EXAGERE RIVISTA - Maggio - Giugno 2022, n. 5-6 anno VII - ISSN 2531-7334

La mère est-elle le grand Mal ? Entretien avec Emmanuel Chaussade

de Pascal Neveu

(FRA/ITA traduzione in fondo)

Quand les souffrances deviennent trop fortes pour avancer, quand les réflexions en solitaire ne mènent à rien, il faut avoir l’humilité de se faire aider. Emmanuel Chaussade, dans son dernier roman Dire nous indique comment  analyser, comprendre, affronter cette souffrance.

– Deux ouvrages « Elle, la mère » et le dernier « Dire »… Il existe un fil thématique dans vos  romans : la mère. Comme le disait Lacan… La mère est-elle le grand Mal ?

– Il y a deux figures de la mère. La première est la mère du désir, de la chair, de la relation qui se tend, qui se noue entre un homme et une femme. La deuxième est la mère de l’amour, sans sexe, ou tout du moins qui n’en attend pas, vouée à concevoir, à reproduire. Pour moi, il y a donc deux mères, à l’image d’une représentation des anciens Romains qui m’a fasciné, celle de la louve, lupus femina/loup femelle qui protège et allaite. Mais qu’on peut voir aussi comme la lupa, le nom féminisé du loup, qui a été attribué aux femmes de mœurs légères, aux prostituées. On dit bien lupanar pour désigner le lieu où elles exercent. Deux figures opposées, la femme de mauvaise vie, celle qui croque les hommes et la mère salvatrice, celle qui les nourrit. En somme, la maman et la putain. La femme-putain et la maman-amour. Laquelle des deux est la plus mortifère ? La mère est double, partagée entre son désir de femme et sa face prédatrice, son amour de mère et sa face protectrice. Femme prête à sacrifier ce qu’elle a de plus précieux, son enfant, dès lors qu’elle l’aime. Celle prête à cesser d’être mère pour redevenir alors complètement femme et rien que femme.

– Vous dites tout… notamment le pire qu’un enfant ait pu subir, dans une écriture qui est réaliste, parfois crue, mais exemplaire. Comment penser et panser de telles blessures ?

Quand les souffrances deviennent trop fortes pour avancer, quand les réflexions en solitaire ne mènent à rien, il faut avoir l’humilité de se faire aider. Se faire accompagner pour moins souffrir, pour guérir de ses blessures. Entamer le plus beau des voyages, celui de la découverte de soi. Le travail avec un psychanalyste est de réduire la souffrance, de dénouer les conflits psychiques, par la parole et l’analyse des lapsus et des rêves. Réfléchir, analyser, comprendre, mais surtout réaliser, ce qui permet de se libérer. Le travail analytique c’est aussi sortir de l’inconscience, de la toute-puissance de l’autre, de l’abuseur. Se délivrer du fantasme de l’Autre. Être sur le même pied d’égalité pour gagner sa liberté. Être libre, c’est à mon avis, le but de la psychanalyse.

– L’amour, le sexe, la solitude, les réussites.. Mais comment répondre à cette question « Comment s’oublier ? », et « Comment ne pas oublier » votre analyste à laquelle vous rendez hommage, assassinée lors d’un attentat à Paris ?

S’oublier, c’est ne pas s’aimer. Quand on s’efface, la question est de savoir pourquoi l’oubli de soi s’enracine dans la douleur. Pourquoi on s’oublie ? Pourquoi on s’efface ? Pourquoi on se rabaisse ? Pourquoi on se cache ? En réalité, la question de l’amour, c’est d’abord la question de soi. En s’oubliant, en ne s’aimant pas, on ne peut pas aimer. En refusant l’amour, on ne peut exister. On ne peut pas jouir. On ne peut pas prendre et donner du plaisir. Elsa Cayat est la seule femme assassinée dans l’attentat de Charlie Hebdo.  À l’époque, j’ai été très choqué que les journalistes, les politiques ne lui donnent pas la place qui était la sienne. Tout le monde parlait des hommes tués, mais pas d’elle. J’étais révolté. Ce livre est l’occasion de la remettre à la place qui est la sienne. Une femme exceptionnelle qui aimait par-dessus tout la vie. Dire redonne vie à Elsa Cayat.

– « Il nage pour être libre… Il a le virus de l’Italie… »… voyager dans l’esprit mais aussi avec son corps. Puisque cette revue est italienne et que vous aimez l’Italie, quel souvenir, quelle anecdote pourriez-vous nous livrer ?

Pour mes dix-sept ans, ma grand-mère m’a fait une surprise en m’offrant un voyage à Florence. Pendant une semaine, j’ai découvert cette ville qui est toujours aussi chère à mon cœur, en compagnie de cette femme que j’admirais. Une femme qui s’est révélée être un monstre caché derrière des masques de la commedia dell’arte. Mon analyse m’a permis de me débarrasser de cette figure de femme-mère de cette louve-prédatrice très encombrante. J’ai réussi à travers mon analyse à comprendre, à réaliser la perversité toxique de cette femme et réussi à la tuer. Restent Florence et l’Italie bien vivantes. Je suis toujours heureux en Italie. Dire est aussi une déclaration d’amour aux Italiennes et aux Italiens, à ce pays que j’aime. Mi piace molto l’Italia !


Emmanuel Chaussade

« Dire » ; Mercure de France (2022)

 « Elle, la Mère » ; Les éditions de minuit (2021


Quando la madre diventa il male. Intervista a Emmanuel Chaussade

di Pascal Neveu

Quando la sofferenza diventa troppo forte per andare avanti, quando riflettere da solo non porta a nulla, bisogna avere l’umiltà di farsi aiutare. Emmanuel Chaussade, nel suo ultimo romanzo Dire, ci indica come analizzare, comprendere, affrontare questa sofferenza.

– Due opere « Lei, la Madre » e l’ultima « Dire »… C’è un filo conduttore nei tuoi romanzi: la madre. Come diceva Lacan… La madre è il grande Male?

Ci sono due figure materne. La prima è la madre del desiderio, della carne, del rapporto teso, che  lega un uomo e una donna. La seconda è la madre dell’amore, senza sesso, o almeno che  lo desidera, dedita a concepire, a riprodurre. Per me ci sono quindi due madri, come nella rappresentazione degli antichi romani che mi ha sempre affascinato, quella del lupo, lupus femina/lupa che protegge e allatta. Ma che può anche essere visto come una lupa, nome femminile che è stato attribuito alle donne di costumi promiscui, alle prostitute. Diciamo lupanari per designare il luogo in cui esse praticavano. Due figure contrapposte, la donna della brutta vita, colei che stritola gli uomini e la madre salvatrice, colei che li nutre. In breve, la madre e la puttana. La moglie puttana e l’amore materno. Quale dei due è più letale? La madre è doppia, combattuta tra il suo desiderio di donna e il suo lato predatore, il suo amore di madre e il suo lato protettivo. Donna pronta a sacrificare ciò che ha di più prezioso, il suo bambino, nonostante lo ami. Quella pronta a smettere di essere madre per poi ridiventare completamente donna e nient’altro che donna.

– Narri di tutto… soprattutto del peggio che un bambino potrebbe subire, in una scrittura che è realistica, a volte cruda, ma esemplare. Come pensare e curare tali ferite?

Quando la sofferenza diventa troppo grande per andare avanti, quando le riflessioni solitarie non portano da nessuna parte, dobbiamo avere l’umiltà di cercare aiuto. Essere accompagnato per soffrire meno, per guarire dalle tue ferite. Intraprendere il viaggio più bello, quello della scoperta di sé. Il lavoro con uno psicoanalista è quello di ridurre la sofferenza, di risolvere i conflitti psichici, attraverso le parole e l’analisi di lapsus e sogni. Pensare, analizzare, comprendere, ma soprattutto realizzare, che permette di liberarsi. Il lavoro analitico significa anche uscire dall’incoscienza, dall’onnipotenza dell’altro, dell’abusante. Sbarazzati della fantasia dell’Altro. Essere su un piano di parità per conquistare la tua libertà. Essere liberi è, secondo me, l’obiettivo della psicoanalisi.

– Amore, sesso, solitudine, successi… Ma come « Come dimenticare te stesso? », e « Come non dimenticare » il tuo analista a cui rendi omaggio, assassinato durante un attentato a Parigi?

Dimenticare se stessi non è amare se stessi. Quando cancelliamo noi stessi, la domanda è sapere perché l’oblio di sé è radicato nel dolore. Perché ci dimentichiamo? Perché svaniamo? Perché ci stiamo abbassando? Perché ci nascondiamo? In realtà, la questione dell’amore è prima di tutto la questione di se stessi. Dimenticando se stessi, non amandosi, non si può amare. Rifiutando l’amore, non si può esistere. Non possiamo goderci. Non possiamo prendere e dare piacere. Elsa Cayat è l’unica donna uccisa nell’attacco a Charlie Hebdo. A quel tempo, fui molto scioccato dal fatto che giornalisti e politici non gli dessero il posto che meritava. Tutti parlavano degli uomini uccisi, ma non di lei. Mi sono ribellato. Questo libro è l’occasione per rimetterlo al suo posto. Una donna eccezionale che amava la vita sopra ogni cosa. Dire riporta in vita Elsa Cayat.

– « Nuota per essere libero… Ha il pallino dell’Italia… »… viaggia nello spirito ma anche con il corpo. Visto che questa rivista è italiana e tu ami l’Italia, quale ricordo, quale aneddoto potresti condividere con noi?

Per il mio diciassettesimo compleanno, mia nonna mi ha sorpreso proponendomi un viaggio a Firenze. Per una settimana ho scoperto questa città che mi sta ancora tanto a cuore, in compagnia di questa donna che ammiravo. Una donna che si è rivelata un mostro nascosto dietro le maschere della commedia dell’arte. La mia analisi mi ha permesso di sbarazzarmi di questa figura di donna-madre di questo ingombrante lupo-predatore. Attraverso la mia analisi sono riuscito a capire, a realizzare la tossica perversità di questa donna e sono riuscito ad ucciderla. Firenze e l’Italia restano molto vive. Sono sempre felice in Italia. Dire è anche una dichiarazione d’amore agli uomini e alle donne italiani, a questo Paese che amo e che mi piace molto.


Emmanuel Chaussade:

Dire

Mercure de France (2022)


 Elle, la Mère

Les éditions de minuit (2021)

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