Scala di Milano, alla Wiener Staatsoper, al Metropolitan Opera House o all’Opéra Garnier (tra gli altri luoghi) per assitere alle rappresentazioni che vi si tengono.

I pianeti del nostro sistema non hanno altra scelta che ruotare intorno al sole e che nessuno ha l’obbligo di recarsi all’Opera, cosa pensare di un uomo la cui inclusione in un sistema lo pone contemporaneamente al suo centro e alla sua periferia? Questo è l’unico motivo che mi porterà, nelle righe a venire, a interessarmi al destino del principe Harry, soprattutto dopo la recente pubblicazione della sua opera autobiografica Spare.

Le questioni del centro e della periferia si prestano qui a due letture, una, fattuale o istituzionale, che equivarrebbe a mettere in discussione il posto del principe nel sistema monarchico britannico; l’altra, affrontando questo stesso tema nella sua luce intima (e probabilmente anche più inconscia) per lo stesso Harry: ciò che per lui prende il posto di centro e periferia, in termini di funzionamento della monarchia e sul proprio piano psichico, nella sua intimità? Questa lettura, come vedremo, è declinata in vari modi e rivela molteplici confusioni in Harry e forse anche una lotta intrapresa da un centro meno direttamente identificabile. Ciò che è centrale per la monarchia probabilmente non lo è per Harry e ciò che ha valore di centro per quest’ultimo comprende molteplici sfaccettature, alcune delle quali gli sfuggono perché probabilmente non identificandole le confonde. Propongo di studiare prima l’aspetto più oggettivo o quello più direttamente osservabile e identificabile, per poi passare a una lettura più intima che sposta su un piano diverso le questioni di centro e periferia, un po’ come nel teatro di Anton Cechov, in in cui ogni personaggio è il protagonista principale nel suo dramma personale e protagonista secondario nel dramma delle altre figure…

A differenza dei rivoluzionari francesi o russi, Harry non cerca di rovesciare un sistema monarchico, di far esplodere il suo reattore centrale a favore di un paradigma politico alternativo (una Repubblica pura sul modello francese o italiano, per esempio). Tuttavia, finché esiste un sistema, il rapporto tra il centro e la periferia non può essere invertito. Cosa cerca allora? L’autore di Spare esprime contemporaneamente la volontà di prendere le distanze dal sistema monarchico inglese, che critica per avergli attribuito un posto periferico, per averlo ridotto al ruolo di ricambio, nello stesso tempo in cui giustifica il suo deliberato allontanamento con l’ambiente reale britannico dalla violenza (prevalentemente simbolica e verbale) subita (successivamente anche dalla moglie), in particolare da parte del padre e del fratello, ovvero come reazione ad una serie di umiliazioni private a cui era soggetto nella sua famiglia.

Formulando queste due critiche nello stesso movimento, egli confonde in realtà due centri o due sistemi: quello della famiglia e quello della monarchia. Se però il primo si basa sugli individui e sui legami intimi ed affettivi – certamente complessi – che li legano, il secondo si preoccupa solo del suo funzionamento interno, indipendentemente dalle persone e dai loro stati d’animo…. “Never complain, never explain” è infatti un motto monarchico e non di famiglia, una strategia di (non)comunicazione verso un pubblico esterno all’istituzione, che tutela gli interessi della Corona, non quelli dei membri di un sistema familiare. .

Agli occhi della Monarchia, la sua sostenibilità costituisce il centro del suo sistema, la sua unica priorità; questo è istituzionale; ha la precedenza sugli individui che lo compongono: deve assicurare la produzione di un successore (e non un ricambio), che salga al trono al momento della morte del monarca regnante. In questo sistema le regole sono chiare; esse corrispondono al principio della primogenitura: l’anteriorità della nascita definisce l’ordine di ascesa al trono. Harry, da giovane, era solo il ricambio di William, nel caso in cui quest’ultimo fosse morto prima di aver concepito la propria prole. William e sua moglie da allora hanno avuto tre figli; Harry quindi non è più nemmeno il sostituto del fratello poiché quest’ultimo (e di conseguenza la Monarchia) ha prodotto i propri successori… Alla morte di Carlo, William sarà re; allora il trono andrà ai suoi discendenti. Così è. Harry è veramente il ricambio perché è stato subito designato come tale dall’autorità del Simbolico (nel senso di Lacan). Il sistema semplicemente non lascia spazio agli umori degli individui periferici al suo funzionamento. Questo punto è oggetto di uno dei passaggi principali di Spare, che dà il titolo al libro, quando Harry riporta le seguenti parole di Charles a Diana: “Meraviglioso! Ora mi hai dato un erede e un successore, il mio lavoro è finito. »

All’interno del sistema monarchico, il destino di Harry ricorda quello di Sisifo nell’antica mitologia greca (condannato da Zeus, per aver contrariato il progetto dei suo “amore” con Egina – la figlia del dio fluviale Asopos – a spingere sulla cima di una collina una roccia che rotolava giù per il pendio ad ogni tentativo): non c’è autorità superiore a quella del dio. Anche ingiusta, la volontà divina serve da legge. Il centro si impone sempre sulla periferia.

Sul piano più personale o familiare, Charles avrebbe anche, non senza sadismo, scherzato davanti a Harry sull’identità del padre biologico (sospettato di essere James Hewitt – anche lui rosso – ex amante di Diana): “Chissà se sono il tuo vero padre? “…Quando il lavoro è finito (che la Corona ha il suo erede), il resto non ha importanza…

Harry, è un membro di un sistema familiare o dell’istituzione monarchica britannica? Per lui l’uno non va senza l’altro. Non si separano. La sua condizione di ricambio, di membro periferico, lo fa quindi soffrire su entrambi i fronti. Si considera ingiustamente posto da satellite in ciascuno di questi sistemi. È su questo punto che la sua visione differisce da quella degli altri membri della sua famiglia reale per i quali la lealtà alla Corona ha la precedenza sui legami personali o affettivi che uniscono un padre a suo figlio o due fratelli tra loro. Harry vede un unico centro, dove altri ne vedono due, in un rapporto gerarchico che subordina inesorabilmente i fattori privati ​​al dovere pubblico, al funzionamento istituzionale monarchico e ai codici che lo governano.

È la forma molto particolare di questo dibattito che mi interessa, nella confusione dei centri e delle periferie che lo compongono e per le molteplici e intersecanti questioni che produce. Confondendo i piani con l’espressione di una sofferenza che li avvolge, Harry offusca la lettura delle sue parole, peggio, esporta nel dibattito pubblico l’amalgama di codici e principi che governano le famiglie e quelli usati dalla monarchia; confonde diversi affari personali e pubblici. Il lettore, come il cittadino, non riesce più a identificare di quale centro e di quale periferia si tratti. È puramente privato o si trova nello spazio istituzionale pubblico? Riguarda la Monarchia e/o la famiglia regnante al suo interno, o il progetto collettivo dei cittadini di una nazione di cui questa Monarchia partecipa alle istituzioni pubbliche? Una confusione che porta all’altra, l’incapacità di Harry di distinguere questi sistemi – i loro centri e le loro periferie – lo porta, anche involontariamente, a suggerire ai suoi lettori di usare il suo caso personale come prisma per una lettura politica, il che ovviamente è un errore.

Allo stesso modo, è l’umano o il cittadino a cui Harry si rivolge? In un certo senso, fa dei suoi lettori il doppio di se stesso: sudditi reali e sudditi personali… inoltre, li rimprovera contemporaneamente come confidenti personali ma anche come autorità pubblica e privata in grado di servire da tribunale in entrambe le parti (unite) del conflitto che porta alla loro attenzione.

La sua posizione nei confronti dei lettori è quindi poco chiara quanto la sua posizione nei confronti della sua famiglia e/o della monarchia: su ciascuno di questi due piani, descrive se stesso all’interno del sistema e al di fuori di esso… nel suo centro e alla sua periferia (anche oltre…)…lamentandosi a volte di esserci o di esserne esclusi…rivendicando sia il legittimo diritto di farne parte sia quello di poterne starne alla larga…tutto allo stesso tempo…

Allo stesso tempo, esponendo al dominio pubblico le sue spiegazioni e le sue rimostranze (in totale trasgressione del motto “Mai lamentarsi, mai spiegare”…), sembra inviare un messaggio personale alla propria famiglia senza, tuttavia, cercare di mettere in discussione la legittimità costituzionale della regalità.

È questa indeterminazione o questa oscillazione permanente del suo discorso che lo rende impercettibile. Firmando il suo libro “Prince Harry”, l’autore produce una sorta di ossimoro dalla semplice associazione di questi due termini, annunciando così dalla copertina tutto il paradosso della sua storia, ancor prima che i suoi lettori ne scoprano il contenuto.

Un altro paradigma di lettura è tuttavia possibile, integrando quanto sopra o illuminandolo sotto una luce diversa. Il vero “centro” da cui parla Harry potrebbe essere puramente personale e intimo. Le questioni precedentemente affrontate sarebbero solo conseguenze, formerebbero in un certo senso la periferia … per così dire la corona.

Al momento della stesura di Spare, Harry sapeva da tempo di non essere più interessato a questioni che focalizzano gli interessi della monarchia. Ne aveva sempre saputo il funzionamento e da tempo aveva avuto il tempo di piangere un possibile destino regale. Il suo obiettivo era allora quello di dare libero sfogo al suo unico risentimento per essere stato posto ai margini della successione o respinto ai margini della Monarchia, come sembra suggerire il titolo del libro, o si trattava altro lutto, più difficile da piangere, per una storia più antica, più complessa, più intima e più dolorosa di non incarnare un giorno l’apice della monarchia britannica, le cui ferite verrebbero a riaffiorare? Senza perdermi nei dettagli di una storia (d’altronde nota), mi atterrò alla questione del centro e della periferia esaminati dal punto di vista della loro posta in gioco psichica.

Per chi Harry non era il ricambio di suo fratello? Chi li amava e li considerava allo stesso modo? La loro madre, Diana, descritta a differenza di Charles come una persona empatica e protettiva, una madre amorevole, inevitabilmente insostituibile agli occhi di suo figlio… e di cui aveva dovuto seguire il corteo funebre, allora a soli 12 anni, a distanza di sicurezza e senza versare una lacrima o esprimere la minima emozione per rispettare il protocollo reale. Anche il destino di questa madre presenta sorprendenti analogie con quello del figlio più giovane: in una logica del tutto monarchica, nessuno dei due è stato scelto o concepito per amore di lui o semplicemente come risultato di un desiderio e di un movimento iniziato dall’amore tra due persone; nel sistema monarchico, Harry come sua madre sono lì soprattutto per svolgere una funzione: l’uno per far nascere l’erede alla Corona, l’altro per sostituirlo all’occorrenza; uno funge da fornitore, l’altro da backup. Si potrebbe facilmente pensare che oltre all’amore che unisce il bambino e sua madre, possano aver condiviso la sensazione di essere stati traditi, usati o addirittura maltrattati da un sistema implacabile, freddo, persino cinico. È dalla convergenza di questi rancori e di questi destini, che si rispecchiano a vicenda, che nascerà anche Spare. Il libro rivela, ad esempio, che Charles non avrebbe baciato Harry dopo la morte di Diana. Harry scrive: “La sua mano è caduta ancora una volta sul mio ginocchio e ha detto: ‘Passerà’. Era molto per lui. Paterno, pieno di speranza, gentile. E così falso.” Non è l’ufficialità o lo status ereditario dei protagonisti che è qui in questione, ma il sentimento e il rapporto umano. Evidentemente non costituiscono, da parte del padre, alcun centro, e neppure alcuna periferia.

Visto da questa angolazione, questo libro sarebbe per Harry un mezzo – immagino in parte inconscio – per resuscitare la voce della madre nelle parole del figlio (un po’ come nell’Atto II dei Racconti di Hoffmann di Jacques Offenbach, dove Antonia  duetta con la madre defunta), per riunirli (di nuovo) nell’espressione insieme di un amore condiviso e di una comune sofferenza (perché originata dalle stesse cause).

A differenza della Monarchia per la quale la riproduzione del suo funzionamento costituisce il centro e l’amore o le persone una periferia più o meno lontana, Harry, utilizzando i media per gli stessi scopi della madre (come nella celebre intervista televisiva durante la quale aveva esposto la motivi del fallimento del suo matrimonio, per presentarsi al pubblico come vittima del sistema monarchico e dell’ infedeltà del coniuge), non cerca di porre l’amore (tra un genitore e suo figlio – indipendentemente da chi sarà re – …, di un marito e sua moglie, di due fratelli tra di loro, ecc.) come il centro a cui tutte le altre questioni dovrebbero servire da periferia? Mostrerebbe quindi un punto di vista un po’ troppo ingenuo visto il funzionamento del sistema monarchico… ma sicuramente sincero e umanamente comprensibile.

Per dirla con una metafora presa in prestito dal campo economico (ma che funziona altrettanto sul piano psichico): qual è il prezzo di questa madre, la contropartita, il compenso, anche il beneficio che compenserebbe la sua tragica scomparsa per il più giovane dei suoi figli? Oltre ad aver perso una madre amorevole che nessuno può restaurare o sostituire (e non certo sua suocera…), ha perso anche suo fratello e suo padre che sono stati risucchiati nella spirale del loro destino regale. Loro guadagnano un trono… lui ha perso tutto senza ottenere nulla in cambio. Per lui il prezzo non c’è… o il conto è troppo alto… o il deal non è fair… come sua madre, ai suoi tempi.

Se Harry è un ricambio, lui stesso non ha sostituto nella sua organizzazione psichica  ciò che ha perso, a valle come a monte, in termini di amore e potere. Alle spalle dell’unico sostituto si solleverebbe allora un intero esercito di sostituti impossibili, o meglio di fantasmi. La Spare trascinerebbe una processione di Spooks al suo seguito. Una vita all’ombra della Corona, nonostante i vantaggi che porta, gli appare probabilmente  un tradimento della madre, di cui non vuole essere colpevole. Al contrario, ne riproduce fedelmente l’esempio: ferito a sua volta dall’istituzione reale e dal popolo che ne costituisce il nucleo, si ritrae da entrambi ed esprime apertamente le sue lamentele contro di loro.

Questa “emancipazione” di Harry (le cui condizioni e intenzioni potrebbero peraltro essere ampiamente dibattute sul piano morale…) a favore di una vita “civile” con la moglie (che possiamo pensare rappresenti per lui un polo femminile stabile come sua madre in passato, anche un modo per continuare alcune bataglie) e i loro figli tradurrebbero in questo senso non la sua collocazione alla periferia di un sistema ma il suo deliberato ancoraggio a un centro di cui rivendica … l’eredità.


[1] Par souci d’honnêteté, je précise ne pas avoir lu intégralement le livre mais uniquement pris connaissance des principaux extraits de ce dernier grâce aux moyens technologiques modernes…

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