par Gianfranco Brevetto
Le Petit Chaperon rouge est depuis toujours l’un des contes les plus connus et fait partie intégrante de l’imaginaire de chaque enfant.
Il s’agit d’un récit qui n’est simple qu’en apparence et dont il semble facile de tirer une morale.
Mais est-ce vraiment le cas ? Et si l’interprétation que nous avons toujours donnée à ce conte, dans les versions de Perrault et des frères Grimm, était erronée ?
Lucile Novat, professeure dans un collège de Seine-Saint-Denis, férue de tératologie et de culture populaire, est l’auteure d’un ouvrage original intitulé De grandes dents. Enquête sur un petit malentendu (Éditions La Découverte, collection Zones), dans lequel elle nous fournit de précieux outils critiques pour mieux comprendre ce mythe universellement connu.
— Commençons par le titre : pourquoi, selon vous, l’interprétation du conte du Petit Chaperon rouge est-elle victime d’un « petit malentendu » ?
Mon hypothèse est un peu farfelue, mais je dois vous mettre en garde : les lecteurs finissent par se laisser convaincre ! Voici ma petite théorie : ce n’est pas le loup qui dévore l’enfant, c’est l’aïeule. Le danger n’est pas dans la forêt, il est dans la maison derrière une porte soigneusement barricadée (« tire la bobinette… » vous savez bien). Ce que le conte peut-être nous souffle à l’oreille, ce n’est pas qu’il faut se méfier des étrangers, mais qu’on ferait bien d’éviter le lit de ses (grands-)parents.
— Lorsque j’étais enfant et qu’on me racontait cette histoire, j’étais frappé par la facilité avec laquelle le Petit Chaperon rouge donnait l’adresse de sa grand-mère au loup. En réalité, vous mettez en lumière toute une chaîne d’événements et d’anomalies dans le récit. Pourriez-vous nous les résumer ?
C’est très intéressant que vous mentionniez votre souvenir d’enfance et votre incrédulité car il me semble révéler la collision du bon sens (enfantin) et du discours hégémonique (patriarcal). Je ne peux pas vous résumer toutes les bizarreries et indices sur lesquels m’entraine mon enquête, mais je peux essayer de vous dire pourquoi, selon moi, l’interprétation incestueuse du conte a été totalement recouverte, passée sous silence.
C’est Dorothée Dussy qui a « cracké » cette question du tabou chez Lévi-Strauss dans son livre Le Berceau des dominations. En fait, pour Dussy, le tabou, ce n’est pas l’interdiction de pratiquer l’inceste mais l’interdiction d’en parler.
J’ai l’impression que l’interprétation collectivement admise du Petit Chaperon Rouge est une espèce de masterclass en la matière. Lorsqu’on transmet cette histoire, on ne se contente pas d’occulter le sujet de l’inceste, on lui tord le cou, on lui fait dire exactement l’inverse de ce qu’elle pourrait raconter. On en fait une vignette éducative pour justifier l’interdiction d’aller courir à travers champs et sanctuariser le foyer comme espace à protéger des agressions extérieures…comme si l’agresseur n’avait pas déjà la clé et son nom sur le bail.
Vous voyez ce mouvement d’inversion, véritable gaslighting, que produit l’hégémonie ? Remettons-nous deux secondes à la place d’un enfant qui découvre le conte, au lit avant d’aller dormir. Les enfants sont des gens formidablement intelligents. Ils ne peuvent pas toujours le nommer, mais ils sentent bien qu’il y a un GROS TRUC QUI CLOCHE chez cette mamie trop insistante. Si l’adulte qui raconte l’histoire verrouille le sens à la fin du récit en concluant : « Donc tu vois, il faut bien obéir à ses parents et ne pas s’éloigner du sentier. », imaginez la confusion, pour le petit qui aurait été en droit de s’attendre plutôt à quelque chose comme « Donc tu vois, personne n’a le droit de te forcer à monter dans son lit même tes grands-parents. » C’est une éducation au silence.
— Il existe également une lecture freudienne du Petit Chaperon rouge, dans laquelle apparaît clairement une question de genre. De quelle manière ?
La question du genre du personnage principal a beaucoup été débattue, notamment du fait de ce syntagme au masculin « le petit chaperon rouge ». On peut penser que la différence adulte/enfant est plus importante ici que la distinction fille/garçon. Ce qui m’intéresse, c’est d’étendre cette interrogation sur le genre aux autres actants du récit : et si la grand-mère était un grand-père, serait-il plus facile d’ouvrir les yeux sur la prédation ? et si, dans la forêt, « compère le loup » était « marraine la louve », accepterions-nous d’y voir une alliée potentielle, une figure férale, bienfaitrice et pailletée susceptible de retenir l’enfant dans la forêt, loin des violences du foyer ?
— Barbie-Bleue est le titre intrigant du récit placé en annexe du livre. Qui est cette Barbie-Bleue ?
Barbie-Bleue est une figure féminine en proie à tous les dangers, tous les prédateurs ! Je voulais jouer avec cette matière des contes, fabriquer un récit ludique et composite, où les frontières se brouillent entre l’adolescente d’aujourd’hui et la souillon du XVIIème siècle. Elle peut faire penser à la « final girl » des films d’horreur, ou à un personnage de jeu vidéo : dans ce récit dont vous êtes le héros, vous incarnez cette jeune femme et vous essayez de trouver une issue… rassurez-vous, il y en a une, même s’il faudra ruser pour cesser d’enchainer les relations toxiques !
— Vous êtes spécialiste des contes et également enseignante. Votre profession vous met chaque jour en contact de ceux qui ont été les destinataires de cet univers, ainsi que d’autres mondes, merveilleux. Comment l’offre de récits fantastiques a-t-elle évolué ces dernières années ? Et avec quels résultats?
Je ne suis pas vraiment « spécialiste » des contes vous savez, ma démarche est plutôt littéraire, poétique, politique aussi, bien plus qu’universitaire ! En revanche en tant qu’enseignante je peux vous dire que les enfants et adolescents dans mes classes sont encore et toujours fascinés par les contes de Perrault et de Grimm. Peut-être parce que nous avons toutes et tous eu si peur en les découvrant la première fois, on se sent valeureux en les racontant à nouveau. Il a beaucoup été question dans l’enseignement des stéréotypes de genre arriérés que véhiculaient certaines de ces histoires, mais je trouve justement qu’il est joyeux et subversif de pousser les élèves à critiquer les choix d’un personnage, à bâtir des hypothèses à partir d’une faille dans l’intrigue, ou à mettre en doute une moralité un peu trop vite emballée.
Lucile Novat
De Grandes Dents
Zones, 2024
Cappuccetto Rosso. Il pericolo non è nella foresta . Intervista a Lucile Novat
di Gianfranco Brevetto
Cappuccetto Rosso è da sempre una delle fiabe più conosciute e fa parte integrante dell’immaginario di ogni bambino. Si tratta di un racconto che appare semplice solo in superficie e dal quale sembra facile trarre una morale.
Ma è davvero così? E se l’interpretazione che abbiamo sempre dato a questa fiaba, nelle versioni di Perrault e dei fratelli Grimm, fosse sbagliata?
Lucile Novat, insegnante in una scuola media della Seine-Saint-Denis, appassionata di teratologia e cultura popolare, è l’autrice di un’opera originale intitolata De grandes dents. Enquête sur un petit malentendu, Éditions La Découverte), nella quale fornisce preziosi strumenti critici per comprendere meglio questo mito universalmente noto.
-Cominciamo dal titolo: perché, secondo lei, l’interpretazione della fiaba di Cappuccetto Rosso sarebbe vittima di un «piccolo malinteso»?
-La mia ipotesi è un po’ stravagante, ma devo avvertirvi: i lettori finiscono per lasciarsi convincere! Ecco la mia teoria: non è il lupo a divorare la bambina, bensì la nonna. Il pericolo non è nel bosco, ma nella casa, dietro una porta accuratamente sprangata («tira il chiavistello…» sapete bene di cosa parlo).
Forse ciò che la fiaba ci sussurra all’orecchio non è che bisogna diffidare degli estranei, ma che sarebbe meglio evitare il letto dei propri (nonni).
-Quando ero bambino e mi raccontavano questa storia, rimanevo colpito dalla facilità con cui Cappuccetto Rosso rivelava al lupo l’indirizzo della nonna. In realtà, lei mette in luce un’intera catena di eventi e anomalie nel racconto. Potrebbe riassumercele?
-È molto interessante che lei menzioni questo ricordo d’infanzia e la sua incredulità, perché mi sembra che rivelino lo scontro tra il buon senso (infantile) e il discorso egemonico (patriarcale).
Non posso riassumere tutte le stranezze e gli indizi che emergono dalla mia indagine, ma posso provare a spiegare perché, secondo me, l’interpretazione incestuosa della fiaba sia stata completamente occultata e messa a tacere.
È Dorothée Dussy che ha “decifrato” questa questione del tabù in Lévi-Strauss nel suo libro Le Berceau des dominations. Per Dussy, infatti, il tabù non è il divieto di praticare l’incesto, ma il divieto di parlarne.
Ho l’impressione che l’interpretazione collettivamente accettata di Cappuccetto Rosso sia una vera e propria lezione magistrale in questo senso. Quando trasmettiamo questa storia, non ci limitiamo a nascondere il tema dell’incesto: lo stravolgiamo completamente, facendogli dire l’esatto contrario di ciò che potrebbe raccontare.
La trasformiamo in una storiella educativa per giustificare il divieto di correre per i campi e per sacralizzare la casa come spazio da proteggere dalle aggressioni esterne… come se l’aggressore non avesse già le chiavi di casa e il suo nome sul contratto d’affitto.
Vedete questo meccanismo di inversione, questo vero e proprio gaslighting prodotto dall’egemonia?
Mettiamoci per un momento nei panni di un bambino che scopre la fiaba prima di addormentarsi. I bambini sono persone straordinariamente intelligenti. Non sempre sanno dare un nome alle cose, ma sentono che c’è QUALCOSA DI MOLTO STRANO in quella nonna così insistente.
Se l’adulto che racconta la storia ne fissa il significato concludendo: «Vedi? Bisogna obbedire ai genitori e non allontanarsi dal sentiero», immaginate la confusione del bambino, che avrebbe avuto il diritto di aspettarsi qualcosa come: «Vedi? Nessuno ha il diritto di costringerti a salire nel suo letto, nemmeno i tuoi nonni».
È un’educazione al silenzio.
-Esiste anche una lettura freudiana di Cappuccetto Rosso, nella quale emerge chiaramente una questione di genere. In che modo?
-La questione del genere del personaggio principale è stata molto dibattuta, soprattutto a causa dell’espressione maschile francese le petit chaperon rouge.
Si può pensare che qui la differenza tra adulto e bambino sia più importante della distinzione tra femmina e maschio.
Ciò che mi interessa è estendere questa riflessione agli altri personaggi della storia: e se la nonna fosse un nonno, sarebbe più facile riconoscere la predazione? E se nel bosco il «compare lupo» fosse una «comare lupa», saremmo disposti a vederla come una possibile alleata, una figura selvatica, benefica e luminosa, capace di trattenere il bambino nel bosco, lontano dalla violenza domestica?
-Barbie-Bleue è il titolo intrigante del racconto posto in appendice al libro. Chi è questa Barbie-Bleue?
-Barbie-Bleue è una figura femminile esposta a ogni tipo di pericolo, a ogni genere di predatore!
Volevo giocare con il materiale delle fiabe e costruire un racconto ludico e composito, in cui si confondessero i confini tra l’adolescente di oggi e la sguattera del XVII secolo.
Può ricordare la final girl dei film horror o un personaggio dei videogiochi: in questo racconto interattivo, sei tu a interpretare questa giovane donna e a cercare una via d’uscita.
State tranquilli: una via d’uscita esiste, anche se sarà necessario essere astuti per smettere di concatenare relazioni tossiche
-Lei si occupa di fiabe ed è anche insegnante. Il suo lavoro la mette quotidianamente a contatto con coloro che sono stati i destinatari di questo universo e di altri mondi fantastici. Come è cambiata negli ultimi anni l’offerta di racconti meravigliosi e fantastici? E con quali risultati?
-Non sono davvero una “specialista” delle fiabe, sa; il mio approccio è piuttosto letterario, poetico e politico, molto più che accademico.
Come insegnante, però, posso dire che i bambini e gli adolescenti delle mie classi continuano a essere affascinati dalle fiabe di Perrault e dei fratelli Grimm.
Forse perché tutti noi abbiamo avuto tanta paura quando le abbiamo scoperte per la prima volta, e raccontarle di nuovo ci fa sentire coraggiosi.
Nell’insegnamento si è parlato molto degli stereotipi di genere antiquati trasmessi da alcune di queste storie, ma io trovo che sia proprio gioioso e sovversivo spingere gli studenti a criticare le scelte di un personaggio, a formulare ipotesi a partire da una falla nella trama o a mettere in dubbio una morale confezionata troppo in fretta.