EXAGERE RIVISTA - ottobre - novembre - dicembre 2025, n. 10-11-12 anno X - ISSN 2531-7334

Une blessure invisible

par Pascal Neveu

(FRA/ITA)

Le mot « traumatisme » évoque immédiatement une effraction, une déchirure dans la continuité de l’existence. Il ne s’agit pas seulement d’un choc brutal, mais d’une expérience qui excède les capacités du sujet à l’intégrer et qui, dès lors, revient hanter la vie psychique sous des formes multiples. Freud, en ouvrant la voie de la psychanalyse, a montré que le traumatisme n’est pas seulement un événement extérieur : il est une trace intérieure, inscrite dans l’inconscient, qui se rejoue dans les symptômes, les rêves et les répétitions.

Les traumatismes prennent des visages variés. La guerre en est l’un des plus emblématiques : les soldats revenus du front, marqués par des cauchemars incessants, illustrent la compulsion de répétition décrite par Freud. La mort d’un proche, quant à elle, peut être vécue comme une effraction radicale, bouleversant l’équilibre psychique et confrontant le sujet à l’absence irréversible. L’accident, soudain et imprévisible, plonge dans l’effroi et laisse une mémoire corporelle qui résiste à l’oubli. L’agression, qu’elle soit physique ou verbale, brise la confiance dans le monde et installe une vigilance permanente. Le viol, enfin, incarne l’extrême violence du traumatisme : il détruit l’intimité, impose une intrusion insupportable, et laisse une trace qui ne se réduit jamais à l’événement lui‑même, mais se rejoue dans la mémoire et le fantasme.

Ce qui relie toutes ces formes de traumatisme, c’est l’impossibilité de les symboliser sur le moment. Le psychisme est pris de court, incapable de transformer l’excès d’excitation en récit ou en représentation. L’événement reste enkysté, revient sous forme de cauchemars ou de symptômes, et ne cesse de se répéter. Freud a insisté sur cette temporalité particulière : un événement peut devenir traumatique après‑coup, lorsqu’il est réinterprété à la lumière d’une expérience ultérieure. Le traumatisme n’est donc jamais figé ; il est une construction qui se déploie dans le temps.

Aujourd’hui, la notion de stress post-traumatique (PTSD) prolonge ces intuitions. Les reviviscences, l’hypervigilance, l’évitement, traduisent l’impossibilité d’intégrer l’événement. Les neurosciences décrivent les mécanismes biologiques de la mémoire traumatique, mais la psychanalyse rappelle que le trauma est aussi une énigme subjective, une trace qui demande à être interprétée. La clinique contemporaine, qu’elle soit individuelle ou collective, montre que le traumatisme dépasse l’individu : il peut toucher des peuples entiers, marquer la mémoire sociale, se transmettre de génération en génération.

Écrire sur le traumatisme, c’est reconnaître qu’il n’est pas seulement une blessure à guérir, mais une fracture qui oblige à penser autrement la fragilité humaine. C’est aussi affirmer que, malgré l’effroi et la répétition, il existe une possibilité de transformation : par la parole, par le transfert, par la mise en récit.

Le traumatisme ne disparaît jamais totalement, mais il peut être apprivoisé, intégré, et devenir une part de l’histoire du sujet. Freud nous a appris que la blessure invisible peut être travaillée, et que c’est dans ce travail que réside la chance d’une résilience véritable.

Bonne lecture dans ce nouveau numéro de fin d’année de la Revue Exagere, sur un tel sujet qui nous a semblé plus que fondamental à aborder avec nos contributeurs pulridisciplinaires.


Trauma: una ferita invisibile!

di Pascal Neveu

La parola “trauma” evoca immediatamente una breccia, uno strappo nella continuità dell’esistenza. Non si tratta semplicemente di uno shock brutale, ma di un’esperienza che supera la capacità dell’individuo di integrarla e che, pertanto, torna a tormentarne la psiche in molteplici forme. Freud, aprendo la strada alla psicoanalisi, ha dimostrato che il trauma non è semplicemente un evento esterno: è una traccia interiore, inscritta nell’inconscio, che si ripropone in sintomi, sogni e ripetizioni.

I traumi assumono varie forme. La guerra è una delle più emblematiche: i soldati che tornano dal fronte, segnati da incubi incessanti, illustrano la coazione a ripetere descritta da Freud. La morte di una persona cara, d’altra parte, può essere vissuta come una breccia radicale, che infrange l’equilibrio psichico e pone l’individuo di fronte a un’assenza irreversibile. L’incidente, improvviso e imprevedibile, immerge nel terrore e lascia un ricordo corporeo che resiste all’oblio. L’aggressione, fisica o verbale, infrange la fiducia nel mondo e instilla uno stato di costante vigilanza. Lo stupro, infine, incarna l’estrema violenza del trauma: distrugge l’intimità, impone un’intrusione insopportabile e lascia una traccia che non si limita mai all’evento in sé, ma si ripete nella memoria e nella fantasia.

Ciò che accomuna tutte queste forme di trauma è l’impossibilità di simbolizzarle sul momento. La psiche viene colta di sorpresa, incapace di trasformare l’eccesso di eccitazione in una narrazione o in una rappresentazione. L’evento rimane incapsulato, ritornando sotto forma di incubi o sintomi, e ripetendosi all’infinito. Freud ha sottolineato questa particolare temporalità: un evento può diventare traumatico retrospettivamente, quando viene reinterpretato alla luce di un’esperienza successiva. Il trauma non è quindi mai fisso; è un costrutto che si dispiega nel tempo.

Oggi, il concetto di disturbo post-traumatico da stress (DPTS) amplia queste intuizioni. Flashback, ipervigilanza ed evitamento riflettono l’incapacità di integrare l’evento. Le neuroscienze descrivono i meccanismi biologici della memoria traumatica, ma la psicoanalisi ci ricorda che il trauma è anche un enigma soggettivo, una traccia che richiede interpretazione. La pratica clinica contemporanea, individuale o collettiva, dimostra che il trauma trascende l’individuo: può colpire intere popolazioni, segnare la memoria sociale ed essere trasmesso di generazione in generazione.

Scrivere sul trauma significa riconoscere che non si tratta semplicemente di una ferita da guarire, ma di una frattura che ci costringe a ripensare la fragilità umana. Significa anche affermare che, nonostante il terrore e la ripetizione, la trasformazione è possibile: attraverso la parola, il transfert, la narrazione.

Il trauma non scompare mai del tutto, ma può essere domato, integrato e diventare parte della storia individuale. Freud ci ha insegnato che la ferita invisibile può essere elaborata, e che è in questo lavoro che risiede la possibilità di una vera resilienza.

Buona lettura di questo nuovo numero di fine anno di Exagere Rivista, su un argomento che ci è sembrato più che fondamentale affrontare con i nostri collaboratori multidisciplinari.

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