par Thémélis Diamantis
(FRA/ITA)
« Le sexe apaise les tensions. L’amour les provoque. » (Woody Allen)
Au cours de ces dernières années, plusieurs hommes – pour la plupart dans la trentaine – étaient venus me consulter afin de résoudre un même problème ; leur vie sentimentale, sexuelle et amoureuse se trouvait impactée (et le mot est faible) par une cause qu’ils n’identifiaient que trop bien : leur exposition précoce (généralement autour des 11 ans) à des contenus pornographiques depuis divers supports électroniques[1]. L’addiction à de tels contenus s’était depuis sédimentée en eux, entraînant à l’âge adulte des difficultés au sein de leurs couples (tous vivaient avec une partenaire), tant sur le plan de la vie courante que sexuelle ou affective. Leurs symptômes présentaient des traits dépressifs, un sentiment de dévalorisation, une activité masturbatoire compulsive, des troubles de l’érection ou d’éjaculation précoce, des idées obsédantes sur leurs capacités sexuelles, des problèmes de communication avec leurs partenaires (notamment en termes d’envies, au sens large du terme), etc. Tous continuaient activement à visionner des films pornographiques à l’abri du regard des tiers, parfois à grande échelle et jusque sur leur temps et dans leur environnement de travail. Ils se sentaient prisonniers de leur addiction et de ses conséquences autant qu’épuisés (physiquement et mentalement) par celles-ci.
Ces personnes ont assurément vécu le visionnement précoce de tels films comme un traumatisme – une blessure, en référence à l’étymologie du terme (τραῦμα) – au sens où le définit Louis Crocq dans son livre Traumatismes psychiques : prise en charge psychologique des victimes (2007) : « Phénomène d’effraction du psychisme et de débordement de ses défenses par les excitations violentes afférentes à la survenue d’un événement agressant ou menaçant pour la vie ou pour l’intégrité (physique ou psychique) d’un individu qui y est exposé comme victime, comme témoin ou comme acteur. »
Leur traumatisme est-il pour autant d’un même ordre que celui subi, par exemple, par des personnes victimes d’accidents ou d’agressions graves ?
Sous son jour théorique, cette question fait écho aux interrogations (elles-mêmes ambivalentes) de Sigmund Freud entre 1895 et 1920, sur les rapports entre l’expérience traumatique et le fantasme dans la constitution des névroses : s’il avait pensé en un premier temps (avec sa théorie des Neurotica) que la névrose découlait de situations où une séduction réelle avait été produite par un adulte sur un enfant (pouvant, au demeurant, connaître chez ce dernier une activation rétroactive au cours de la puberté depuis un support d’apparence banale), il en est aussi venu à penser, comme le résume Thierry Bokanowski, que « c’est le fantasme et non plus la séduction qui devient le facteur traumatique princeps [qui] préside à l’organisation de la névrose.»[2] Dans le premier cas, le sujet serait exclusivement la victime de ce qu’il a subi ; dans le second, il y prendrait part du fait d’un déploiement (inconscient) de certains de ses désirs dont les effets se retourneraient rétroactivement contre lui par le truchement de supports externes. Une causalité (traumatique) externe se produirait sur les bases d’une causalité interne, engageant chez le sujet la part obscure de sa manière de désirer. C’est évidemment cette dernière piste – parfaitement compatible avec la définition générale du traumatisme formulée par Louis Crocq – que je suivrai moi-même ici.
Freud nous a appris que la construction de la sexualité, sous son jour psychique et somatique, s’élaborait dès la petite enfance. Il n’est pas surprenant de retrouver, de nos jours, les pulsions sexuelles des jeunes en approche de la puberté associées aux moyens électroniques modernes et aux contenus pornographiques auxquels ils offrent un accès facile. Par-delà toute considération morale, pédagogique ou sociétale sur la (nécessaire) limitation d’accès à ces supports chez les enfants, je chercherai ici à mettre en évidence les ressorts de l’effraction traumatique dont ces contenus sont directement et indirectement la cause.
On sait bien que la trame d’un film pornographique n’est que le prétexte aux scènes de sexe qu’il contient. Il est pourtant important de rappeler qu’au même titre que tout support cinématographique, ceux à caractère pornographique mettent en scène une fiction par l’image. L’oubli de cette évidence constitue la première source de confusion chez les jeunes spectateurs (et même chez bon nombre d’adultes aimantés par ces contenus). Elle ouvre la porte au traumatisme.
Illustrons-le par un scénario (délibérément caricatural) de film pornographique. Une ménagère réalise que son lave-linge présente une panne. Elle fait aussitôt appel à un réparateur, lequel dans les secondes qui suivent l’appel (rien qu’à cela, on voit bien que c’est une fiction…) sonne à sa porte…Un rapide regard de l’homme sur le décolleté de la femme auquel répond celui de la Dame sur l’entrejambe du Monsieur et après quelques pas ayant servi à conduire les protagonistes à la chambre à lessive, les voici débarrassés de leurs habits, de leur pudeur, des convenances et du projet électroménager initial ayant jadis constitué la raison de leur présence partagée en ce lieu enchanteur. Le sort de la machine à laver est oublié et la suite de la scène conforme à ce que les spectateurs s’attendent à trouver : deux personnes qui ne se connaissaient pas plus tôt se retrouvent à partager une intimité sexuelle intense.
Une fiction cinématographique classique accorde évidemment une place à l’image et à l’action mais aussi aux dialogues, aux personnages et donc à la parole et aux rapports humains. C’est cette parole qui donne du sens aux événements que le film relate. C’est autant vrai, par exemple, pour les œuvres de Ingmar Bergman que pour celles de Steven Spielberg. On comprend les images par le sens et donc grâce à la parole qui les accompagne. Cette dernière, dans son versant intime ou dans la perspective d’une action dirigée vers le monde externe, préside à la compréhension des scènes du film[3]. Il en va en somme dans le cinéma classique comme dans la vie. Sous cet angle, le cinéma pornographique est autant dépourvu de sens (à défaut d’être dépourvu d’intentions) que Un chien andalou (1929) de Luis Buñuel et Salvador Dali. La différence entre les deux genres cinématographiques est que Buñuel et Dali revendiquaient cette absence de sens dans une démarche surréaliste expérimentale. Il peut être ainsi dit que le cinéma pornographique est un surréalisme sans poésie qui éloigne ses spectateurs du sens des réalités sexuelles.
Dans les films pornographiques, l’intention se limite à l’acte sexuel en lui-même et l’usage de la parole y est anecdotique, pour ne pas dire réduit aux voyelles produites par les protagonistes (principalement féminines).
Les patients dont je parle, au cours de leur enfance, ont quant à eux pris ce qu’ils voyaient sur leurs écrans pour la norme des rapports sexuels entre adultes. Outre la stimulation addictive que ces contenus généraient en eux, ils en ont retiré l’idée qu’eux-mêmes allaient devoir incarner sur le plan de leur sexualité à venir ce qu’ils voyaient sur leurs écrans, autrement dit faire preuve de mêmes moyens, dans de mêmes conditions et pour un même résultat.
Ils étaient d’autant plus dupes des images qu’ils voyaient qu’ils pensaient que la jouissance exprimée par les actrices de ces films est réelle et qu’elle était produite par l’action exercée sur elles par leurs partenaires. Le bon usage de l’outil mènerait ainsi au résultat fonctionnel escompté et aux bénéfices jouissifs qu’ils y pensent associés.
Il se trompaient évidemment sur toute la ligne. Les humains ne sont pas des machines et ce qui les relie ne se limite pas aux rapports sexuels qu’ils peuvent entretenir. Quant à ce qui mène une femme à jouir sexuellement, autant dire que c’est très éloigné de ce qu’ils pensent et de ce qu’ils voient. Dans la vraie vie ce sont des humains qui font du sexe et ils choisissent leurs partenaires autrement qu’ils ne le font de leurs appareils électroménagers, pour les fonctions dont ils disposent et pour les résultats qu’ils en attendent. La sexualité, comme la majorité des humains qui la pratiquent, mettent en jeu des réalités complexes. Les humains ne sont pas des machines et leur sexualité, a fortiori si elle est pratiquée au sein du couple, ne possède pas de touche random. Dans l’intimité de deux personnes ayant chacune fait le choix de l’autre, la parole comme la sexualité qu’elles partagent sont singulières. Elles ne sont ni aléatoires, ni reproductibles en dehors de cet espace commun exclusif. Cela en fait tout l’intérêt et la richesse. C’est également tout l’inverse de ce que montre le cinéma pornographique.
Mes patients, de toute évidence, confondaient la carte et le territoire.
Le sujet trop tôt exposé à des contenus pornographiques confond non seulement la réalité sexuelle des adultes avec ses propres fantasmes archaïques (la scène originaire ou primitive, autrement dit « le rapport sexuel entre les parents tel qu’il peut être regardé ou fantasmé par l’enfant qui l’interprète comme un acte de violence, voire de viol, de la part du père à l’égard de la mère »[4]) mais il bannit également de son espace psychique toute représentation de la sexualité associée au sentiment et à la parole reliant deux personnes sur le plan général de leur intimité.
Quand plus tard il se trouvera en situation sexuelle, avec une partenaire véritable, dans une relation réelle, les différences entre sa représentation de la sexualité et du plaisir (pris et donné) et la réalité de sa partenaire comme de la situation sexuelle le laissera impuissant ou insatisfait. Son pénis n’a pas forcément la taille de ceux des acteurs des films visionnés et l’usage qu’il fait du sien ne conduira vraisemblablement pas sa partenaire à l’état d’extase orgasmique quasi-permanent dont il a l’habitude d’observer l’expression sur le visage des actrices de films pornographiques. Engoncé dans ses représentations par les effets de son addiction, il pense la jouissance en termes d’action performative et non dans ceux du lien entre deux personnes, qui se rencontrent dans la parole et le désir avant de le faire sur le plan des corps.
Les patients dont je parle ici ont tous à un moment délaissé leur vie sexuelle réelle au profit de l’espace familier et consolateur dont ces films sont les pourvoyeurs, avec en prime un sentiment d’échec, de honte et de frustration.
Traumatisés une première fois par le visionnement précoce de ces films, ils l’ont été une seconde dans leur vie sexuelle adulte, constatant – sans en comprendre les raisons – que la chosification des personnes et la machinisation des actes dans la sexualité, par le déficit de paroles, de sentiments et de liens ne mène pas ses acteurs (réels) à une jouissance similaire à celle de leurs doubles rencontrés sur les écrans. C’est la double peine pour eux.
Tous ces hommes, comme je l’ai dit, vivaient en couple. Ils éprouvent des sentiments pour la femme qui partage leur vie. Dès que leur relation entrait dans sa forme sexuelle, ils en perdaient pourtant les clefs et la boussole, s’évertuant à devenir la personne qu’ils pensaient devoir être au lieu d’être celle qu’en réalité ils sont dans le lien les unissant à leur partenaire.
Le fond inconscient de cette affaire n’est pas plus glorieux. Outre la réactivation de la scène primitive dont il a été déjà question, j’ai aussi relevé chez ces patients un fond névrotique classique organisé, sans surprise, autour de la question œdipienne. La chosification des femmes dans les films pornographiques fait qu’elles sont réduites à leur dimension corporelle (et aux appétits sexuels que ce contexte leur prête…) à distance de toute autre ancrage identitaire. Objets, les femmes qui peuplent le cinéma pornographique n’existent pas en tant que sujets. De la même façon, les seuls désirs dont les protagonistes de ces films sont capables sont ceux qui engagent leurs corps, non les personnes qui les habitent ou la variété des plans de rencontre qu’elles pourraient connaître ou développer. Ce n’est évidemment pas ainsi que mes patients voyaient (et voulaient voir) leurs compagnes dans le couple et dans la vie… Leur traumatisme en faisait – sur la question sexuelle – des pervers malgré eux (sans l’accès – mais c’est heureux – à la jouissance qui caractérise ces derniers).
Pourquoi alors maintenir ce système de représentations ? Quelles en sont les bénéfices ? Ils sont évidemment secondaires[5]. La chosification de la femme dans les films pornographiques, réduite – par le fantasme des hommes – à un corps sexuellement désirant, permet à ceux qui les regardent de dissocier la représentation de la femme de celle de la mère, donc de tenir l’idée de cette dernière à l’écart de la sexualité et des plaisirs qu’elle inspire ou auxquels elle mène. C’est un autre écueil : pensant, par la pornographie, avoir mis une distance suffisante entre leur sexualité et leur mère (maman ne ferait jamais ça…), ils en retrouvent la présence diffuse mais oppressante dans les images mentales accompagnant la masturbation compulsive à laquelle ils s’adonnent en parallèle. Œdipe, décidément, n’échappe pas à son destin…Et Jocaste n’y est pour rien.
Les patients dont je parle, aujourd’hui vont mieux. Chacun d’entre eux a pour cela dû ramener dans son espace psychique les situations de tendresse que, dans les mots et par les gestes, il a jadis partagé avec sa maman. La mise à jour de sa problématique œdipienne a permis à chacun de ces hommes de différencier les plans du fantasme et de la réalité, des désirs licites et illicites, des envies et des peurs, des choses possibles et impossibles, pour finalement parvenir sur ces bases à décoller – cette fois de la bonne façon – la représentation maternelle de celles des femmes avec lesquelles une vie sexuelle peut être partagée dans les faits au même titre que la parole et les sentiments pouvant relier des humains entre eux.
«Aaaaah!… Iiiiih!… Oooooh!…: pornografia e trauma.»
di Thémélis Diamantis
«Il sesso attenua le tensioni. L’amore le provoca.» (Woody Allen)
Nel corso degli ultimi anni, diversi uomini – per la maggior parte sulla trentina – erano venuti a consultarmi per risolvere un medesimo problema: la loro vita sentimentale, sessuale e affettiva risultava compromessa (e il termine è persino debole) da una causa che essi stessi identificavano fin troppo bene: la loro esposizione precoce (generalmente attorno agli 11 anni) a contenuti pornografici tramite vari dispositivi elettronici. L’addizione a tali contenuti si era sedimentata in loro nel tempo, provocando, da adulti, difficoltà all’interno della loro vita di coppia (tutti vivevano con una partner), sia nella vita quotidiana sia nella sfera sessuale ed emotiva.
I loro sintomi presentavano tratti depressivi, un senso di svalutazione, un’attività masturbatoria compulsiva, disturbi dell’erezione o eiaculazione precoce, idee ossessive riguardo alle proprie capacità sessuali, problemi di comunicazione con le partner (soprattutto riguardo ai desideri, nel senso più ampio del termine), ecc. Tutti continuavano a visionare attivamente film pornografici lontano da sguardi indiscreti, talvolta in modo massiccio e persino durante il lavoro, sia nel tempo sia nell’ambiente lavorativo. Si sentivano prigionieri della loro dipendenza e delle sue conseguenze, tanto quanto ne risultavano esausti (fisicamente e mentalmente).
Queste persone hanno vissuto senza dubbio la visione precoce di tali film come un trauma – una ferita, in riferimento all’etimologia del termine (τραῦμα) – nel senso definito da Louis Crocq nel suo libro Traumatismes psychiques : prise en charge psychologique des victimes (2007):
«Fenomeno di effrazione del psichismo e di sopraffazione delle sue difese da parte delle violente eccitazioni connesse al sopraggiungere di un evento aggressivo o minaccioso per la vita o per l’integrità (fisica o psichica) di un individuo esposto ad esso come vittima, come testimone o come attore.»
Il loro trauma è dunque dello stesso ordine di quello subito, ad esempio, da persone vittime di incidenti o di gravi aggressioni?
In termini teorici, questa domanda richiama le interrogazioni (anch’esse ambivalenti) di Sigmund Freud, tra il 1895 e il 1920, sui rapporti tra esperienza traumatica e fantasma nella costituzione delle nevrosi: se inizialmente egli aveva pensato (con la teoria delle Neurotica) che la nevrosi derivasse da situazioni in cui una seduzione reale era stata esercitata da un adulto su un bambino (potendo, peraltro, riattivarsi retroattivamente durante la pubertà a partire da un supporto dall’apparenza banale), egli giunse successivamente a ritenere, come riassume Thierry Bokanowski, che «è il fantasma e non più la seduzione a diventare il fattore traumatico principale che presiede all’organizzazione della nevrosi.»
Nel primo caso, il soggetto sarebbe esclusivamente vittima di ciò che ha subito; nel secondo, vi prenderebbe parte attraverso il dispiegamento (inconscio) di alcuni suoi desideri, i cui effetti si rivolgerebbero retroattivamente contro di lui tramite supporti esterni. Una causalità traumatica esterna si produrrebbe sulla base di una causalità interna, impegnando nel soggetto la parte oscura del suo modo di desiderare. È ovviamente questa seconda pista – perfettamente compatibile con la definizione generale del trauma formulata da Louis Crocq – che seguirò qui.
Freud ci ha insegnato che la costruzione della sessualità, nei suoi aspetti psichici e somatici, si elabora fin dalla prima infanzia. Non sorprende dunque ritrovare, oggi, le pulsioni sessuali dei giovani prossimi alla pubertà associate ai dispositivi elettronici moderni e ai contenuti pornografici ai quali essi offrono facile accesso. Al di là di ogni considerazione morale, pedagogica o sociale sulla (necessaria) limitazione dell’accesso a tali contenuti per i minori, cercherò qui di mettere in evidenza i meccanismi dell’effrazione traumatica di cui questi contenuti sono causa diretta e indiretta.
È noto che la trama di un film pornografico non è che un pretesto per le scene di sesso che contiene. È tuttavia importante ricordare che, come ogni prodotto cinematografico, anche quelli a carattere pornografico mettono in scena una finzione tramite l’immagine. La dimenticanza di questa evidenza costituisce la prima fonte di confusione nei giovani spettatori (e persino in molti adulti attratti da questi contenuti). Ed è ciò che apre la porta al trauma.
Illustriamolo con un esempio (deliberatamente caricaturale) di film pornografico. Una casalinga si accorge che la lavatrice è guasta. Chiama allora un riparatore il quale, nei secondi successivi alla chiamata (già questo basterebbe a capire che si tratta di finzione…), suona alla sua porta. Uno sguardo rapido dell’uomo al décolleté della donna, a cui risponde quello della signora all’inguine del bel giovanotto, e dopo pochi passi – che dovrebbero condurre i protagonisti alla lavanderia – eccoli liberati dei loro vestiti, della loro pudicizia, delle convenzioni e del progetto elettrodomestico che costituiva il motivo originario della loro presenza in quel luogo incantato. Il destino della lavatrice è dimenticato, e il seguito della scena è conforme a ciò che lo spettatore si aspetta: due persone che non si conoscevano fino a un attimo prima si ritrovano a condividere un’intimità sessuale intensa.
Un film tradizionale dà spazio all’immagine e all’azione, ma anche ai dialoghi, ai personaggi e quindi alla parola e ai rapporti umani. È la parola a dare senso agli eventi narrati dal film. Ciò è altrettanto vero, per esempio, nelle opere di Ingmar Bergman quanto in quelle di Steven Spielberg. Comprendiamo le immagini attraverso il senso, e dunque attraverso la parola che le accompagna. Quest’ultima, nel suo versante intimo o orientato verso l’azione esterna, presiede alla comprensione delle scene del film. In fondo, accade nel cinema tradizionale come nella vita.
Da questo punto di vista, il cinema pornografico è tanto privo di senso (pur non essendo privo di intenzioni) quanto Un chien andalou (1929) di Luis Buñuel e Salvador Dalí. La differenza tra i due generi è che Buñuel e Dalí rivendicavano tale mancanza di senso in una prospettiva surrealista sperimentale. Si potrebbe dunque dire che il cinema pornografico è un surrealismo senza poesia che allontana i suoi spettatori dal senso delle realtà sessuali.
Nei film pornografici, l’intenzione si limita all’atto sessuale in quanto tale e l’uso della parola vi è aneddotico, per non dire ridotto alle vocali emesse dai protagonisti (principalmente femminili).
I pazienti di cui parlo, durante l’infanzia, avevano preso ciò che vedevano sui loro schermi come la norma dei rapporti sessuali tra adulti. Oltre alla stimolazione additiva che questi contenuti generavano in loro, ne avevano ricavato l’idea che anche loro, nella propria sessualità futura, avrebbero dovuto incarnare ciò che vedevano sullo schermo, vale a dire mostrare le stesse prestazioni, nelle stesse condizioni e con gli stessi risultati.
Erano tanto più ingannati dalle immagini che vedevano quanto più credevano che il piacere espresso dalle attrici di quei film fosse reale e che fosse prodotto dall’azione esercitata su di loro dai partner. Il buon uso dello “strumento” avrebbe così portato al risultato funzionale atteso e ai benefici orgasmici che vi associano.
Si sbagliavano ovviamente su tutta la linea. Gli esseri umani non sono macchine e ciò che li unisce non si limita ai rapporti sessuali che possono intrattenere. Per quanto riguarda ciò che porta una donna al piacere sessuale, è inutile dire che è molto lontano da ciò che essi pensano e da ciò che vedono. Nella vita reale sono esseri umani a fare sesso, e scelgono i loro partner non come scelgono un elettrodomestico, per le funzioni di cui è dotato e per i risultati che si aspettano da esso. La sessualità, come la maggior parte degli esseri umani che la praticano, mette in gioco realtà complesse. Gli esseri umani non sono macchine, e la loro sessualità, soprattutto quando è vissuta nella coppia, non possiede alcun pulsante “random”. Nell’intimità di due persone che si sono scelte reciprocamente, la parola e la sessualità che condividono sono singolari. Non sono né casuali né riproducibili al di fuori di quello spazio comune ed esclusivo. È proprio questo a renderle interessanti e ricche. Ed è esattamente il contrario di ciò che mostra il cinema pornografico.
I miei pazienti, con tutta evidenza, confondevano la mappa con il territorio.
Il soggetto esposto troppo presto ai contenuti pornografici non solo confonde la realtà sessuale degli adulti con i propri fantasmi arcaici (la scena originaria o primitiva, in altre parole «il rapporto sessuale tra i genitori così come può essere visto o fantasticato dal bambino, che lo interpreta come un atto di violenza, se non di stupro, da parte del padre nei confronti della madre»), ma elimina inoltre dal proprio spazio psichico qualsiasi rappresentazione della sessualità associata ai sentimenti e alla parola che unisce due persone sul piano generale della loro intimità.
Quando più tardi si troverà in una situazione sessuale, con una partner reale, in una relazione reale, le differenze tra la sua rappresentazione della sessualità e del piacere (ricevuto e dato) e la realtà della partner e della situazione lo lasceranno impotente o insoddisfatto. Il suo pene non ha necessariamente le dimensioni di quelli degli attori che ha visto nei film, e l’uso che lui stesso ne fa non condurrà verosimilmente la partner a uno stato di estasi orgasmica quasi permanente, come è abituato a osservare sui volti delle attrici pornografiche. Imprigionato nelle sue rappresentazioni, prodotte dagli effetti dell’addizione, egli concepisce il piacere in termini di azione performativa e non come espressione del legame tra due persone, che si incontrano nella parola e nel desiderio prima che sul piano dei corpi.
I pazienti di cui parlo avevano tutti, a un certo punto, trascurato la loro vita sessuale reale a favore dello spazio familiare e consolatorio che questi film offrono, con in più un senso di fallimento, vergogna e frustrazione.
Traumatizzati una prima volta dalla visione precoce di quei film, lo sono stati una seconda volta nella loro vita sessuale adulta, constatando – senza comprenderne le ragioni – che la riduzione delle persone a oggetti e la meccanizzazione degli atti nella sessualità, a causa del deficit di parole, sentimenti e legami, non conduce i partner reali a un piacere simile a quello dei loro doppi incontrati sugli schermi. Per loro è una doppia pena.
Tutti questi uomini, come ho detto, vivevano in coppia. Provano sentimenti per la donna che condivide la loro vita. Tuttavia, non appena la loro relazione assumeva la forma sessuale, ne perdevano le chiavi e la bussola, ostinandosi a diventare la persona che pensavano di dover essere invece di essere chi sono realmente, nel legame che li unisce alla partner.
Il fondo inconscio della questione non è più glorioso. Oltre alla riattivazione della scena primitiva già menzionata, ho riscontrato in questi pazienti un quadro nevrotico classico organizzato, senza sorpresa, attorno alla questione edipica. La riduzione delle donne, nei film pornografici, alla loro sola dimensione corporea (e agli appetiti sessuali che quel contesto attribuisce loro…), lontano da qualsiasi altro ancoraggio identitario, fa sì che le donne che popolano il cinema pornografico non esistano come soggetti. Allo stesso modo, gli unici desideri di cui sono capaci i protagonisti di tali film sono quelli che impegnano i loro corpi, non le persone che li abitano né la varietà dei piani di incontro che potrebbero conoscere o sviluppare. Ovviamente non è così che i miei pazienti vedevano (e volevano vedere) le loro compagne nella vita e nella coppia… Il loro trauma li rendeva — sul versante sessuale — dei perversi loro malgrado (senza però l’accesso — per fortuna — alla forma di piacere propria dei perversi).
Perché allora mantenere questo sistema di rappresentazioni? Quali sono i benefici? Sono ovviamente benefici secondari. La riduzione della donna, nei film pornografici, a un corpo sessualmente desiderante permette a chi li guarda di dissociare la rappresentazione della donna da quella della madre, e quindi di tenere lontana quest’ultima dalla sessualità e dai piaceri che essa ispira o ai quali conduce. È un altro scoglio: pensando, attraverso la pornografia, di aver messo una distanza sufficiente tra la propria sessualità e la madre («mamma non farebbe mai una cosa simile…»), ne ritrovano invece la presenza diffusa ma opprimente nelle immagini mentali che accompagnano la masturbazione compulsiva cui si dedicano parallelamente. Edipo, evidentemente, non sfugge al proprio destino… e Giocasta non c’entra nulla.
I pazienti di cui parlo stanno oggi meglio. Ognuno di loro ha dovuto reintegrare nel proprio spazio psichico le situazioni di tenerezza che, con le parole e i gesti, aveva un tempo condiviso con la propria mamma. L’aggiornamento della problematica edipica ha permesso a ciascuno di questi uomini di differenziare i piani del fantasma e della realtà, dei desideri leciti e illeciti, delle voglie e delle paure, delle cose possibili e impossibili, per riuscire infine — su queste basi — a separare, questa volta nel modo corretto, la rappresentazione materna da quella delle donne con cui una vita sessuale può essere realmente condivisa, al pari della parola e dei sentimenti che possono unire gli esseri umani.
[1] En particulier leurs smartphones, utilisés à cet effet avec des camarades de leur âge.
[2] « Traumatisme, traumatique, trauma », Revue française de psychanalyse, vol. 66, 2002, Paris, Puf, p. 746.
[3] Y compris les éventuelles scènes d’amour.
[4] Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris,Fayard,1997.
[5] Pour rappel, les bénéfices secondaires désignent en psychanalyse les avantages inconscients ou latents liés à une situation objectivement défavorable au sujet.