EXAGERE RIVISTA - Luglio - Agosto - Settembre 2022, n. 7-8-9 anno VII - ISSN 2531-7334

Pangloss is on Facebook : le meilleur des mondes serait-il aussi numérique ?

de Thémélis Diamantis

(FRA/ITA traduzione in fondo)

Un monde et une parole qui se concentrent et se déploient sur un écran électronique sont-ils les mêmes que ceux qui servaient de fond au conte de Voltaire ? L’univers virtuel de Facebook ou de Twitter est-il d’une même nature que son homologue sensible ? La parole y est-elle régie par des codes et des propriétés analogues à ceux en vigueur chez les humains peuplant le monde courant ? D’un monde à l’autre, y parle-t-on des mêmes choses et de la même façon ? Le meilleur des mondes peut-il aller sans le meilleur des mots, plus particulièrement de nos jours, où les réseaux sociaux ont acquis un pouvoir considérable dont on sait à quel point il forge les opinions publiques, menaçant même parfois de se substituer à un pouvoir institutionnel comme celui des Tribunaux ? J’aborderai plus directement ces questions dans la seconde partie du texte, car elles nécessitent de dégager en premier lieu certains jalons réflexifs apparus au cours de cette étonnante période de l’Histoire située après la disparition des dinosaures mais avant l’invention d’internet…

Pour Leibniz, autant que dans la caricature satyrique qu’en propose Voltaire au travers du personnage de Pangloss dans son Candide, le meilleur des mondes serait un monde accessible dans sa vérité à ceux qui en font l’expérience ou le soumettent à l’examen de leur raison. Connaître le monde permettrait ainsi de porter un jugement sur lui, par exemple en le trouvant « bon », du fait de Dieu, comme le penserait Pangloss, ou à l’inverse en considérant cette idée naïvement optimiste ou simplement contraire au constat empirique des faits dont la vie nous rend témoins, comme Voltaire le laisse entendre dans son conte philosophique. Or questionner le monde, sous quelque forme que ce soit, ne va pas sans questionner dans un même temps la pensée qui porte sur lui autant que le langage qui en formule la restitution.

La « juste mesure », au sens où Aristote en définit le principe dans son Éthique à Nicomaque (Livre II, chapitre IV), ne se traduirait-elle pas ici par la meilleure distance (… ou la meilleure proximité) possible qu’établirait le langage entre celui qui s’exprime et ce dont il parle ?

À quelle distance du monde et de nos semblables pouvons-nous au mieux les rencontrer, les comprendre, les évaluer et interagir avec eux au-travers d’actes et de paroles ? Dans quels mots, une connaissance sur le monde peut-elle être formulée ? Autrement dit, que nous apprennent nos mots de notre rapport aux choses ?  L’écart qui nous sépare d’elles est-il toujours rendu visible ou habite-t-il certains discours de manière implicite ? À trop grande distance des choses, que peut-on en dire ? Inversement, la revendication d’une forme d’intimité avec l’objet du propos ou avec ses interlocuteurs, très courante notamment sur les réseaux sociaux, constitue-t-elle une garantie suffisante de la pertinence des idées avancées ?

À titre de comparaison, la meilleure appréciation possible d’une peinture accrochée à un mur nécessite du spectateur qu’il trouve la distance idéale entre elle et lui. À cinquante centimètres d’un grand Rothko ou à cinq mètres d’une gravure de Goya, on ne verrait pas grand-chose et certainement pas le meilleur que ces œuvres ont à nous offrir. Une fois identifiée, la juste mesure de cet espace, loin de nous séparer de l’œuvre, nous permet au contraire de nous y relier, de la recevoir, de nous en autoriser un jugement et même de nous exprimer sur elle. Le langage peut-il en faire autant du monde qu’il prend pour objet ?

À en croire les Dogon – une importante population du Mali, dont la très riche mythologie nous a en premier été révélée par les travaux de l’ethnologue français Marcel Griaule au travers de deux ouvrages restés célèbres, Dieu d’eau (1948) et Le renard pâle (1965), en collaboration avec Germaine Dieterlen – les hommes ne sont pas les seuls à connaître de tels problèmes. Le dieu unique et créateur, que les Dogons appellent Amma et dont ils disent « qu’il est Parole », se serait également heurté à des difficultés semblables lors de la création du monde : les premières tentatives pour le créer ont échoué du fait que la parole de Amma, son verbe fécondant, était à l’origine trop indifférencié pour servir aux fins de la création. Par un jeu de transformations successives, cette parole s’est distribuée dans des supports différenciés – l’eau, la terre, l’air et le feu – dont Amma a fait les outils de la création du monde. La répartition d’un principe premier en des éléments distincts correspond donc ainsi chez les Dogons à la fois à une perte, un délitement (puisque le principe originel se voit en quelque sorte dilué du fait de sa distribution dans des entités distinctes) et comme une étape indispensable dans le but, toujours selon la mythologie dogon, d’instruire les huit premiers ancêtres des hommes d’une parole, certes elle-même différenciée (en tant qu’elle distingue les signifiants des signifiés) mais également de ce fait utilisable aux fins et aux exigences d’une vie terrestre. Ce que les Dogons appellent la « parole claire », est en fait la langue … ésotérique. À défaut d’être entièrement étrangère aux humains, comme l’atteste la formidable complexité symbolique de leurs masques et de leurs objets cultuels, elle leur est cependant moins intime qu’à Amma lui-même. L’accès à un langage différencié, c’est-à-dire conscient de l’écart qui sépare les choses des mots, serait en somme un mal nécessaire, ce qu’attestent très largement aussi – sur un plan différent de celui de la culture dogon – l’ensemble des recherches en psychologie cognitive autant que l’étude psychiatrique des psychoses.

Un parallèle peut être ici établi avec ce que Plotin pensait des rapports d’engendrement entre l’Un, l’Intelligence et l’Âme…dont la descente à la fois libre et nécessaire dans les corps traduit, comparée à l’Un, une forme altérée en termes de contenu ou de perfection… tout en incarnant pourtant la meilleure solution possible au vu des contingences du monde sensible. Parfois, le meilleur des mondes ne l’est pas…ou l’est en ne l’étant pas…

On peut noter au passage que dans la cosmogonie dogon, notre monde terrestre, est né par accident, hors du projet divin, du fait de la rébellion d’un fils (Ogo, le renard pâle) contre son père, Amma. Le monde est donc moins parfait que son créateur ou ses intentions et la parole qu’on y emploie est elle aussi moins parfaite que celle dont dispose ce dernier, mais malgré ces circonstances, Amma l’a quand même voulu le meilleur possible…Les Dogons, à leur manière, sont leibniziens…

Mais laissons la création du monde pour revenir au langage des hommes. Cette question de la juste mesure se retrouve au cœur de l’ancien logos des Grecs : à la fois langage, raison et mesure (ou proportion). Dans sa forme archaïque, comme chez Homère, le logos est non seulement le pendant du mythe (mythos) mais il assure également la continuité ou l’interface harmonieuse du langage, de la pensée et de la réalité, dans une forme commune et partageable pour tous. Cet équilibre idéal pouvait-il perdurer, du temps des Grecs, et a fortiori traverser les époques ?

Le fragment 89 d’Héraclite, en suivant le système de référencement de Hermann Alexander Diels-Kranz, apporte sur ce point une précision substantielle : « Il y a pour les éveillés un monde unique et commun, mais chacun des endormis se détourne dans un monde particulier ».

Ce fragment pose la distinction entre un monde commun (koinos kosmos) révélé dans son objectivité par une perception que partagent l’ensemble des sujets et un monde intime ou personnel (idios kosmos) spécifique à chacun, s’exprimant dans les rêves ou, plus généralement, traduisant une lecture du monde propre à chaque sujet singulier. Ludwig Binswanger rapprochait d’ailleurs cette opposition de celle établie par Martin Heidegger entre eigenwelt (le monde propre) et mitwelt (le monde avec).

Ce qui peut être vu ici comme une brèche dans le logos se reconnaît tout autant dans l’opposition établie par Parménide dans son poème De la nature entre l’opinion (doxa) et la vérité dans son dévoilement (alètheia), laquelle seule permet l’affirmation et la négation. Une vérité peut être affirmée ; une opinion ne peut être contredite.

Nous parvenons ainsi à une première conclusion : seule la vérité (alètheia), offre la possibilité d’une juste distance aux choses, puisque celles-ci sont rencontrées dans le monde … commun ; l’opinion, quant à elle, implique le sujet à l’intérieur de l’objet de son discours.

Reprenons à présent ces différents thèmes et appliquons-les à l’époque dans laquelle nous vivons. Celle-ci renouvelle considérablement l’ensemble de cette thématique du fait du langage numérique et des réseaux sociaux lesquels lui assurent une caisse de résonance aussi puissante qu’inédite.

On doit à Nietzsche, dans Le Gai savoir, cette phrase restée célèbre : « Dieu est mort » (Gott ist tot). Il n’a cependant pas assuré lui-même la pleine réalisation de sa prophétie (sans doute trop absorbé par la culpabilité écrasante qu’elle lui infligeait…). Si Nietzsche n’était pas lui-même parvenu à s’affranchir du cadre de pensée hérité de la métaphysique, c’est sans doute aussi parce que son instruction philosophique lui rendait connus ce cadre autant que son contenu. C’est un avantage considérable dont disposent de nos jours sur Friedrich Nietzsche – grâce à un éloignement savamment entretenu avec la philosophie et l’idée de vérité qui lui est propre -, la bloggeuse « Samantha2001 », le twittos « EternalPikachou » (tous deux sortis de mon imagination), mais aussi @realDonaldTrump et beaucoup d’autres…lesquels, bien plus que le philosophe allemand, ont contribué à reléguer aux oubliettes le paradigme métaphysique de la vérité en tant que dévoilement, que les anciens Grecs associaient au langage et plus fondamentalement au logos.

La parole sur les réseaux sociaux génère ainsi trop souvent une double confusion : celle entre l’opinion (doxa) et la vérité (alètheia), conduisant à celle entre le monde propre (idios kosmos) et le monde commun (koinos kosmos). Les conséquences sociétales en sont nombreuses et souvent graves. Celles sur la pensée (au sens le plus philosophique du terme) et sur le logos (en tant qu’il relie entre eux et au monde tous les humains) le sont peut-être davantage encore. Si l’opinion a valeur de vérité, alors tout en ce monde devient possible, et certainement pas que le meilleur…

Je veux être très clair sur un point. Mon intention n’est ni d’affirmer que le monde était meilleur avant l’invention d’internet, ni de discréditer l’outil dans son ensemble ou de contester l’existence de propos intelligents, sensibles et pertinents sur les réseaux sociaux. Je soutiens inconditionnellement et dans tous les domaines, la « libération de la parole » dont ces réseaux se font les porte-voix, mais à l’unique condition que cette parole soit orientée par le souci et la recherche de la vérité et non afin de mettre en place des tribunaux médiatiques ou d’ériger la rumeur en vérité. De la même façon, je défends le droit inaltérable des individus à penser ce qu’ils veulent mais j’entends parallèlement dénoncer les effets collatéraux délétères qui érigent, de bonne foi ou non, des croyances brandies en certitudes au rang de « vérités » dont ceux qui les proclament se montrent incapables de fournir la moindre preuve. Le danger que de telles dérives font planer sur la question de la connaissance constitueront l’unique objet des lignes qui suivent. Je ne parlerai donc, à titre d’exemples, ni des sites de rencontre, ni des diverses formes de criminalité qu’abrite également le net, lesquels pourtant soulèvent également – chacun à sa façon -des questionnements majeurs.

Sur les réseaux sociaux, l’opinion nourrit l’opinion, comme la paranoïa la paranoïa, d’autant que le système algorithmique de ces plates-formes multiplie les liens vers des contenus pouvant être similairement faux, trompeurs, partisans ou manipulateurs.

Les exemples de ces dérives étant nombreux et largement connus, je ne souhaite pas m’y attarder exagérément : on y distingue, parmi d’autres, des militants de divers mouvements complotistes – comme par exemple ceux de QAnon ou une frange des antivax ­ qui trouveront sur ces réseaux les  « preuves » de ce qui leur est caché et qu’ils entendent dénoncer –, des individus propageant sciemment des Fake News au prétexte de lutter … contre la désinformation (pour rappel, à la proclamation des résultats définitifs de l’élection présidentielle américaine de 2020, 68% des électeurs républicains pensaient que le scrutin avait été truqué…), des propagandistes de tout poil, sans parler de représentants de mouvances religieuses ou politiques extrémistes en quête de nouvelles recrues. Internet peut s’avérer un paradis pour tout un ensemble de sophistes.

Le point commun entre tous ces exemples, est, sous la bannière de la connaissance et de l’information, de promouvoir volontairement ou non, un déni de la vérité, ou, plus précisément dit, de chercher à faire passer une opinion pour la vérité, c’est-à-dire pour vraie une chose ne pouvant être prouvée. Or la vérité ne peut se voir réduite aux convictions ou aux intentions de ceux qui les énoncent, fussent-ils de bonne foi. Penser, par exemple, comme certains le font aujourd’hui que la terre est plate (une autre théorie du complot visant la NASA et la CIA) n’est pas une simple opinion ; c’est au mieux une erreur, au pire une ânerie monumentale qu’il faut avoir le courage de dénoncer comme telle. Le seul fait de considérer vraie une chose à laquelle on croit, ne suffira jamais à faire d’elle une vérité. Si l’opinion a toute sa place dans la sphère intime, elle ne lui donne pas tous les droits dans l’espace public. C’est la différence qui existe, par exemple, entre la cure psychanalytique, centrée uniquement sur la vérité intime d’une personne sur le divan – en vue d’ailleurs de soumettre ces croyances à une appréciation critique – et la vérité publique où des énoncés ne peuvent se réduire au simple énoncé de croyances. À ce sujet et pour rappel, comme je l’avais écrit dans mon article L’angle mort de la vérité : Derrida, Freud et la métaphysique (Exagere, mai-juin 2021), je considère que la démarche psychanalytique s’inscrit pleinement dans l’horizon du dévoilement métaphysique de la vérité en plus de réserver la notion de vérité psychique aux seuls versants intimes des sujets singuliers. Il me semblerait à ce titre injustifié de l’associer aux débordements publics d’une forme de doxa.

L’autre problème potentiellement inhérent à cette parole libérée dans l’espace virtuel des réseaux sociaux concerne les affects qu’elle véhicule et distribue. Autant la conviction à laquelle certaines opinions peuvent mener possède le pouvoir d’exalter les esprits, autant elle les éloigne possiblement de la mesure réelle des choses. Dans la vie et les rencontres courantes au sein d’un univers physique et commun, le logos déploie naturellement ses qualités structurantes et contenantes. L’économie de ce tiers réel, dans les rapports et les échanges numérisés ou dans l’espace virtuel, mène rapidement à un débordement des affects et à un déficit d’adaptation au monde commun. On peut évidemment, entre humains, échanger sur le plan de l’affect, mais pas uniquement et certainement pas au détriment de la raison ou de la vérité des choses. Quand les affects deviennent les otages de la seule opinion, ils ne sont plus mis au service d’une connaissance du monde ou d’un discours mesuré portant sur lui. Il y va en quelque sorte des mots comme du feu. Comme Héraclite le disait, il ne faut pas le craindre et même savoir s’en remettre à lui, à condition de le faire avec mesure (Fragment 30, Clément d’Alexandrie, Stromates, V, 105); il est, dans ces conditions, un feu sage et administrateur du monde (Hippolyte, Réfutation des toutes les hérésies, IX, 10, 7.); mais en l’absence de telles précautions, prévient Héraclite, il faudra «éteindre la démesure plus encore que l’incendie »(Diogène Laërce, Vies des philosophes, IX, 2).

Quand des opinions, sincères ou non, occupent le rôle jadis tenu par la vérité, elles participent de surcroît à la création de communautés rendues étanches au dialogue collectif et à l’esprit critique. Elles éloignent de ce fait les hommes de la valeur universellement fédératrice du logos et de l’exercice d’une réflexion partagée sur un monde commun. Une parole intracommunautaire, ne circulant que parmi des personnes partageant les mêmes opinions, les mêmes croyances, les mêmes combats (publics ou identitaires), traduit, – a fortiori dans l’espace numérique mondialisé – une perte du logos, puisque la parole n’est plus partagée entre tous ; elle n’est plus un bien commun qui relie entre eux tous les humains au sein d’un même monde et autour de l’idée partagée de vérité. Elle conduit au contraire à une parole qui oppose des catégories d’individus et qui mène entre eux à des rapports de force ou à des affrontements inévitables. La distance ainsi érigée envers ceux qui ne partagent pas une opinion commune ne traduit aucune juste mesure des choses mais favorise au contraire un mouvement de déliaison auquel Freud donnait le nom de « pulsion de mort ». C’est quand les humains se regroupent d’une manière abusive autour de leurs croyances intimes qu’ils perdent l’usage partagé du logos autant que l’accès au monde commun. Ce n’est donc pas tant la divergence des opinions qui crée le problème, comme l’usage socratique de la dialectique l’a démontré, que l’exclusion à laquelle elle conduit : celle des autres en tant que semblables et interlocuteurs au sein d’un même monde, comme elle est figurée par la présence d’individus solitairement installés derrière leur écran…tout en s’imaginant connectés à un monde dont ils seraient des … acteurs.

Socrate pouvait penser qu’Alcibiade avait tort ; cela ne l’a jamais dissuadé de parler avec lui, au contraire ! Quant à Voltaire, il concluait son Candide en nous invitant à cultiver notre jardin. Ce dernier ne peut en aucun cas être fait uniquement de mots et encore moins de croyances.

Les phénomènes de communautarisme liés aux croyances et leurs possibles dérives collectives visant à ériger des convictions intimes en normes publiques ne sont évidemment pas un fait nouveau. Leur amplification par l’univers virtuel des réseaux sociaux leur donne par contre une ampleur inédite, qui, si nous n’en prenons pas la mesure, risque de nous conduire collectivement vers un naufrage de la pensée dont aucun monde meilleur – physique ou numérique – ne peut ressortir. C’est une tâche qui incombe aux philosophes.

Lacan disait : « le réel, c’est l’impossible, tout simplement ». Selon l’auteur, le réel est impensable, inaccessible. Pour rester dans l’horizon de sa pensée, je dirais que la perte de mesure occasionnée par la manière dont le symbolique (les signifiants) et l’imaginaire (le domaine des images) opèrent dans le monde virtuel en général et plus particulièrement celui des réseaux sociaux, pourrait bien lui donner raison, par-delà ce qu’il voulait nous en dire, et certainement l’espérer lui-même.


Pangloss is on Facebook : il migliore dei mondi è anche digitale ?

di Thémélis Diamantis

Un mondo e una parola che si concentrano e si dispiegano su uno schermo elettronico sono gli stessi che hanno fatto da sfondo al racconto di Voltaire? L’universo virtuale di Facebook o Twitter è della stessa natura dei loro omologhi sensibili? La parola è lì governata da codici e proprietà analoghi a quelli in vigore tra gli esseri umani che popolano il mondo di tutti i giorni? Da un mondo all’altro, stiamo parlando delle stesse cose e nello stesso modo? Può il migliore dei mondi fare a meno delle migliori parole, soprattutto al giorno d’oggi, dove i social network hanno acquisito un potere considerevole, nella misura in cui conosciamo quanto influenzi l’opinione pubblica, minacciando a volte anche di sostituirsi al potere istituzionale come quello dei Tribunali? Affronterò queste domande più direttamente nella seconda parte del testo, perché richiedono anzitutto di identificare alcun punti fermi di riflessione che sono apparsi durante il periodo sorprendente della Storia situato dopo la scomparsa dei dinosauri ma prima dell’invenzione di Internet. …

Per Leibniz, così come nella caricatura satirica offerta da Voltaire attraverso il personaggio di Pangloss nel suo Candido, il migliore dei mondi sarebbe un mondo accessibile nella sua verità a chi lo vive o lo sottopone all’esame della propria ragione. Conoscere il mondo permetterebbe così di giudicarlo, ad esempio trovandolo “buono”, per causa di Dio, come penserebbe Pangloss, o viceversa ritenendo questa idea ingenuamente ottimista o semplicemente contraria all’osservazione empirica dei fatti di cui vita ci rende testimoni, come suggerisce Voltaire nel suo racconto filosofico. Tuttavia, interrogare il mondo, in qualsiasi forma, non può prescindere dall’interrogarsi sul pensiero umano e sul linguaggio che ne formula la restituzione.

La “giusta misura”, nel senso in cui Aristotele ne definisce il principio nella sua Etica Nicomachea (Libro II, capitolo IV), non si tradurrebbe qui con la migliore distanza (… o la migliore prossimità) possibile tra ciò che il linguaggio esprime e ciò di cui parla?

A quale distanza dal mondo e dai nostri simili possiamo meglio incontrarli, capirli, valutarli e interagire con loro attraverso i fatti e le parole? Con quali parole si può formulare la conoscenza del mondo? In altre parole, cosa ci insegnano le nostre parole sul nostro rapporto con le cose? Il divario che ci separa da loro è sempre reso visibile o abita implicitamente certi discorsi? Troppo lontano dalle cose, cosa dire? Al contrario, la richiesta di una forma di intimità con l’oggetto del discorso con i suoi interlocutori, molto diffusa in particolare sui social network, costituisce una garanzia sufficiente della pertinenza delle idee avanzate?

A titolo di confronto,   un dipinto appeso a una parete, per essere realmente apprezzato, richiede che lo spettatore trovi la distanza ideale. A cinquanta centimetri da un grande Rothko o a cinque metri da un’incisione di Goya, non vedremmo molto e sicuramente non il meglio che queste opere hanno da offrirci. Una volta individuata, la giusta misura di questo spazio, lungi dal separarci dall’opera, ci permette anzi di connetterci ad essa, di accoglierla, di giudicarla e perfino di esprimerci su di essa. Il linguaggio può fare lo stesso con il mondo che ha come oggetto?

Secondo i Dogon, una vasta popolazione del Mali, la cui ricchissima mitologia ci è stata rivelata per la prima volta dal lavoro dell’etnologo francese Marcel Griaule attraverso due libri rimasti famosi, Dieu d’eau (1948) e Le renard pâle (1965 ), scritti in collaborazione con Germaine Dieterlen – gli uomini non sono gli unici ad avere tali problemi. Il dio unico e creatore, che i Dogon chiamano Amma e di cui dicono “egli è il Verbo”, avrebbe incontrato difficoltà simili anche durante la creazione del mondo: i primi tentativi di crearlo fallirono perché la parola di Amma, il suo verbo fertilizzante era originariamente troppo indifferenziato per servire gli scopi della creazione. Attraverso un gioco di trasformazioni successive, questa parola è stata distribuita in supporti differenziati – acqua, terra, aria e fuoco – di cui Amma ha fatto gli strumenti della creazione del mondo. La distribuzione di un primo principio in elementi distinti corrisponde così tra i Dogon sia a una perdita, a una disintegrazione (poiché il principio originario si vede in qualche modo diluito a causa della sua distribuzione in entità distinte) sia come passaggio essenziale con lo scopo, ancora secondo la mitologia Dogon, di istruire i primi otto antenati degli uomini in una parola, certamente essa stessa differenziata (in quanto distingue i significanti dai significati) ma anche quindi utilizzabile per scopi ed esigenze della vita sulla terra. Quello che i Dogon chiamano “parlato chiaro” è in effetti il ​​linguaggio… esoterico. Sebbene non del tutto estraneo all’uomo, come dimostra la formidabile complessità simbolica delle loro maschere e dei loro oggetti di culto, è tuttavia meno intimo per loro che per la stessa Amma. L’accesso a un linguaggio differenziato, cioè consapevole del divario che separa le cose dalle parole, sarebbe insomma un male necessario, che è anche ampiamente attestato – su un piano diverso da quello della cultura Dogon – a tutta la ricerca nella psicologia cognitiva e nello studio psichiatrico delle psicosi.

Si può qui stabilire un parallelo con quanto pensava Plotino dei rapporti di generazione tra l’Uno, l’Intelligenza e l’Anima… la cui discesa, insieme libera e necessaria, nei corpi traduce, rispetto all’Uno, una forma alterata in termini di contenuto o di perfezione… pur incarnando la migliore soluzione possibile date le contingenze del mondo sensibile. A volte il nuovo mondo coraggioso non è… o è perché non è…

Notiamo di sfuggita che nella cosmogonia Dogon il nostro mondo terrestre è nato per caso, al di fuori del progetto divino, a causa della ribellione di un figlio (Ogo, la pallida volpe) contro suo padre, Amma. Il mondo è quindi meno perfetto del suo creatore o delle sue intenzioni e anche le parole usate in esso sono meno perfette di quelle a sua disposizione, ma nonostante queste circostanze, Amma voleva che fosse il migliore possibile… I Dogon, a loro modo sì, sono leibniziani…

Ma lasciamo che la creazione del mondo ritorni al linguaggio degli uomini. Questa questione della giusta misura si trova nel cuore dell’antico logos dei Greci: linguaggio, ragione e insieme (o proporzione) insieme. Nella sua forma arcaica, come in Omero, il logos non è solo il mythos ma assicura anche la continuità o l’interfaccia armoniosa del linguaggio, del pensiero e della realtà, in una forma comune e condivisibile con tutti.. Questo equilibrio ideale poteva durare, dal tempo dei Greci, e a fortiori attraverso i secoli?

Il frammento 89 di Eraclito, seguendo il sistema di riferimento di Hermann Alexander Diels-Kranz, porta a questo punto una sostanziale precisione: “C’è per i desti un mondo unico e comune, ma ciascuno dei dormienti si allontana in un mondo particolare”.

Questo frammento stabilisce la distinzione tra un mondo comune (koinos kosmos) rivelato nella sua oggettività da una percezione condivisa da tutti i soggetti e un mondo intimo o personale (idios kosmos) specifico a ciascuno, espresso nei sogni o, più in generale, traducendo una lettura del mondo specifico per ogni singolo soggetto. Ludwig Binswanger ha anche paragonato questa opposizione a quella stabilita da Martin Heidegger tra eigenwelt (il mondo vero e proprio) e mitwelt (il mondo con).

Quella che qui può essere vista come una breccia nel logos si può riconoscere altrettanto nell’opposizione stabilita da Parmenide nel suo poema Sulla natura tra opinione (doxa) e verità nel suo svelamento (alètheia), che sola consente l’affermazione e la negazione. Si può affermare una verità; un’opinione non può essere contraddetta.

Si arriva così ad una prima conclusione: solo la verità (alètheia) offre la possibilità di una giusta distanza dalle cose, poiché queste si incontrano nel mondo comune; l’opinione, invece, coinvolge il soggetto nell’oggetto del suo discorso.

Prendiamo ora questi diversi temi e applichiamoli ai tempi in cui viviamo. Rinnovati notevolmente  grazie al linguaggio digitale e ai social network che gli forniscono una cassa di risonanza senza precedenti.

Dobbiamo a Nietzsche, in La Gaia Scienza, la famosa frase: “Dio è morto” (Gott ist tot). Tuttavia, non ha verificato la piena realizzazione della sua profezia (probabilmente troppo assorbito dalla schiacciante colpa che l’ infliggeva…). Se Nietzsche non era riuscito lui stesso a liberarsi dalla cornice del pensiero ereditata dalla metafisica, è senza dubbio anche perché la sua formazione filosofica gli ha fatto conoscere questa cornice, oltre che il suo contenuto. Questo è un notevole vantaggio di cui si gode oggigiorno rispetto a Friedrich Nietzsche – grazie ad una distanza sapientemente mantenuta dalla filosofia e dall’idea di verità che gli è propria -, il blogger “Samantha2001”, il tweeter “EternalPikachou” (entrambi fuori dalla mia immaginazione ), ma anche @realDonaldTrump e tanti altri…che, molto più del filosofo tedesco, hanno contribuito a relegare nell’oblio il paradigma metafisico della verità come svelamento, che gli antichi greci associavano al linguaggio e più fondamentalmente al logos.

Il discorso sui social network genera così troppo spesso una doppia confusione: quella tra opinione (doxa) e verità (alètheia), che porta a quella tra mondo proprio (idios kosmos) e mondo comune (koinos kosmos). Le conseguenze per la società sono numerose e spesso gravi. Forse lo sono ancora di più quelli sul pensiero (nel senso più filosofico del termine) e sul logos (in quanto collega tutti gli esseri umani tra loro e al mondo). Se l’opinione ha il valore della verità, allora tutto in questo mondo diventa possibile, e certamente non solo il migliore…

Voglio essere molto chiaro su un punto. La mia intenzione non è né di affermare che il mondo era migliore prima dell’invenzione di Internet, né di screditare lo strumento nel suo insieme o di contestare l’esistenza di commenti intelligenti, sensibili e pertinenti sui social network. Appoggio incondizionatamente e in tutti i campi la “libertà di parola” di cui queste reti si fanno portavoce, ma alla sola condizione che questo discorso sia orientato dalla preoccupazione e dalla ricerca della verità e non al fine di istituire tribunali dei media o trasformando voci in verità. Allo stesso modo difendo il diritto inalterabile dei singoli a pensare quello che vogliono, ma allo stesso tempo intendo denunciare gli effetti collaterali deleteri che erigono, in buona fede o meno, convinzioni brandite come certezze al rango di “verità”, di cui coloro che li proclamano si mostrano incapaci di fornire la minima prova. Il pericolo che tali derive pongono alla questione della conoscenza costituirà l’unico argomento di ciò che segue. Non parlerò quindi, a titolo esemplificativo, né dei siti di incontri né delle varie forme di criminalità che si trovano anche in rete, che tuttavia sollevano anche – ciascuno a suo modo – grandi interrogativi.

Sui social network, l’opinione alimenta l’opinione, come la paranoia paranoia, soprattutto perché il sistema algoritmico di queste piattaforme moltiplica i collegamenti a contenuti che possono essere ugualmente falsi, fuorvianti, di parte o manipolatori.

Gli esempi di questi eccessi essendo numerosi e ampiamente conosciuti, non voglio soffermarmi su di essi in modo esagerato: possiamo distinguere, tra gli altri, attivisti di vari movimenti cospirativi – come quelli di QAnon o una frangia di antivax¬ che troveranno su questi canali in rete la “prova” di ciò che è loro nascosto e che intendono denunciare – individui che diffondono consapevolmente Fake News con il pretesto di combattere… contro la disinformazione (ricorda, quando i risultati finali delle elezioni presidenziali americane del 2020, 68% degli elettori repubblicani pensavano che il ballottaggio fosse stato truccato…), propagandisti di ogni genere, per non parlare dei rappresentanti di movimenti estremisti religiosi o politici in cerca di nuove leve. Internet può rivelarsi un paradiso per tutta una serie di sofisti.

Il punto comune tra tutti questi esempi è all’insegna della conoscenza e dell’informazione, promuovere, volontariamente o meno, una negazione della verità, o, più precisamente, cercare di far passare un’opinione per la verità. dire per vero una cosa che non può essere provata. Tuttavia, la verità non può essere ridotta alle convinzioni o alle intenzioni di coloro che le affermano, anche se in buona fede. Pensare, ad esempio, come fanno alcuni oggi che la terra sia piatta (altra teoria del complotto rivolta alla NASA e alla CIA) non è solo un’opinione; è nel migliore dei casi un errore, nel peggiore un’assurdità monumentale che dobbiamo avere il coraggio di denunciare come tale. Il solo fatto di considerare vero qualcosa in cui crediamo non sarà mai sufficiente per renderlo una verità. Se l’opinione ha il suo posto nella sfera privata, non le conferisce tutti i diritti nello spazio pubblico. Questa è la differenza che esiste, ad esempio, tra il trattamento psicoanalitico, incentrato unicamente sulla verità intima di una persona sul lettino – nell’ottica, inoltre, di sottoporre tali convinzioni a una valutazione critica – e la verità pubblica dove le affermazioni non possono essere ridotte a una semplice dichiarazione di convinzioni. A questo proposito e a titolo di promemoria, come ho scritto nel mio articolo Il punto cieco della verità: Derrida, Freud e la metafisica (Exagere, maggio-giugno 2021), ritengo che l’approccio psicoanalitico sia pienamente in linea con l’orizzonte dello svelamento metafisico della verità oltre a riservare, la nozione di verità psichica, solo alle intime pendici dei soggetti singolari. Mi sembrerebbe ingiustificato a questo proposito associarlo agli sfoghi pubblici di una forma di doxa.

Sui social network, l’opinione alimenta l’opinione, come la paranoia paranoia, soprattutto perché il sistema algoritmico di queste piattaforme moltiplica i collegamenti a contenuti che possono essere ugualmente falsi, fuorvianti, di parte o manipolatori.

Gli esempi di questi eccessi essendo numerosi e ampiamente conosciuti, non voglio soffermarmi su di essi in modo esagerato: possiamo distinguere, tra gli altri, attivisti di vari movimenti cospirativi – come quelli di QAnon o una frangia di antivax¬ che troveranno su questi canali in rete la “prova” di ciò che è loro nascosto e che intendono denunciare – individui che diffondono consapevolmente Fake News con il pretesto di combattere… contro la disinformazione (ricorda, quando i risultati finali delle elezioni presidenziali americane del 2020, 68% degli elettori repubblicani pensavano che il ballottaggio fosse stato truccato…), propagandisti di ogni genere, per non parlare dei rappresentanti di movimenti estremisti religiosi o politici in cerca di nuove leve. Internet può rivelarsi un paradiso per tutta una serie di sofisti.

Il punto comune tra tutti questi esempi è all’insegna della conoscenza e dell’informazione, promuovere, volontariamente o meno, una negazione della verità, o, più precisamente, cercare di far passare un’opinione per la verità. dire per vero una cosa che non può essere provata. Tuttavia, la verità non può essere ridotta alle convinzioni o alle intenzioni di coloro che le affermano, anche se in buona fede. Pensare, ad esempio, come fanno alcuni oggi che la terra sia piatta (altra teoria del complotto rivolta alla NASA e alla CIA) non è solo un’opinione; è nel migliore dei casi un errore, nel peggiore un’assurdità monumentale che dobbiamo avere il coraggio di denunciare come tale. Il solo fatto di considerare vero qualcosa in cui crediamo non sarà mai sufficiente per renderlo una verità. Se l’opinione ha il suo posto nella sfera privata, non le conferisce tutti i diritti nello spazio pubblico. Questa è la differenza che esiste, ad esempio, tra il trattamento psicoanalitico, incentrato unicamente sulla verità intima di una persona sul lettino – nell’ottica, inoltre, di sottoporre tali convinzioni a una valutazione critica – e la verità pubblica dove le affermazioni non possono essere ridotte a una semplice dichiarazione di convinzioni. A questo proposito e a titolo di promemoria, come ho scritto nel mio articolo Il punto cieco della verità: Derrida, Freud e la metafisica (Exagere, maggio-giugno 2021), ritengo che l’approccio psicoanalitico sia pienamente in linea con l’orizzonte dello svelamento metafisico della verità oltre a riservare, la nozione di verità psichica, solo alle intime pendici dei soggetti singolari. Mi sembrerebbe ingiustificato a questo proposito associarlo agli sfoghi pubblici di una forma di doxa.

L’altro problema potenzialmente insito in questa parola liberata nello spazio virtuale dei social network riguarda gli affetti che veicola e distribuisce. Come la convinzione a cui possono condurre certe opinioni ha il potere di esaltare le menti delle persone, e come possibilmente le allontana dalla reale misura delle cose. Nella vita quotidiana e negli incontri all’interno di un universo fisico e comune, il logos dispiega naturalmente le sue qualità strutturanti e contenitive. L’economia di questo terzo reale, nelle relazioni e negli scambi digitali o nello spazio virtuale, porta rapidamente a un traboccamento di affetti e a un mancato adattamento al mondo comune. Possiamo ovviamente, tra umani, avere scambi a livello affettivo, ma non solo e non certo a scapito della ragione o della verità delle cose. Quando gli affetti diventano ostaggio della sola opinione, non sono più messi al servizio della conoscenza del mondo o di un discorso misurato su di esso. Le parole sono come il fuoco. Come diceva Eraclito, non bisogna temerlo e neppure sapersi fidare di lui, purché lo si faccia con moderazione (Frammento 30, Clemente Alessandrino, Stromateis, V, 105); è, in queste condizioni, fuoco saggio e amministratore del mondo (Ippolito, Confutazione di tutte le eresie, IX, 10, 7.); ma in assenza di tali precauzioni, avverte Eraclito, sarà necessario «spegnere l’eccesso ancor più del fuoco» (Diogene Laerzio, Vite dei filosofi, IX, 2).

Quando le opinioni, sincere o meno, occupano il ruolo precedentemente ricoperto dalla verità, contribuiscono anche alla creazione di comunità rese impermeabili al dialogo collettivo e al pensiero critico. Distaccano così gli uomini dal valore universalmente unificante del logos e dall’esercizio di una riflessione condivisa su un mondo comune. Una parola intracomunitaria, che circola solo tra persone che condividono le stesse opinioni, le stesse convinzioni, le stesse lotte (pubbliche o identitarie), traduce – a fortiori nello spazio digitale globalizzato – una perdita di logos, poiché la parola non è più condivisa tra tutti; non è più un bene comune che unisce tutti gli esseri umani all’interno dello stesso mondo e attorno all’idea condivisa di verità. Al contrario, diviene una parola che si oppone a categorie di individui e che porta tra di loro a lotte di potere o a scontri inevitabili. La distanza così eretta verso coloro che non condividono un’opinione comune non riflette alcuna giusta misura delle cose, ma al contrario favorisce un movimento di dissociazione a cui Freud ha dato il nome di “pulsione di morte”. È quando gli esseri umani si raggruppano in modo offensivo attorno alle loro convinzioni intime che perdono l’uso condiviso del logos tanto quanto l’accesso al mondo comune. Non è quindi tanto la divergenza di opinioni a creare il problema, come ha dimostrato l’uso socratico della dialettica, quanto l’esclusione a cui conduce: quella degli altri come compagni e interlocutori all’interno di uno stesso mondo, come rappresentato dalla presenza di individui seduti solitari dietro il loro schermo… mentre immaginano di essere connessi a un mondo in cui sarebbero… attori.

Socrate poteva pensare che Alcibiade avesse torto; questo non gli ha mai impedito di parlare con lui, anzi! Quanto a Voltaire, ha concluso il suo Candido invitandoci a coltivare il nostro orto. Quest’ultimo non può comunque essere fatto solo di parole e ancor meno di credenze.

I fenomeni di comunitarismo legati alle credenze e ai loro possibili eccessi collettivi volti a erigere intime convinzioni nelle norme pubbliche non sono ovviamente un fatto nuovo. La loro amplificazione da parte dell’universo virtuale dei social network dà loro invece una scala senza precedenti, che, se non ne prendiamo la misura, rischia di condurci collettivamente verso un naufragio del pensiero da cui nessun mondo migliore – fisico o digitale – può uscire. Questo è un compito per i filosofi.

Lacan ha detto: “il reale è semplicemente l’impossibile”. Secondo questo autore, il reale è impensabile, inaccessibile. Per restare nell’orizzonte del suo pensiero, direi che la perdita di misura causata dal modo in cui il simbolico (i significanti) e l’immaginario (il dominio delle immagini) operano nel mondo virtuale in generale e più in particolare in quello social network, potrebbe benissimo dargli ragione, al di là di quello che voleva dirci, e certamente sperare lui stesso.

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