(FRA/ITA/ENG)
« Quand nous rêvons nous entrons dans un monde qui n’appartient qu’à nous »
(phrase prononcée par le Sorcier Dumbledore dans la saga « Harry Potter »)
par Thémélis Diamantis
Ceux qui aiment les aventures de Harry Potter le savent ; il existe deux catégories d’humains : les Sorciers (qui possèdent des pouvoirs magiques) et les Moldus (qui n’en ont pas). J’ai peut-être à ce propos une bonne nouvelle à annoncer aux personnes s’étant hâtivement convaincues qu’elles devaient, par la force des choses, appartenir au second groupe : les Moldus n’existent pas puisque nous disposons tous d’authentiques pouvoirs magiques. Sans me contredire, je pourrais autant dire que les véritables Sorciers n’existent pas non plus. Je me donne quelques lignes pour tenter de vous convaincre du caractère non paradoxal de ce qui précède…
On prête à Jean-Eugène Robert-Houdin – souvent qualifié de « père de la magie moderne » – la phrase suivante : « Un magicien est un acteur qui joue le rôle d’un magicien ».
L’analogie proposée par Houdin dépasse l’anecdote ou le bon mot : l’illusion de la vérité, dans la prestidigitation[1] comme dans le théâtre, produit un effet de dépassement du réel, une mirabilia – une chose admirable – comme on disait au Moyen Âge, induisant chez le public un état psychique qui le soustrait à la raison et à l’ordre naturel ou familier du monde. Les illusionnistes excellent dans cet art en donnant l’apparence du vrai à des choses incroyables, inexistantes, impossibles, impensables, merveilleuses. Le public se laisse d’autant plus volontiers prendre par de tels spectacles que de toutes parts – sur la scène comme dans la salle – il est su, dit et entendu que l’apparence de la vérité n’a pas valeur de faits réels. L’illusion n’est ni une tricherie, ni un mensonge puisqu’elle affiche ses codes à défaut de révéler ses secrets de fabrication.
C’est parce que « c’est pour de faux » – pour parler comme les enfants – qu’on dit d’un spectacle (de théâtre ou de magie) qu’il est joué et de son visionnement qu’il conduit à de la jouissance. Si jouer (au sens des arts de la scène) relève du jeu, jouir est une sensation bien réelle. Cette articulation entre fiction et réalité (mais aussi entre jeu et jouissance), constitutive des arts de la scène, se prête également à des parallèles intéressants avec la psychanalyse autour de la notion – partagée – de « représentation ».
Le monde de l’illusion convoque évidemment en chacun de nous celui de l’enfance, autour du principe de la toute-puissance « magique » dont il produit la résurgence. Le succès des livres de J. K. Rowling ou de J. R. R. Tolkien au même titre que leurs adaptations cinématographiques attestent de l’aimantation que de tels contenus produisent sur le public. Le même principe s’applique selon moi aussi aux superhéros (Superman, Spiderman, etc.) : ce n’est pas à un personnage adulte, même si ce dernier l’incarne, que le public s’identifie, le superhéros représentant selon moi une transposition sur le plan adulte des fantasmes de toute-puissance narcissique des très jeunes enfants, de leur capacité fantasmée à agir directement sur le monde, sans la limitation du réel, sur les seules bases de leur volonté et des moyens imaginaires qui l’accompagnent. Mais restons sur la magie dans le but d’en mettre en évidence les convergences et les divergences avec la psychanalyse.
L’illusionnisme, sous toutes ses formes, fait aussi penser aux rêves : on croise dans ces derniers des images insensées, entretenant un rapport avec des faits et des personnes réelles (ou pas), auxquelles on prête valeur de réalité … le temps du rêve. Nos rêves sont un spectacle de magie personnelle dont nous sommes, sans le savoir, les producteurs. Nous y vivons un sentiment « magique », comme dans un spectacle de prestidigitation, à la différence que celui-ci ne nous est pas donné à voir de l’extérieur par un tiers. Le rêve se produit sur une scène intime ; l’illusionniste, pour sa part, produit son numéro sur une scène publique.
Le magicien maîtrise ses astuces. Sans la conscience de la réalité, il ne peut produire l’illusion du réel. Le résultat auquel il parvient peut sembler « fou » ou irréel mais il résulte d’une succession d’actes parfaitement rationnels. L’illusion est donnée ; la vérité y ayant conduit demeure cachée.
La vérité refoulée du rêveur dont ses émanations oniriques sont la manifestation traduit une ambivalence bien plus grande et surtout plus constitutive du phénomène du rêve ou plus généralement de la vie psychique. Rien de ce qui peuple ses rêves n’est étranger au rêveur, mais tout lui semble étrange, irréel, surprenant (parfois effrayant), fou ou magique. Nos rêves nous sont étrangement familiers. Unheimlich, dit Freud. Ils nous présentent certains contenus intimes sous un jour leur conférant un aspect dissocié de leurs supports habituels. La psychanalyse ne s’y trompe pas : loin de les voir comme une illusion, elle les considère comme un regard disruptif et certainement plus vrai sur notre système de représentations intimes, en particulier de ses soubassements inconscients. Il est d’ailleurs couramment admis que l’Interprétation des rêves (Freud, 1899-1900) constitue l’ouvrage fondateur de la psychanalyse. Le génie de Freud, comme j’aime à le penser, est d’avoir confié la question de la Vérité – vaste question depuis les Grecs – … au rêve. Ce dernier produit l’illusion d’une illusion pour mieux nous mettre face aux réalités internes que nous ne voulons voir et non celles, externes, qu’un tiers – menteur ou prestidigitateur – chercherait à nous cacher.
Dans la prestidigitation, l’illusion (que le magicien donne à voir) est illusion et la vérité (qu’il cache) est la vérité. Leurs plans sont articulés mais distincts. Dans le rêve, l’illusion est la vérité et inversement. Toutes deux sont générées, sans la conscience de leur articulation interne, par le rêveur et en premier lieu à l’intention de lui-même. À l’inverse d’un spectacle de magie, dans le rêve, le « prestidigitateur » et son« public » ne font qu’un. Les rapports entre les questions de la vérité et de l’illusion, comme nous le verrons à présent, y sont également bien différents que dans la magie.
Dans un tour de magie bien exécuté, le prestidigitateur détourne l’attention du public de ce qu’il ne doit pas voir ; il montre certaines choses pour mieux cacher aux spectateurs ce dont ils ne doivent pas prendre connaissance. Le rêve fait en partie l’inverse. Il montre exactement ce qu’il veut faire voir mais en recouvre le sens d’une apparente absurdité (participant à donner aux situations oniriques leur caractère « magique »). Autrement dit, les rêves ne dissimulent pas la vérité par l’illusion mais offrent à la première la possibilité de se laisser découvrir par la seconde, en prenant appui sur elle. À condition de s’en donner les moyens, le rêve peut donc conduire de sa propre illusion à sa vérité là où l’illusion du prestidigitateur protège l’accès à celle-ci. Ce qui en prestidigitation semble impossible l’est effectivement. Le rêve – certes en travestissant ses contenus – pointe dans la direction inverse : une chose en apparence impossible contient un degré élevé de vérité. Autrement dit, ce qui sur une scène de magie est réellement impossible le serait au fond en nous… Deux salles, deux ambiances…
La sensation de l’extraordinaire, éprouvée par le public d’un spectacle de magie ou par le rêveur au cours de son rêve, sont similaires. Ce sentiment est indispensable à la réussite de son numéro pour le magicien, comme à la prise de conscience des contenus psychiques de son rêve pour le rêveur. Si le sentiment du merveilleux est le même en magie et dans le rêve, d’autres facteurs pourtant les séparent : l’illusion du rêve ouvre possiblement sur un espace de vérité à l’inverse de la prestidigitation dont l’illusion représente à la fois le but et les moyens. Le magicien crée l’illusion par la maîtrise du réel ; le rêveur, mis en perte totale de maîtrise par le sommeil, se voit convoqué, dans l’illusion que lui-même à son insu a produite, au spectacle de situations extraordinaires qui bousculent son sens des réalités courantes. Ce sont deux sources, deux contextes et deux intentions différentes qui rendent ces illusions stupéfiantes. Le magicien, par l’illusion qu’il produit, trompe la raison du public ; le rêve, dans l’émotion qu’il génère, participe à la connaissance de ses contenus.
En voulant croire à la réalité de la magie, on pourrait alors dire que le véritable magicien n’est pas l’illusionniste mais le rêveur, ce dernier seul pouvant inscrire l’illusion dans le champ ou la perspective du réel. Il pourrait se faire aider dans cette tâche par un psychanalyste. Ce ne serait pourtant pas la vérité : le rêveur ne produit pas la magie de ses rêves ; il n’est pas un sujet agissant le contenu ou la forme de ses rêves mais un sujet agi par ces derniers. Le dispensateur de la magie n’est pas tant l’humain qui rêve que l’inconscient qui le fait rêver. C’est à lui plus qu’au rêveur que reviendrait le Prix Nobel de la Magie, si une telle distinction existait. L’analyste lui-même accompagne cette « magie » dont il n’est pas davantage la source. Comme le rêveur, il en participe seulement.
La démarcation décisive sur les thèmes de la vérité (recherchée par la psychanalyse) et de l’illusion (créée par les magiciens) relève quant à elle du langage – pour ma part, je préfère dire de la parole – , l’articulation avec ce qui précède se retrouvant dans la formule célèbre de Jacques Lacan : « l’inconscient est structuré comme un langage ». C’est l’usage et la référence à la parole qui fondamentalement différencie les champs de la prestidigitation et du rêve.
La première est avant tout un art de l’action ; les mots de l’illusionniste – quand ils ne servent pas à détourner l’attention du public – servent à la fonctionnalité du tour qu’il exécute (« Prenez une carte au hasard dans le paquet ; ne me la montrez pas ; remettez-la dans le paquet où vous voulez », etc.). Les signifiants portent sur leurs signifiés visibles. Les rêves n’accèdent, quant à eux, à leur pleine surface que par la mise en mots dont ils font l’objet de la part du rêveur. Le langage qui les exprime ne poursuit pas la détermination des signifiés externes mais l’évocation de signifiés internes. L’analyse des rêves n’existe pas sans cette étape préalable. C’est par leur mise en discours que l’analyste prend connaissance des rêves de ses patients ; c’est autant sur le plan du langage qu’il y répond. La « magie » véritable dont le travail interprétatif en psychanalyse peut se prévaloir repose de manière décisive sur le langage. La Vérité dont elle est en quête ne peut se passer du pouvoir des mots.
En voici un aperçu clinique aussi bref qu’élémentaire : un patient, récemment, m’a rapporté un rêve dans lequel il se trouve aux côtés d’une femme en robe de mariée. Je lui demande s’il connaît cette femme et il me répond, après un bref silence réflexif, que ce n’est pas le cas mais que son visage lui rappelle celui d’une femme avec laquelle il avait jadis partagé une importante histoire d’amour …avant de mettre lui-même fin à cette relation pour des raisons qui à ce jour lui échappent encore. Je lui demande le prénom de cette femme et il me répond. « Marie ». Aussitôt, dans un mouvement de surprise, il fait le lien entre les mots « Marie » et « mariée ».
Du côté du patient, son rêve – dans l’illusion absurde le représentant en situation d’épouser une inconnue – lui a servi de point de départ pour produire une chaine associative le ramenant au souvenir d’une femme réelle (et du lien amoureux intense vécu avec elle). Son prénom, une fois prononcé, lui a instantanément ouvert une porte de lecture prospective de son rêve.
L’analyste, quant à lui, découvre le rêve en l’écoutant, à l’inverse du patient qui l’avait préalablement croisé dans son sommeil. À défaut d’en connaître de déroulé et avant même d’en accueillir le récit, il sait pourtant déjà que de la « magie » se cache dans les mots et les images qui en formeront la narration.
Le psychanalyste cherche par une technique rationnelle la vérité derrière l’illusion du rêve. Il n’est donc ni un (véritable) sorcier, ni un prestidigitateur. Cela ne signifie pas qu’une magie authentique ne participe pas à la cure psychanalytique. Elle n’est cependant l’apanage ni de l’analyste ni de son patient. C’est l’inconscient lui-même qui, par le rêve, la produit dans un jeu d’énigmes et d’apparences et c’est par le langage que les protagonistes de la cure tentent ensemble de remonter d’une illusion manifeste vers une vérité enfouie. L’inconscient est un magicien du réel avançant sous le couvert de l’illusion. Le langage, dans l’utilisation partagée qu’en font le patient et son analyste, sert à en mettre à jour les astuces pour accéder à sa vérité.
On pourrait alors conclure en disant de la psychanalyse qu’elle est une activité de Sorciers pratiquée entre deux Moldus dont le pouvoir magique est d’explorer l’articulation – souvent invisible – reliant certains signifiants apparents à leurs signifiés réels.
[1]Dans les lignes à venir j’utiliserai de manière interchangeable les termes d’illusionnisme, de prestidigitation et de magie.
Il Sognatore e il Mago
“Quando sogniamo, entriamo in un mondo che appartiene solo a noi”
(una frase pronunciata dal mago Silente nella saga di “Harry Potter”)
Di Thémélis Diamantis
Chi ama le avventure di Harry Potter sa che esistono due categorie di esseri umani: i Maghi (che possiedono poteri magici) e i Babbani (che non li possiedono). Ho una buona notizia per coloro che si sono frettolosamente convinti di appartenere necessariamente al secondo gruppo: i Babbani non esistono, poiché tutti noi possediamo autentici poteri magici. Senza contraddirmi, potrei altrettanto facilmente affermare che non esistono nemmeno i veri Maghi. Dedicherò qualche riga a cercare di convincervi della non paradossalità dell’affermazione precedente…
A Jean-Eugène Robert-Houdin, spesso definito il “padre della magia moderna”, è attribuita la seguente frase: “Un mago è un attore che interpreta il ruolo di un mago”.
L’analogia di Houdin va oltre il semplice aneddoto o la battuta: l’illusione della verità, nella prestidigitazione come nel teatro, produce un effetto di trascendenza della realtà, una mirabilia – una cosa ammirevole – come si diceva nel Medioevo, inducendo nel pubblico uno stato psicologico che lo allontana dalla ragione e dall’ordine naturale o familiare del mondo. Gli illusionisti eccellono in quest’arte dando l’apparenza di verità a cose incredibili, inesistenti, impossibili, impensabili e meravigliose. Il pubblico è tanto più facilmente affascinato da tali spettacoli perché, da ogni parte – sul palco come tra gli spettatori – è noto, affermato e compreso che l’apparenza della verità non è la stessa cosa dei fatti reali. L’illusione non è né inganno né menzogna, poiché mostra i suoi codici anche se non rivela i segreti della sua creazione.
È perché “è tutta finzione” – per dirla con i bambini – che diciamo che uno spettacolo (teatrale o di magia) è recitato e che guardarlo porta piacere. Se l’esibizione (nel senso delle arti performative) è una questione di gioco, allora il piacere è una sensazione molto reale. Questa interazione tra finzione e realtà (ma anche tra gioco e piacere), fondamentale per le arti performative, si presta anche a interessanti parallelismi con la psicoanalisi attorno alla nozione condivisa di “rappresentazione”.
Il mondo dell’illusione evoca inevitabilmente l’infanzia in ognuno di noi, incentrata sul principio di onnipotenza “magica”, che esso stesso rievoca. Il successo dei libri di J.K. Rowling e J.R.R. Tolkien, così come dei loro adattamenti cinematografici, testimonia il magnetismo che tali contenuti esercitano sul pubblico. A mio avviso, lo stesso principio si applica ai supereroi (Superman, Spiderman, ecc.): non è con un personaggio adulto, anche se quel personaggio lo incarna, che il pubblico si identifica. Il supereroe, a mio avviso, rappresenta una trasposizione sul piano adulto delle fantasie di onnipotenza narcisistica tipiche dell’infanzia, della loro immaginaria capacità di agire direttamente sul mondo, senza i limiti della realtà, basandosi unicamente sulla propria volontà e sui mezzi immaginari che la accompagnano. Ma restiamo concentrati sulla magia per evidenziarne le convergenze e le divergenze con la psicoanalisi.
Anche l’illusionismo, in tutte le sue forme, evoca i sogni: nei sogni incontriamo immagini prive di senso, collegate a eventi e persone reali (o immaginari), alle quali attribuiamo il valore della realtà… per la durata del sogno. I nostri sogni sono uno spettacolo di magia personale di cui siamo, inconsapevolmente, gli autori. Al loro interno proviamo una sensazione “magica”, come in un gioco di prestigio, con la differenza che questo non ci viene presentato dall’esterno da una terza persona. Il sogno si svolge su un palcoscenico intimo; l’illusionista, dal canto suo, mette in scena il suo numero su un palcoscenico pubblico.
Il mago padroneggia i suoi trucchi. Senza la consapevolezza della realtà, non può produrre l’illusione del reale. Il risultato che ottiene può sembrare “folle” o irreale, ma deriva da una successione di azioni perfettamente razionali. L’illusione viene presentata; la verità che l’ha generata rimane nascosta.
La verità repressa del sognatore, di cui le emanazioni oniriche sono la manifestazione, riflette un’ambivalenza ben più profonda, più fondamentale per il fenomeno del sogno, o più in generale, per la vita psichica. Nulla di ciò che popola i suoi sogni è estraneo al sognatore, eppure tutto appare strano, irreale, sorprendente (a volte spaventoso), folle o magico. I nostri sogni ci sono stranamente familiari. Unheimlich, come diceva Freud. Presentano certi contenuti intimi sotto una luce che conferisce loro un aspetto dissociato dai loro soliti supporti. La psicoanalisi non si sbaglia: lungi dal considerarli un’illusione, li vede come uno sguardo dirompente e certamente più veritiero sul nostro sistema di rappresentazioni intime, in particolare sui suoi fondamenti inconsci. È inoltre opinione comune che L’interpretazione dei sogni (Freud, 1899-1900) costituisca l’opera fondante della psicoanalisi. Il genio di Freud, a mio avviso, risiede nell’aver affidato la questione della Verità – una questione immensa fin dai tempi dei Greci – al sogno. Il sogno produce l’illusione di un’illusione per metterci meglio di fronte alle realtà interiori che non vogliamo vedere, piuttosto che alle realtà esteriori che una terza parte – un bugiardo o un mago – cercherebbe di nasconderci.
Nella magia, l’illusione (presentata dal mago) è illusione, e la verità (che egli cela) è verità. I loro livelli sono interconnessi ma distinti. Nel sogno, l’illusione è verità, e viceversa. Entrambe sono generate, senza consapevolezza della loro connessione interna, dal sognatore e principalmente per il proprio tornaconto. A differenza di uno spettacolo di magia, nel sogno il “mago” e il suo “pubblico” sono una cosa sola. Anche il rapporto tra le questioni della verità e dell’illusione, come vedremo, è molto diverso nel sogno rispetto alla magia.
In un trucco di magia ben eseguito, il mago distoglie l’attenzione del pubblico da ciò che non dovrebbe vedere; Egli rivela certe cose per meglio nascondere agli spettatori ciò che non devono sapere. I sogni, in parte, fanno l’opposto. Mostrano esattamente ciò che vogliono mostrare, ma ne cela il significato in un’apparente assurdità (contribuendo al carattere “magico” delle situazioni oniriche). In altre parole, i sogni non celano la verità attraverso l’illusione, ma offrono alla prima l’opportunità di essere scoperta dalla seconda, facendo affidamento su di essa. A patto di compiere lo sforzo necessario, il sogno può quindi condurre dalla propria illusione alla verità, mentre l’illusione del mago protegge l’accesso ad essa. Ciò che sembra impossibile nella magia è effettivamente impossibile. Il sogno, sebbene mascherandone il contenuto, indica la direzione opposta: qualcosa di apparentemente impossibile contiene un alto grado di verità. In altre parole, ciò che è veramente impossibile su un palcoscenico magico sarebbe impossibile nel profondo di noi stessi… Due luoghi, due atmosfere…
La sensazione di straordinario, provata dal pubblico di uno spettacolo di magia o dal sognatore durante il sogno, è simile. Questa sensazione è essenziale per la riuscita del numero del mago, così come lo è per la consapevolezza del sognatore del contenuto psichico del proprio sogno. Sebbene il senso di meraviglia sia lo stesso nella magia e nei sogni, altri fattori li distinguono: l’illusione di un sogno si apre potenzialmente su uno spazio di verità, a differenza della prestidigitazione, dove l’illusione rappresenta sia il fine che il mezzo. Il mago crea l’illusione attraverso la padronanza della realtà; il sognatore, reso completamente incontrollabile dal sonno, viene richiamato, all’interno dell’illusione che egli stesso ha inconsapevolmente prodotto, allo spettacolo di situazioni straordinarie che mettono in discussione il suo senso della realtà quotidiana. Sono queste due fonti diverse, due contesti diversi e due intenzioni diverse che rendono queste illusioni sorprendenti. Il mago, attraverso l’illusione che produce, inganna la ragione del pubblico; il sogno, attraverso l’emozione che genera, contribuisce alla comprensione del suo contenuto.
Se si credesse nella realtà della magia, si potrebbe affermare che il vero mago non è l’illusionista, bensì il sognatore, quest’ultimo unico capace di collocare l’illusione nel campo o nella prospettiva della realtà. Il sognatore potrebbe cercare aiuto in questo compito in uno psicoanalista. Tuttavia, questa non sarebbe la verità: il sognatore non produce la magia dei propri sogni; non è un soggetto che agisce sul contenuto o sulla forma dei suoi sogni, ma un soggetto che agisce su di essi. Il dispensatore di magia non è tanto l’essere umano che sogna, quanto l’inconscio che lo fa sognare. È all’inconscio, più che al sognatore, che spetterebbe il Premio Nobel per la Magia, se tale distinzione esistesse. Lo stesso analista accompagna questa “magia”, di cui non è più la fonte. Come il sognatore, si limita a parteciparvi.
La distinzione decisiva tra i temi della verità (ricercata dalla psicoanalisi) e dell’illusione (creata dai maghi) risiede nel linguaggio – o, per quanto mi riguarda, nella parola – il collegamento con il punto precedente si trova nella celebre formula di Jacques Lacan: “l’inconscio è strutturato come un linguaggio”. È l’uso e il riferimento alla parola che differenzia fondamentalmente i campi della magia e del sogno.
La prima è innanzitutto un’arte d’azione; le parole dell’illusionista – quando non servono a distrarre l’attenzione del pubblico – sono funzionali al trucco che esegue (“Prendi una carta a caso dal mazzo; non mostrarmela; rimettila nel mazzo dove vuoi”, ecc.). I significanti hanno un impatto sui loro significati visibili. I sogni, d’altro canto, raggiungono la loro piena espressione solo attraverso la verbalizzazione da parte del sognatore. Il linguaggio che li esprime non cerca di determinare significati esterni, ma piuttosto di evocarne di interni. L’analisi dei sogni non può esistere senza questo passaggio preliminare. È attraverso la verbalizzazione che l’analista prende coscienza dei sogni del paziente; è a livello linguistico che egli risponde ad essi. La vera “magia” del lavoro interpretativo in psicoanalisi risiede in modo decisivo nel linguaggio. La Verità che esso ricerca non può prescindere dal potere delle parole.
Ecco un esempio clinico, tanto breve quanto essenziale: un paziente mi ha raccontato di un sogno in cui si trovava con una donna in abito da sposa. Gli ho chiesto se conoscesse quella donna e, dopo un breve silenzio riflessivo, ha risposto di no, ma che il suo volto gli ricordava una donna con cui aveva avuto una relazione amorosa significativa… prima di interromperla lui stesso per ragioni che ancora gli sfuggono. Gli ho chiesto il nome di battesimo della donna e lui ha risposto: “Marie”. Immediatamente, in un momento di sorpresa, ha collegato le parole “Marie” e “sposata”.
Dal punto di vista del paziente, il suo sogno – nell’assurda illusione di sposare una sconosciuta – fungeva da punto di partenza per una catena di associazioni che lo riportavano al ricordo di una donna reale (e all’intensa relazione sentimentale che avevano condiviso). Il suo nome, una volta pronunciato, apriva immediatamente la porta a una possibile interpretazione del sogno.
L’analista, d’altro canto, scopre il sogno ascoltandolo, a differenza del paziente che lo aveva già sperimentato in sogno. Ignaro del suo svolgimento e ancor prima di ascoltarne il racconto, l’analista sa già che la “magia” si cela tra le parole e le immagini che ne formeranno la narrazione.
Lo psicoanalista utilizza tecniche razionali per ricercare la verità che si cela dietro l’illusione del sogno. Pertanto, non è né un (vero) stregone né un mago. Ciò non significa che la magia autentica non giochi un ruolo nel trattamento psicoanalitico. Tuttavia, non è dominio esclusivo né dell’analista né del paziente. È l’inconscio stesso che, attraverso i sogni, lo produce in un gioco di enigmi e apparenze, ed è attraverso il linguaggio che i protagonisti della terapia tentano insieme di ascendere da un’illusione manifesta a una verità sepolta. L’inconscio è un mago della realtà, che avanza sotto la copertura dell’illusione. Il linguaggio, nel suo uso condiviso da parte del paziente e del suo analista, serve a svelare i trucchi usati per accedere alla sua verità.
Potremmo quindi concludere dicendo che la psicoanalisi è un’attività magica praticata tra due Babbani il cui potere magico consiste nell’esplorare l’articolazione – spesso invisibile – che collega certi significanti apparenti ai loro significati reali.
The Dreamer and the Magician
“When we dream, we enter a world that belongs only to us”
(a line spoken by Wizard Dumbledore in the “Harry Potter” saga)
By Thémélis Diamantis
Those who love the adventures of Harry Potter know that there are two categories of humans: Wizards (who possess magical powers) and Muggles (who do not). I may have some good news for those who have hastily convinced themselves that they must, by necessity, belong to the second group: Muggles do not exist, since we all possess genuine magical powers. Without contradicting myself, I could just as easily say that true Wizards do not exist either. I will take a few lines to try to convince you of the non-paradoxical nature of the preceding statement…
Jean-Eugène Robert-Houdin—often called the “father of modern magic”—is credited with the following phrase: “A magician is an actor playing the role of a magician.”
Houdin’s analogy goes beyond mere anecdote or witticism: the illusion of truth, in prestidigitation as in theater, produces an effect of transcending reality, a mirabilia—an admirable thing—as they said in the Middle Ages, inducing in the audience a psychological state that removes them from reason and the natural or familiar order of the world. Illusionists excel in this art by giving the appearance of truth to incredible, nonexistent, impossible, unthinkable, and marvelous things. The public is all the more readily captivated by such performances because, from all sides—on stage as well as in the audience—it is known, stated, and understood that the appearance of truth is not the same as actual facts. Illusion is neither cheating nor lying, since it displays its codes even if it doesn’t reveal its secrets of creation.
It is because “it’s all pretend”—to speak like children—that we say a performance (of theater or magic) is acted out, and that watching it leads to enjoyment. If performing (in the sense of the performing arts) is a matter of play, then enjoyment is a very real sensation. This interplay between fiction and reality (but also between play and enjoyment), which is fundamental to the performing arts, also lends itself to interesting parallels with psychoanalysis around the shared notion of “representation.”
The world of illusion inevitably evokes childhood within each of us, centered on the principle of “magical” omnipotence, which it revives. The success of J.K. Rowling’s and J.R.R. Tolkien’s books, as well as their film adaptations, attests to the magnetism such content exerts on the public. In my view, the same principle applies to superheroes (Superman, Spiderman, etc.): it is not with an adult character, even if that character embodies them, that the public identifies. The superhero, in my opinion, represents a transposition onto the adult plane of the fantasies of narcissistic omnipotence held by very young children, of their imagined ability to act directly on the world, without the limitations of reality, solely on the basis of their will and the imaginary means that accompany it. But let us remain focused on magic in order to highlight its convergences and divergences with psychoanalysis.
Illusionism, in all its forms, also evokes dreams: in dreams, we encounter nonsensical images, connected to real (or imagined) events and people, to which we ascribe the value of reality… for the duration of the dream. Our dreams are a personal magic show of which we are, unknowingly, the producers. We experience a “magical” feeling within them, as in a sleight-of-hand show, except that this one is not presented to us from the outside by a third party. The dream unfolds on an intimate stage; the illusionist, for their part, performs their act on a public stage.
The magician masters his tricks. Without an awareness of reality, he cannot produce the illusion of the real. The result he achieves may seem “crazy” or unreal, but it stems from a succession of perfectly rational acts. The illusion is created; the truth that led to it remains hidden.
The repressed truth of the dreamer, of which his dream emanations are the manifestation, reflects a much greater ambivalence, and above all, one more constitutive of the phenomenon of dreaming, or more generally, of psychic life. Nothing that populates his dreams is foreign to the dreamer, but everything seems strange, unreal, surprising (sometimes frightening), crazy, or magical. Our dreams are strangely familiar to us. Unheimlich, as Freud said. They present certain intimate contents to us in a light that gives them an aspect dissociated from their usual contexts. Psychoanalysis is not mistaken: far from seeing dreams as an illusion, it considers them a disruptive and certainly truer perspective on our system of intimate representations, particularly its unconscious underpinnings. It is, moreover, widely accepted that The Interpretation of Dreams (Freud, 1899-1900) constitutes the foundational work of psychoanalysis. Freud’s genius, as I like to think, lies in having entrusted the question of Truth—a vast question since the Greeks—to the dream. The dream produces the illusion of an illusion in order to better confront us with the internal realities we do not want to see, and not with the external realities that a third party—a liar or a magician—would try to hide from us.
In magic, the illusion (that the magician presents) is an illusion, and the truth (that he conceals) is the truth. Their levels are interconnected but distinct. In the dream, illusion is truth, and vice versa. Both are generated, without the dreamer’s awareness of their internal workings, by the dreamer and primarily for their own benefit. Unlike a magic show, in a dream, the “magician” and their “audience” are one. The relationship between truth and illusion, as we will see, is also quite different than in magic.
In a well-executed magic trick, the magician diverts the audience’s attention from what they shouldn’t see; they show certain things to better conceal from the spectators what they are not meant to learn. Dreams do, in part, the opposite. They show exactly what they want the audience to see but cloak its meaning in an apparent absurdity (contributing to giving dream situations their “magical” character). In other words, dreams do not conceal the truth through illusion but offer the former the opportunity to be revealed by the latter, by relying upon it. Provided one is willing to put in the effort, a dream can lead from its own illusion to its truth, whereas the illusion of the magician protects access to that truth. What seems impossible in magic is indeed impossible. The dream—albeit by disguising its contents—points in the opposite direction: something seemingly impossible contains a high degree of truth. In other words, what is truly impossible on a magic show is, deep down, impossible within us… Two venues, two atmospheres…
The sensation of the extraordinary, experienced by the audience of a magic show or by the dreamer during their dream, is similar. This feeling is essential to the success of their act for the magician, as it is to the dreamer’s awareness of the psychic content of their dream. While the feeling of wonder is the same in magic and in dreams, other factors nevertheless distinguish them: the illusion of the dream potentially opens onto a space of truth, unlike magic, where illusion represents both the goal and the means. The magician creates illusion through mastery of reality; the dreamer, rendered completely uncontrollable by sleep, finds himself summoned, within the illusion he himself has unwittingly produced, to the spectacle of extraordinary situations that challenge his sense of everyday realities. These two sources, two contexts, and two different intentions make these illusions astonishing. The magician, through the illusion he creates, deceives the audience’s reason; the dream, through the emotion it generates, contributes to the understanding of its contents.
The decisive distinction between the themes of truth (sought by psychoanalysis) and illusion (created by magicians) lies in language—or, for my part, in speech—the connection with the preceding point being found in Jacques Lacan’s famous formula: “the unconscious is structured like a language.” It is the use of and reference to speech that fundamentally differentiates the fields of conjuring and dreaming.
The former is first and foremost an art of action; the illusionist’s words—when they are not used to divert the audience’s attention—serve the functionality of the trick he performs (“Take a card at random from the deck; don’t show it to me; put it back in the deck wherever you want,” etc.). Signifiers bear on their visible signifieds. Dreams, on the other hand, only reach their full extent through the dreamer’s verbalization of them. The language that expresses them does not seek to determine external meanings but rather to evoke internal ones. Dream analysis cannot exist without this preliminary step. It is through their verbalization that the analyst becomes aware of their patients’ dreams; it is as much on the level of language that they respond to them. The true “magic” that interpretive work in psychoanalysis can claim rests decisively on language. The Truth it seeks cannot do without the power of words.
Here is a clinical example, as brief as it is basic: a patient recently told me about a dream in which he was with a woman in a wedding dress. I asked him if he knew this woman, and after a brief, reflective silence, he replied that he did not, but that her face reminded him of a woman with whom he had once shared a significant love affair…before he himself ended the relationship for reasons that still elude him. I asked him the woman’s first name, and he replied, “Marie.” Immediately, in a moment of surprise, he made the connection between the words “Marie” and “married.”
From the patient’s perspective, his dream—in the absurd illusion of marrying a stranger—served as a starting point for a chain of associations that led him back to the memory of a real woman (and the intense romantic relationship they had shared). Her name, once spoken, instantly opened a door to a prospective interpretation of his dream.
The analyst, unlike the patient who had previously encountered the dream in their sleep, discovers it by listening to it. Lacking knowledge of its unfolding and even before hearing the account, the analyst already knows that “magic” lies hidden in the words and images that will form its narrative.
The psychoanalyst seeks, through a rational technique, the truth behind the dream’s illusion. They are therefore neither a (true) sorcerer nor a magician. This does not mean that genuine magic is absent from psychoanalytic treatment. However, it is not the exclusive domain of either the analyst or the patient. It is the unconscious itself that, through the dream, produces it in a play of enigmas and appearances, and it is through language that the protagonists of the treatment attempt together to ascend from a manifest illusion to a buried truth. The unconscious is a magician of reality, advancing under the cover of illusion. Language, in its shared use by the patient and their analyst, serves to uncover the strategies for accessing their truth.
One could then conclude by saying that psychoanalysis is a wizarding activity practiced between two Muggles whose magical power lies in exploring the often invisible articulation linking certain apparent signifiers to their real signifieds.