EXAGERE RIVISTA - Gennaio - Febbraio 2023, n. 1-2 anno VIII - ISSN 2531-7334

Naître et apprendre à mourir.

par Thémélis Diamantis

( traduzione italiana in fondo)

« Dès qu’un homme est né, il est assez vieux pour mourir ». Martin Heidegger, Être et Temps, (1927)

« La mort est la face de la vie qui est détournée de nous, qui n’est pas éclairée de nous ». Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part (1950)

Contrairement aux apparences, ce titre n’est pas celui d’un prochain film de James Bond… Si c’était le cas, nous y tiendrions tous le rôle du célèbre agent 007, mais au lieu d’une licence to kill, nous n’aurions reçu à la naissance qu’une licence to die, sans Aston Martin ni joujoux électroniques sophistiqués pour échapper à ce destin ou en déjouer les manigances et les stratagèmes.

Au fil des lignes à venir, je tenterai, à l’aide aussi d’un exemple clinique et de quelques références empruntées au champ de la culture religieuse, de proposer une lecture s’inscrivant dans les pas des dernières théorisations freudiennes autant que dans l’héritage de Martin Heidegger (le Sein zum Tode, de cet auteur, en français : l’« Être-vers-la-mort »), en soulignant la nécessaire dialectisation de la vie et de la mort, l’intégration de chacune dans l’horizon ou la perspective de son contraire, et la manière dont ce qui relie et rassure et/ou angoisse dès la naissance dessine pour chacun un chemin (de vie…) vers la mort, celle survenant au terme de l’existence mais dont l’annonce interviendrait déjà au sein de cette dernière, sur le mode d’expériences sensorielles autant qu’intérieures, comme Sartre en offre une illustration dans son roman La nausée (scène du marronnier). 

Si la mort biologique marque évidemment la clôture objective du vivant, en intervenant au terme d’un mouvement de vie qu’elle vient interrompre, les expériences ne manquent pas, qui, au cours de l’existence des hommes annoncent et traduisent déjà sa présence, parce qu’elles investissent les corps (maladies, accidents, marques du vieillissement, etc.), et les esprits au cours d’instants où nous éprouvons avec fulgurance une forme de vertige, de perte du monde. À divers moments de notre vie, nous sommes tous le personnage principal du célèbre « Cri » de Munch, nous redevenons, comme j’en développerai l’idée, le nourrisson désespéré qu’un jour nous avons été. C’est sur ce plan, que nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne, que les conditions entourant notre venue au monde déterminent notre destin d’êtres vivants.

En son temps, par un habile tour de passe-passe de la pensée, Épicure, en particulier dans sa lettre à Ménécée, avait pourtant bien tenté, en opposant la vie à la mort, de faire passer cette dernière pour un faux problème : vivants nous ne serions pas morts et morts nous ne serions plus vivants. La mort ne concernerait donc ni les vivants ni les morts : les premiers car ils n’ont pas (encore) croisé son chemin ; les seconds, car ils n’ont plus à se poser la question de celle-ci. Comme Épicure le résume dans une formule restée célèbre : « la mort n’est rien pour nous ». Serait sage, celui qui pratique l’ataraxie, dont l’âme fait preuve de tranquillité et qui parvient à vivre et à jouir de la vie sans (trop) se soucier de sa mort à venir.

Sur le papier, la proposition d’Épicure remporte à coup sûr une approbation à la hauteur de l’enthousiasme qu’elle suscite ! Résiste-t-elle pour autant à l’épreuve d’une pensée plus incarnée dans les corps qui la produisent ? Je crains que non. C’est pourquoi je pense qu’il convient de remercier Épicure d’avoir voulu nous rassurer par son argument, mais qu’il nous faudra chercher ailleurs les motifs d’une traversée possiblement plus apaisée de l’existence.

J’adopterai pour référentiel de lecture le plus large, les théorisations produites par Freud à partir des années 1920. Selon le fondateur de la psychanalyse, deux forces antagonistes mais indissociables sont au travail dans le vivant, de sa conception à son trépas : les pulsions de vie et les pulsions de mort.

Les premières – sur le plan biologique et consécutivement aussi psychologique – travailleraient à la conservation, à la reproduction et au développement du vivant. D’un point de vue physiologique, on en trouverait la présence dans la multiplication des cellules (dès la fécondation de l’ovule par le spermatozoïde) et d’un point de vue psychologique, dans toute action physique ou opération mentale visant à créer, construire, relier, comprendre, etc. L’intérêt, le désir ou l’amour qui nous portent vers le monde et vers le tiers seraient l’expression de ces pulsions de vie. 

Les secondes se reconnaîtraient dans un mouvement de déliaison, qui sur le plan physiologique est celui qui conduit inévitablement les êtres vivants vers leur trépas et sur le plan psychologique se manifesteraient au cours de la vie dans les actions ou pensées qui séparent, divisent, opposent : la destruction des choses et des liens ou l’incapacité à en créer, l’agressivité, etc. mais elle figureraient aussi dans le ressenti intime d’être délié des autres et du monde, en proie au désespoir (deuil, dépression, sentiment d’abandon ou de précarité, etc.).

C’est dans cette double perspective ouverte par Freud, que je chercherai à mettre en évidence le fait que notre présence à la mort ou notre familiarité avec celle-ci remonte de manière déterminante aux mois suivant notre naissance, entendue comme un carrefour des destins et un tremplin vers le reste de la vie, un temps privilégié de rencontre avec le plus absolu désespoir autant qu’avec le plus extrême réconfort, avec ce qui relie et rassure comme avec ce qui délie et angoisse.

Je défendrai ainsi l’idée que pour se développer dans les meilleures conditions, l’enfant aura besoin de s’appuyer sur les deux, plus précisément sur une confiance en la vie d’autant plus forte qu’il sera parvenu dès ses premiers mois et avec l’aide de sa mère à se forger également une conscience archaïque et apaisée de sa mortalité. En dialectisant la vie et la mort plutôt qu’en les opposant (comme le faisait Épicure) et en situant la genèse de ce mouvement depuis la petite enfance du sujet, je soutiendrai l’idée que la construction de la vie s’effectue avec la mort et non contre elle (dans son déni), que pour être au mieux rassuré, le nourrisson devra se sentir compris et soutenu dans cette double perspective existentielle. C’est quand une souffrance ressentie et exprimée (à la manière des angoisses du nourrisson face à la réalité pressentie de la mort) est reconnue et accueillie par un autre humain qu’il est possible d’ y faire face. Si l’action d’une mère pour construire et favoriser l’inscription de son enfant dans la vie est bien connue de tous, l’autre versant de la rassurance dont cette mère est également la garante auprès de son enfant mérite qu’on en prenne la mesure et qu’on en souligne l’importance.

La réalité organique du nourrisson, sa corporéité et les besoins qui lui sont propres, l’amènent en effet à effectuer des expériences qui le font naître à la vie autant qu’à la mort. De la première, il ressent la poussée biologique dans son organisme autant que dans ses premiers attachements aux tiers; de la seconde, il éprouve le vertige, le désespoir, quand il est submergé par le sentiment de manque, de perte ou d’absence, quand il a besoin de quelque chose ou de quelqu’un qui ne viendrait pas ou qui viendrait mal. L’expérience d’un manque qui à terme conduirait à la mort, survient aussitôt coupé le cordon ombilical reliant le nouveau-né à sa mère. Elle intervient bien sûr autour de la question du lait maternel, mais aussi de son nouvel environnement et des adaptations qu’il exige. Il ne s’agit évidemment pas d’expériences conscientisées et encore moins conceptualisées par le nourrisson. Ce sont au contraire des expériences du corps ; le fait qu’elles surviennent aussi tôt les rend d’autant plus significatives et explique le fait que leurs effets nous accompagnent tout au long de la vie et contribuent à façonner notre lecture et notre approche de la mort mais aussi de la vie et particulièrement de notre rapport aux tiers. 

De tous les mammifères, l’humain, on le sait, est celui dont l’accès à l’autonomie (motrice, cognitive, mais aussi en termes affectifs) prend le plus de temps à se construire, à atteindre son apogée. Sa dépendance au tiers (et notamment à la mère au cours des premiers mois) est la plus longue et ses apprentissages empiriques, au vu de la complexité de sa structure cognitive (comme nous l’enseigne notamment Jean Piaget), prennent également du temps (jusqu’à ses 11-12 ans, si l’on suit Piaget, pour atteindre un mode de pensée et d’action équivalent à celui des adultes). 

Les pleurs, les cris et l’expression souffrante des nourrissons reposent assurément en grande partie sur des données essentiellement physiologiques : l’apprentissage du mode de nutrition oral (contrastant avec celui par le cordon ombilical du temps de la vie intra-utérine) le conduit – en moyenne toutes les 4 heures – à une situation (douloureuse) de faim dont il ne dispose d’aucun moyen propre pour mettre fin (hormis par ses pleurs dont la fonction est de faire venir la mère à lui). Naître, c’est ainsi faire l’expérience d’un manque (autour de la nourriture notamment) qui conduirait immanquablement le nourrisson à la mort sans l’intervention de l’autre. C’est au début de la vie qu’on se rend au mieux compte- car on l’éprouve dans sa chair – de sa vulnérabilité propre. Des études empiriques ont par ailleurs prouvé que les nourrissons ressentaient la douleur physique avec une intensité bien supérieure à celle des sujets plus âgés ; on peut penser ici aux problèmes de coliques intestinales, à la poussée des premières dents, etc.

À l’inconfort physique des nouveau-nés, s’ajouterait évidemment aussi un versant psychique se manifestant à certains moments par un état de désarroi, voire de désespoir, qui lui aussi, pour être surmonté, nécessite la venue du tiers. Sur le plan psychique, l’action de ce dernier ne se réduit cependant pas à une intervention logistique ou fonctionnelle ; encore faut-il qu’il se manifeste de manière adéquate, non-intrusive (la « mère suffisamment bonne » dont parle Donald Winnicott), qu’il incarne un Nebenmensch secourable, au sens où le définit Freud et auquel se réfère également Monique Schneider (les lecteurs intéressés par ce sujet pourront aussi lire mon article « La psychanalyse ou la connaissance par le soin », in Exagere, août-septembre 2022). Cette situation est d’autant plus complexe à traverser pour le nourrisson qu’il lui faudra attendre l’acquisition, ou plutôt la construction d’outils cognitifs majeurs qui ne lui sont pas donnés à la naissance : par exemple, près de 9 mois pour intégrer la permanence des objets et près d’un an pour parvenir à une notion plus « objective » du tiers, au sens où il parviendrait à la conscience du fait qu’il constitue lui-même un tiers pour l’autre. 

Les soins maternels, sous toutes les formes qu’ils prennent, remplissent ainsi à mes yeux une double fonction : celle d’inscrire de manière rassurante son enfant dans le mouvement de la vie mais également celle de le rassurer face à sa condition mortelle en participant chez lui à la construction d’une conscience archaïque et salvatrice de sa propre mortalité, laquelle, au même titre que la vie, unit également les humains entre eux. Sans la première, il risquerait de ne pas parvenir à tisser des liens affectifs avec les tiers, à s’en remettre à leur bienveillance à son égard (il pourrait même avoir tendance à percevoir le tiers externe non comme un possible partenaire de vie mais comme un danger, en forçant le trait, comme une menace de mort) mais ne pourrait pas non plus régresser utilement, sur un plan interne, vers une base affective suffisamment stable et pérenne. Il se sentirait en somme seul face à la vie. Sans la seconde, il encoure le risque de se sentir seul face à sa mort, incompris dans les angoisses que sa proximité éprouvée génère, sans quelqu’un avec qui partager – car il le comprendrait, dans sa chair, en tant qu’être également mortel – ses ressentis de manque, de perte ou de disparition. 

Face aux questions de la vie comme de la mort qui l’attendent, un nourrisson insuffisamment rassuré risquerait de ne pouvoir s’engager que dans un « en avant » qui pour lui prendrait la forme d’une route vers la mort…Sous ce même jour, on pourrait dire, qu’au cours de la vie, nous prenons soin des autres comme eux le font de nous parce que chacun a la conscience de sa mort autant que de celle de l’autre. La conscience partagée de la mort participerait ainsi au soc de la vie et à ce qui, au plus profond d’eux-mêmes et par-delà toutes leurs différences, relie, au même titre que la vie, les humains entre eux. On ne peut aimer (ou se mettre en lien) qu’avec quelqu’un dont on sait qu’il va également mourir un jour ; corolairement, on ne peut se laisser aimer que par quelqu’un conscient de notre propre mortalité. Sans Judas pas de Christ ; sans la conscience de la mort en partage, pas d’amour ou d’empathie. La vie, dans son essence, comprend la mort plus qu’elle ne s’oppose à elle, comme le figurent aussi, pour donner un exemple, les natures mortes en peinture – je pense plus particulièrement à celles produites entre le 16ème et le 18ème siècle -, dont la magnificence des fleurs et des fruits annonce déjà, dans une présence discrète et délicate, la flétrissure des feuilles et le pourrissement des chairs. La vie ne va pas sans la mort ; chacune porte l’autre en elle … jusque dans son esthétique. Sans la possibilité de conscientiser ou de verbaliser cette double inscription, elle représente néanmoins peut-être le premier apprentissage que nous faisons en naissant.

La valeur consolatrice et réconfortante que la mère notamment est en capacité de fournir à son enfant doit ainsi être également entendue à l’intention de ce dernier comme un apprentissage premier de la mort : la bonne mère est celle qui prodigue l’amour, la nourriture, les soins, la présence rassurante et prévenante, le réconfort, les câlins, etc. mais elle est également celle qui ne se substitue pas à son enfant, ni dans sa douleur ni dans ses plaintes, car au fond elle n’est pas capable, au même titre que n’importe quel humain, de porter une mort à venir ou simplement un désespoir dont la tonalité mortifère est certes universelle mais qui reste exprimée par un sujet qui n’est pas elle. Elle doit accompagner son enfant dans l’apprentissage de la vie comme de la mort, par le pouvoir de l’amour renforcer ce qui relie, rassure et construit, sans pour autant nier les pouvoirs de ce qui sépare et qui fait que la perte et le manque tant redoutés finissent à un moment par se produire vraiment. Comme Heidegger le dit d’une manière générale, notre mort nous appartient et celle des autres n’en constitue aucun substitut ni point de comparaison expérimental. J’ajouterai pour ma part que cette vérité nous est familièrement et substantiellement intime dès la période faisant suite à notre naissance au-travers d’une suite d’expériences qui préfigurent toutes les déliaisons qui nous attendent, y compris celles dont la mort effective sera un jour inévitablement responsable. Le désarroi … humain du nourrisson est donc déjà celui d’un être sur le chemin (on le lui souhaite le plus long possible…) conduisant vers sa mort ; c’est également en cela qu’il convient de le respecter, en étant là pour lui et avec lui, en lui donnant à ressentir qu’il peut déposer sa souffrance, sa peine et ses angoisses auprès de ceux qui prennent soin de lui. Malgré tout leur amour pour lui, ils ne pourront pourtant l’en délivrer pleinement, en prenant à leur compte la charge de cette souffrance. Personne, pas même le parent le plus aimant, ne peut porter la mort d’un tiers, pas plus que les angoisses qui y sont relatives. Ce positionnement face à la souffrance du sujet, dans une présence et une écoute bienveillantes, non-intrusives et suffisamment respectueuse du tiers pour ne pas se substituer à lui est au demeurant aussi celui qui caractérise le setting de la cure psychanalytique. Sans doute, convient-il de ne pas y voir uniquement une coïncidence.

Une mère trop prise par l’idée de sa mort propre ou les manifestations de cette dernière en elle en fera payer le prix à son enfant au même titre qu’une mère débordée par le désir de protéger ce dernier de tous les dangers en se substituant à ce dernier. De telles méprises projectives conduisent hélas souvent à des destins douloureux. Être là pour son enfant signifie aussi lui laisser sa place, celle pour apprendre à grandir autant que celle pour apprendre à mourir. Chercher à l’en préserver revient d’une certaine façon à faire de son enfant…une chose (protégé de la mort par son statut d’objet, mais de ce fait également privé de vie). De ce point de vue, une distance ou une proximité trop grandes renforcent identiquement les pulsions de mort du nourrisson, les unes parce qu’elles ouvrent en grand la porte aux sentiments du vide et du manque (lesquelles convoqueront immanquablement les angoisses de mort et les pulsions agressives qui les accompagnent), les autres parce qu’elles réduisent l’espace d’apprentissage et de liberté dont la vie et l’enfant ont besoin pour trouver leur espace de réalisation. Tout est question de mesure.

De la même façon, une mère suffisamment bonne est également celle capable d’absorber et de canaliser les pulsions de mort que son enfant dirigera vers elle. On peut penser, par exemple, aux morsures du sein maternel, au moment où ce dernier équivaut pour le nourrisson à ce que Mélanie Klein qualifiait de « mauvais objet ».

Illustrons ce qui précède par deux exemples. Les récits relatant la vie du Christ – que j’aborde ici en tant que fait narratif, c’est-à-dire hors de tout contexte historique, religieux ou théologique – au même titre que la large iconographie à laquelle ils ont mené, me permettront de figurer l’issue positive du conflit chez le nourrisson. L’exemple clinique qui lui succédera offrira l’exemple du destin inverse.

Le Christ ne serait pas né uniquement afin de vivre au milieu des hommes, mais essentiellement pour mourir parmi eux, afin de racheter le péché originel et rendre possible par sa Résurrection et la victoire sur la mort, la possibilité de la vie éternelle pour les humains. Son destin se confond avec son projet. Dès sa naissance, celui-ci lui est familier tout comme il l’est à sa mère. À aucun moment, ni l’un ni l’autre ne chercheront à en modifier le cours. Concernant la Vierge, elle représente d’autant plus un modèle de dévouement maternel qu’elle accompagne son fils durant ses 33 années de vie sur terre, du berceau aux pieds de la Croix. Elle sait que son destin est de mourir et se tient là pour lui, dans la constance de l’amour qu’elle lui porte, comme le font par ailleurs au quotidien tant de parents dont les enfants sont atteints de maladies incurables.

Si la mort est admise et acceptée, elle ne s’accompagne, ni chez le Christ ni chez la Vierge, des pulsions agressives que Freud associe à celle-ci. À défaut d’être éradiquées, elles seraient en somme, contenues, tenues à distance par l’amour et le lien qui unit les acteurs vivants. Cela n’en écarte pas pour autant la douleur qu’inflige la conscience de la mort à venir, ni le partage des sentiments qu’elle convoque. Un témoignage artistique bouleversant de ce qui précède figure dans une pièce vocale du compositeur italien Tarquinio Merula (1595 – 1665), Hor ch’è tempo di dormire (dont, à titre personnel, je recommande très chaleureusement l’interprétation offerte par Montserrat Figueras entourée par l’ensemble Hespèrion XXI sous la direction de Jordi Savall), une berceuse de la Vierge au Christ, encore enfant, où tout en favorisant son endormissement par une musique douce et des paroles apaisantes, elle laisse parfois la place à des intonations d’absolue souffrance au moment d’évoquer les scènes de la mise en Croix qui attend son enfant.

Bon nombre d’icônes orthodoxes représentent elles aussi la Vierge serrant son fils dans ses bras en pressentant le martyre qu’il devra affronter ; le Christ, en retour, lui tend sa joue pour la consoler. Ce type de Vierges est appelé en grec Ελεούσα, remplie de compassion ou de pitié (ἔλεος, en grec) ou Γλυκοφιλουσα (qui embrasse tendrement) quand l’enfant touche le menton de sa mère.

La conscience partagée de la mort à venir, sa participation à l’équation générale de la vie, rendue ici manifeste par les gestes, les regards et les mots prononcés, loin de conduire à la déliaison, au désespoir, au déni ou à des manifestations agressives réunit les vivants par le lien et les rassemble par l’amour. Le tragique du destin n’en est pas écarté, mais sa connaissance participe à l’élan de vie du fait de la présence bienveillante et réconfortante reliant entre eux les humains. Une fois encore, le parallèle avec la psychanalyse s’impose : cette dernière n’empêche personne de mourir mais favorise un mouvement de connaissance, également par le biais d’une proximité clinique permettant d’intégrer dans l’espace du vivant et de la construction des facteurs perturbants porteurs des pulsions de mort (ceux venus du passé, ceux produits par le sujet lui-même ou par ses angoisses de mort et de déliaison) qui traversent le patient. La psychanalyse œuvre au service de la vie par l’intégration des forces qui s’opposent à elle. La parole souffrante des patients doit d’abord y être accueillie (comme le désespoir du nourrisson) pour pouvoir, en un second temps, être élaborée au travers d’un mouvement de connaissance qui intègre les éléments par leur mise en lien. Il faut se sentir entendu par quelqu’un pour pouvoir se comprendre soi-même. Déposer dans l’oreille d’un tiers une parole et une souffrance, c’est se donner les moyens de sortir du désespoir (qui marque la déliaison) afin d’entrer dans un processus de vie (et donc de lien) qui nous habite autant qu’il inclut les autres.

L’iconographie relative à la vie du Christ révèle ces mêmes thématiques. Tous les tableaux représentant la Nativité – ceux de Fra Angelico, de Robert Campin, de Sandro Botticelli, du Pérugin, de Piero della Francesca, pour en citer quelques-uns parmi les plus célèbres – placent le Christ au cœur de la composition et les autres protagonistes autour de lui, dans un mouvement de lien autour de sa personne et entre eux. Ceux qui le représentent mort (avec une mention personnelle pour l’extraordinaire « Christ mort » de Holbein – dont Julia Kristeva offre d’ailleurs une belle analyse dans Soleil noir : dépression et mélancolie – et « La lamentation sur le Christ mort » de Mantegna) ou en Croix (ceux de Grünewald, de Rembrandt, de David, de Zurbaran, de Delacroix pour n’en citer qu’un nombre infime) le montrent soit seul (car tous, nous sommes seuls face à notre mort) soit entouré par des tiers – aux rangs desquels figure évidemment sa mère – au pied de la Croix (car la mort tue les humains mais pas l’amour qui les relie). La naissance du Christ annonce sa mort ; sa mort annonce la vie.

Comme le Christ, nous naissons condamnés à la mort, seuls face à la nôtre, mais avec les ressources et la possibilité d’être entourés sur le chemin de la vie qui nous y conduit si nous bénéficions d’une présence du tiers suffisante, en nous et autour de nous, dont l’élaboration remonte aux premiers temps de la vie. C’est notre capacité à créer et entretenir du lien avec les tiers, dans la conscience de notre universelle mortalité, qui produit l’espace et le sens d’une vie.

Pour finir, je voudrais prendre un exemple clinique, tiré de ma propre pratique, qui illustre un versant plus sombre des questions précédemment abordées. Je le précède d’un bref mais indispensable cadre théorique.

On doit au psychiatre et psychanalyste René Spitz, à partir de 1945,  un ensemble de travaux décisifs sur le développement psycho-affectif de l’enfant durant ses deux premières années de vie – notamment au cours de la période entourant ses six mois -, en relation principalement avec sa mère, ainsi que des conceptions fondamentales comme le « syndrome d’hospitalisme » (pouvant conduire certains enfants séparés précocement de leur mère à se laisser mourir) ou la « dépression anaclitique » (traduisant des troubles dépressifs graves chez des jeunes enfants, jusque-là en bonne santé psychique, dont la mère aurait subitement disparu, alors qu’ils ont bénéficié de bonnes relations avec elle jusqu’à leurs six mois). Les risques éventuels liés à une carence maternelle sont notamment décrits par Spitz dans deux articles fameux : « De la naissance à la parole : la première année de la vie » et « La perte de la mère par le nourrisson ».

En l’absence, chez le patient dont il sera question, d’un syndrome d’hospitalisme ou d’une dépression anaclitique avérée durant la petite enfance, je m’appuierai sur les travaux de Spitz uniquement afin d’illustrer les possibles conséquences découlant d’une carence affective survenue autour des six mois de l’enfant. Je précise, enfin, que le patient concerné m’a donné l’autorisation de publier ces lignes qui parlent de lui, ce dont je le remercie.

Quand je le rencontre pour la première fois, le patient est un homme d’une trentaine d’années. Il est jeune médecin, sportif (il pratique plusieurs sports d’endurance et quelques sports à risque dont il maîtrise cependant les dangers par une technique assurée et une condition physique irréprochable), doté d’une intelligence vive, d’une culture large, d’un caractère avenant, d’un humour fin, d’une personnalité attachante, d’un goût pour les belles choses et d’un physique avantageux qui en fait un homme séduisant pour de nombreuses femmes, de sorte qu’il en a toujours une dans sa vie. Il a le contact et le verbe facile. Son discours et sa pensée sont structurés. 

On pourrait croire que toutes les bonnes fées s’étaient penchées sur son berceau. Hélas, un événement, à la manière d’une bombe à retardement, allait réduire leurs efforts à néant …

Les parents ont eu cet enfant tôt. Pour des raisons qu’il ne m’appartient ni de commenter ni de juger, sa mère, entre les 3 et les 9 mois de son enfant, était partie sur un autre continent exercer son activité professionnelle. L’enfant, pendant ce temps, était resté avec son père, un homme dont l’amour sincère pour son fils prend la forme d’une bienveillance rationnelle et logistique, musicien contrarié (il aurait aimé en faire son métier), il jouait de son instrument au-dessus du berceau de son fils en pensant dissiper les angoisses qu’il exprimait (je parle de celles de l’enfant…) par la musique.

Puis la mère est rentrée. La vie familiale a repris son cours, dans sa dynamique propre, c’est-à-dire aussi avec les difficultés inhérentes à toute famille, mais sans heurts et sans drames apparents.

L’enfant est parvenu sans peine à boucler sa scolarité ; dans la foulée de celle-ci, il a brillamment mené à terme des études de médecine dont on sait combien elles sont difficiles, exigeantes et qu’elles nécessitent d’efforts. Le voilà donc médecin et promis à un avenir radieux…

Médecin…quelqu’un qui prend soin des autres, qui les soigne, dont l’action, au sens large, vise à guérir, à soulager de la souffrance, à repousser le travail de la mort. Celle des autres, oui. Il s’y employait d’ailleurs avec compétence et altruisme, mais la sienne, non. Il est la seule personne qu’il ne peut sauver, pire, il deviendra lui-même la personne qu’il se mettra en quête de détruire.

L’épisode de l’absence de sa mère au cours de ses premiers mois a été abordé très tôt en analyse. La réalité de cet événement ne fait aucun doute. Il a été pleinement reconnu par ses deux parents et régulièrement abordé et discuté avec eux durant sa jeunesse. Le patient n’y rattache aucune souffrance objective. Ce qui le tourmente concerne plutôt sa vie amoureuse : la perte d’une femme aimée, qui avait perdu durant sa grossesse un enfant dont il était le père et qu’il avait avant cela trompée avec une autre. Elle ne le lui a pas pardonné ; elle l’a quitté. L’idée de cet « enfant mort » (sic.) génère en lui des pensées de désespoir, s’accompagnant de rêveries mélancoliques sur une vie de parfait bonheur familial organisée autour de cet enfant. Il doit aussi retrouver, reconquérir cette femme, sans laquelle il ne peut vivre…par tous les moyens…C’est pour cela qu’il est venu consulter.

Malgré ses efforts, elle ne reviendra pas. Puis, le cours des événements s’est accéléré. D’autres femmes se sont succédées dans sa vie. Le même scenario – mis à part qu’aucune d’entre elles n’est tombée enceinte de lui – s’est reproduit. Il faisait tout pour qu’elles l’abandonnent et une fois ce but atteint, il plongeait dans un désespoir profond et alcoolisé, chaque fois plus grand. Il lui arrivait de passer plusieurs jours au fond de son lit, dans un état de complète ébriété. Le dandy élégant avait laissé la place à un homme en détresse en proie à une profonde dépression. Sa consommation d’alcool avait en effet alors explosé, entraînant une succession de comas éthyliques, de graves accidents de voiture, dont il était évidemment à l’origine, accompagnés parfois de délits de fuite et de poursuites pénales. Outre lui-même, ses accidents impliquaient parfois des personnes tierces et des biens publics ou privés ; certains de ces accidents l’ont conduit à l’hôpital, avec des lésions organiques graves pouvant entraîner la mort. Il buvait aussi durant ses heures d’exercice à l’hôpital. Il s’y droguait aussi, trouvant sur place ce qui lui fallait. Après d’innombrables avertissements et changements d’affectation hospitalière, il a fini par être licencié de son travail. Un séjour en hôpital psychiatrique n’y a rien changé. Il y a joué de son statut de médecin, de son charme et de son pouvoir de persuasion (il est un champion en manipulation, capable de dissimuler son état dépressif sous une apparence joyeuse et solaire) pour convaincre les psychiatres que cet épisode était derrière lui et qu’il fallait le laisser sortir. C’est évidemment ce qu’ils ont fait.

Chaque fois, quelqu’un venait le sauver – ses parents, ses amis, ses compagnes, ses avocats, ses psys, ses médecins, ses collègues, ses patrons, même une chance insolente parfois – et chaque fois il replongeait. La mort semble seule à l’aimanter. L’amour sincère qu’il inspire à ses proches le laisse froid, autant que la découverte, au cours de l’année où je l’ai suivi, de l’importance sur sa vie de l’épisode de sa petite enfance. Il l’a rationnalisé, affirme qu’il n’en veut pas à ses parents (ce en quoi il a sans doute raison), affirme les aimer au contraire et ne pas vouloir leur causer d’autres peines. Il est sincère mais cela ne suffit pas car dans les faits il est débordé par ses pulsions mortifères ; il jouit de son pouvoir à disposer des émotions de ceux qui l’aiment ou veulent prendre soin de lui ; il les convie à prendre place autour de lui pour assister, livides et impuissants, à ce qui constitue sa vengeance sur la vie : le spectacle de sa mort à venir que personne ne peut lui prendre et dont il est à la fois l’unique acteur et le metteur en scène. On entend, comme en écho à ce qu’il exprime : vous n’avez pas été là pour moi quand j’en avais le plus besoin ; maintenant que c’est trop tard, je réactive mon désespoir devant la mort, mais cette fois c’est moi qui la convoque et qui prends le pouvoir sur vous… Comme Freud le disait, les pulsions de mort sont dirigées contre nous avant de l’être vers des tiers.

Ni son intelligence lui permettant pourtant de comprendre certaines causes complexes et leurs effets, ni ses multiples autres qualités ne font le poids face au pouvoir de déliaison qui anime cet homme, à la séduction que la mort exerce sur lui consécutivement à un trauma trop précoce, à une perte impossible à symboliser (au sens de pouvoir la mettre en mots). La comprendre ne suffit pas. L’état dépressif du patient était resté en latence jusqu’à la fausse couche de sa compagne. Cet événement a suffi pour réveiller, tel un volcan longtemps éteint et qui serait à nouveau entré en éruption, la souffrance d’un nourrisson qui n’a pas été rassuré au moment où il demandait à l’être, en amont de tout accès à la parole. 

Parfois, comme dans le tableau de Brueghel l’Ancien, « Le triomphe de la mort », aucune barricade n’est assez solide pour contenir l’assaut de la mort, a fortiori quand celle-ci le prépare depuis le berceau.


Nascere e imparare a morire.

di Thémélis Diamantis

“Appena un uomo nasce, è già abbastanza grande per morire.” Martin Heidegger, Essere e tempo, (1927)

“La morte è la faccia della vita che non vediamo, che non è illuminato da noi”. Martin Heidegger, Sentieri che non portano da nessuna parte (1950)

Contrariamente alle apparenze, questo titolo non è quello di un prossimo film di James Bond… Se lo fosse, saremmo tutti nei panni del famoso agente 007, ma invece della licenza di uccidere, avremmo ricevuto alla nascita solo una licenza per morire, senza Aston Martin o sofisticati giocattoli elettronici per sfuggire al destino o contrastare i suoi imbrogli e stratagemmi.

Nelle righe a seguire cercherò, anche con l’ausilio di un esempio clinico e di alcuni riferimenti mutuati dal campo della cultura religiosa, di proporre una lettura che si inserisca tanto nel solco delle ultime teorie freudiane quanto nel patrimonio di Martin Heidegger (il Sein zum Tode, di questo autore, l’”Essere-verso-la-morte”). Sottolinerò la necessaria dialettizzazione della vita e della morte, l’integrazione di ciascuna nell’orizzonte o nella prospettiva del suo opposto, e il modo in cui ciò che connette e rassicura e/o angoscia fin dalla nascita disegna per ognuno un cammino (di vita…) verso la morte, quella che avviene alla fine dell’esistenza ma il cui annuncio interverrebbe già in essa, nella modalità di esperienze sensoriali oltre che interiori, di cui Sartre offre un’illustrazione nel suo romanzo Nausea (vedi scena nel castagno).

Se la morte biologica segna evidentemente la chiusura oggettiva del vivente, intervenendo al termine di un movimento della vita che viene ad interrompere, non mancano esperienze che, nel corso dell’esistenza umana, ne annunciano e ne traducono la presenza, perché investono i corpi (malattie, incidenti, segni di invecchiamento, ecc.), e le menti nei momenti in cui viviamo una forma folgorante di vertigine, di perdita del mondo. In vari momenti della nostra vita, siamo tutti i protagonisti del famoso “Urlo” di Munch, ridiventiamo, man mano che svilupperò l’idea, i bambini disperati che eravamo una volta. È a questo livello, che non siamo tutti sulla stessa barca, che le condizioni della nostra venuta al mondo determinano il nostro destino di esseri viventi.

Ai suoi tempi, con un sapiente gioco di prestigio, Epicuro, in particolare nella lettera a Meneceo, aveva  tentato, opponendo la vita alla morte, di far passare quest’ultima per un falso problema: quando viviamo non siamo morti e  da morti non siamo vivi. La morte non riguarderebbe quindi né i vivi né i morti: i primi perché non hanno (ancora) incrociato il suo cammino; i secondi, perché non devono più porsi questa domanda. Come la riassume Epicuro in una formula rimasta famosa: “la morte per noi è nulla”. E’ saggio colui che pratica l’atarassia, la cui anima mostra tranquillità e che riesce a vivere e godersi la vita senza preoccuparsi (troppo) della sua morte a venire.

Sulla carta, la proposta di Epicuro riscuote sicuramente un consenso degno dell’entusiasmo che suscita! Ma resiste questa risposta alla prova dei fatti? Temo di no. Per questo ritengo opportuno ringraziare Epicuro per aver voluto rassicurarci con la sua argomentazione, ma che dovremo cercare altrove le ragioni di un cammino esistenziale possibilmente più sereno.

Adotterò come riferimento di lettura più ampio le teorie prodotte da Freud a partire dagli anni ‘20. Secondo il fondatore della psicoanalisi, due forze antagoniste ma inscindibili sono all’opera nel vivente, dal suo concepimento alla sua morte: le pulsioni di vita e gli istinti di morte.

La prima – a livello biologico e successivamente anche a livello psicologico – lavorerebbe per la conservazione, la riproduzione e lo sviluppo degli esseri viventi. Da un punto di vista fisiologico, troviamo la sua presenza nella moltiplicazione delle cellule (non appena l’ovulo viene fecondato dallo spermatozoo) e da un punto di vista psicologico, in qualsiasi azione fisica o operazione mentale volta a creare, costruire, connettersi, capire, ecc. L’interesse, il desiderio o l’amore che ci porta verso il mondo e verso l’altro sarebbe l’espressione di queste pulsioni di vita.

I secondi si riconoscerebbe in un movimento di slegamento, che a livello fisiologico è quello che conduce inevitabilmente gli esseri viventi alla morte e che a livello psicologico si manifesterebbe durante la vita nelle azioni o pensieri che separano, dividono, si oppongono: la distruzione delle cose e dei legami o incapacità di crearli, aggressività, ecc. ma apparirebbe anche nell’intima sensazione di essere slegato dagli altri e dal mondo, in preda alla disperazione (lutto, depressione, sentimento di abbandono o precarietà, ecc.).

È in questa duplice prospettiva aperta da Freud che cercherò di evidenziare il fatto che la nostra presenza alla morte o la nostra familiarità con essa risale in modo decisivo ai mesi successivi alla nostra nascita, intesa come crocevia di destini e trampolino di lancio al resto della vita, tempo privilegiato di incontro con la disperazione più assoluta quanto con il conforto più estremo, con ciò che connette e rassicura come con ciò che scioglie e angoscia.

Difenderò quindi l’idea che, per svilupparsi nelle migliori condizioni il bambino, dovrà fare affidamento su entrambi, più precisamente su una fiducia nella vita tanto più forte in quanto avrà raggiunto fin dai primi mesi e con l’aiuto di sua madre per forgiare anche una consapevolezza arcaica e pacifica della sua mortalità. Dialettizzando la vita e la morte piuttosto che contrapponendole (come fece Epicuro) e situando la genesi di questo movimento fin dalla prima infanzia del soggetto, sosterrò l’idea che la costruzione della vita si compie con la morte e non contro di essa (nella sua negazione), che per essere rassicurato al massimo, il bambino dovrà sentirsi compreso e sostenuto in questa doppia prospettiva esistenziale. Questo avviene quando un dolore sentito ed espresso (come le angosce di un neonato di fronte alla prevedibile realtà della morte) viene riconosciuto e accolto da un altro essere umano che è possibile affrontarlo. Se è ben nota a tutti l’azione di una madre per costruire e favorire l’inclusione del proprio figlio nella vita, l’altra faccia della rassicurazione di cui questa madre è anche garante, per il proprio figlio, merita di essere misurata e sottolineata l’importanza .

La realtà organica del neonato, la sua corporeità e i bisogni che gli sono propri lo portano infatti a compiere esperimenti che lo conducono tanto alla vita quanto alla morte. Fin dall’inizio sente la spinta biologica nel suo organismo tanto quanto nei suoi primi attaccamenti gli altri; del secondo, prova la vertigine, la disperazione, quando è sopraffatto dal sentimento di mancanza, perdita o assenza, quando ha bisogno di qualcosa o qualcuno che non verrà o che mal verrà. L’esperienza di una mancanza che alla fine porterebbe alla morte avviene non appena viene reciso il cordone ombelicale che collega il neonato alla madre. Interviene ovviamente sulla questione del latte materno, ma anche nel suo nuovo ambiente e degli adattamenti che richiede. Queste ovviamente non sono esperienze consce e ancor meno concettualizzate dal bambino. Al contrario, sono esperienze del corpo; il fatto che si presentino così presto, le rende ancora più significative e spiega il fatto che i loro effetti ci accompagnano per tutta la vita. Contribuiscono a plasmare la nostra lettura e il nostro approccio alla morte ma anche alla vita e in particolare al nostro rapporto con i terzi.

Di tutti i mammiferi, l’uomo, come sappiamo, è quello il cui accesso all’autonomia (motoria, cognitiva, ma anche affettiva) impiega più tempo a svilupparsi, a raggiungere il suo apice. La sua dipendenza dagli altri (e in particolare dalla madre durante i primi mesi) è la più lunga e anche il suo apprendimento empirico, data la complessità della sua struttura cognitiva (come ci insegna in particolare Jean Piaget), richiede tempo (fino all’età di 11-12, se seguiamo Piaget, per raggiungere un modo di pensare e di agire equivalente a quello degli adulti).

Il pianto, i vagiti e l’espressione sofferente dei lattanti poggiano indubbiamente in gran parte su dati essenzialmente fisiologici: l’allenamento della modalità di nutrizione orale (contrariamente a quella da cordone ombelicale del tempo della vita intrauterina) lo conduce – su in media ogni 4 ore – ad una (dolorosa) situazione di fame alla quale non ha un modo adeguato per porre fine (se non piangendo, la cui funzione è quella di portare a sé la madre). Nascere è quindi sperimentare una mancanza (in particolare quella alimentare) che porterebbe inevitabilmente il neonato alla morte senza l’intervento dell’altro. È all’inizio della vita che ce ne rendiamo conto meglio – perché lo sperimentiamo nella nostra carne – della nostra stessa vulnerabilità. Studi empirici hanno inoltre dimostrato che i neonati provano dolore fisico con intensità molto maggiore rispetto ai soggetti più grandi; pensiamo qui ai problemi di coliche intestinali, alla crescita dei primi denti, ecc.

Al disagio fisico dei neonati si aggiungerebbe ovviamente anche un lato psichico che si manifesta in certi momenti con uno stato di impotenza, anche di disperazione, che richiede anche, per essere superato, l’arrivo di una terza persona. Sul piano psichico, l’azione di quest’ultimo non si riduce però ad un intervento logistico o funzionale; è comunque necessario che si manifesti in modo adeguato, non invadente (la “madre abbastanza buona” di cui parla Donald Winnicott), che incarni un Nebenmensch servizievole, nel senso che lo definisce Freud e al quale  si riferisce anche Monique Schneider (I lettori interessati a questo argomento possono leggere anche il mio articolo “Psicoanalisi o conoscenza attraverso la cura”, in Exagere, agosto-settembre 2022). Questa situazione è tanto più complessa da vivere per il neonato in quanto dovrà attendere l’acquisizione, o meglio la costruzione, di strumenti cognitivi maggiori che non gli vengono dati alla nascita: ad esempio, quasi 9 mesi per integrare la permanenza degli oggetti e quasi un anno per arrivare ad una nozione più “oggettiva” del terzo, nel senso del prendere coscienza del fatto che lui stesso costituisce un terzo per l’altro.

La cura materna, in tutte le sue forme, assolve così ai miei occhi una duplice funzione: quella di inserire in maniera rassicurante il figlio nel movimento della vita, ma anche quella di rassicurarlo di fronte alla sua condizione mortale, partecipando con lui alla costruzione di una consapevolezza arcaica e salvifica della propria mortalità, che, come la vita, accomuna tra loro gli uomini. Senza il primo, correrebbe il rischio di non riuscire a stringere legami affettivi con terzi, di contare sulla loro benevolenza nei suoi confronti (potrebbe addirittura tendere a percepire il terzo esterno non come un possibile compagno di vita ma come un pericolo, forzare la linea, come una minaccia di morte) ma non potrebbe nemmeno regredire utilmente, a livello interno, verso una base affettiva sufficientemente stabile e duratura. Insomma, si sentirebbe solo nella vita. Senza il secondo, corre il rischio di sentirsi solo di fronte alla sua morte, incompreso nelle angosce che la sua vicinanza genera, senza qualcuno con cui condividere – perché lo capirebbe, nella sua carne, in quanto essere essere mortale – i suoi sentimenti di mancanza, perdita o scomparsa.

Di fronte alle questioni di vita e di morte che lo attendono, un bambino, non sufficientemente rassicurato, corre il rischio di poter solo impegnarsi in un “avanti” che per lui assumerebbe la forma di una strada verso la morte… Si potrebbe dire che, nel corso della vita, ci prendiamo cura degli altri come loro fanno di noi perché ciascuno è consapevole della propria morte tanto quanto quella dell’altro. La coscienza condivisa della morte parteciperebbe così alla vita sociale e a ciò che, nel profondo di se stessi e al di là di tutte le loro differenze, collega, allo stesso modo della vita, gli umani tra di loro. Puoi solo amare (o relazionarti con) qualcuno che conosci che, anche lui, morirà un giorno; come corollario, possiamo solo lasciarci amare da qualcuno consapevole della nostra stessa mortalità. Senza Giuda non c’è Cristo; senza la consapevolezza della morte condivisa, non c’è amore o empatia. La vita, nella sua essenza, include la morte più di quanto non le si opponga, come pure figurano, per fare un esempio, le nature morte in pittura – penso più in particolare a quelle prodotte tra il XVI e il XVIII secolo -, la cui magnificenza di fiori e frutti annunciano già, in presenza discreta e delicata, l’appassimento delle foglie e il marciume della carne. La vita non procede senza morte; l’uno porta l’altra dentro di sé… anche nella sua estetica. Senza la possibilità di sensibilizzare o verbalizzare questa doppia iscrizione, essa rappresenta tuttavia forse il primo apprendimento che facciamo alla nascita.

Il valore consolatorio e confortante che la madre in particolare è in grado di fornire al figlio, deve essere inteso anche per quest’ultimo come un primario apprendimento alla morte: la buona madre è colei che offre amore, nutrimento, cura, presenza rassicurante e premurosa, conforto , abbracci, ecc. ma è anche colei che non si sostituisce al figlio, né nel suo dolore né nei suoi lamenti, perché in fondo non è capace, come ogni essere umano, di supportare una morte a venire o semplicemente una disperazione il cui tono mortale è certamente universale ma che resta espresso da un soggetto che non è esso. Deve accompagnare il figlio nell’apprendimento della vita e della morte, attraverso il potere dell’amore per rafforzare ciò che unisce, rassicura e costruisce, senza negare i poteri di ciò che separa e che fa che la perdita o la futura mancanza  accadrà davvero in futuro. Come dice generalmente Heidegger, la nostra morte ci appartiene e quella degli altri non costituisce un sostituto o un punto di confronto sperimentale. Aggiungo da parte mia che questa verità ci è familiare e sostanzialmente intima fin dal periodo successivo alla nostra nascita attraverso una serie di esperienze che prefigurano tutti le perdite di legami che ci attendono, compresi quelli la cui effettiva morte un giorno sarà inevitabilmente responsabile. La disperazione umana di un lattante è  già  quella di un in cammino (gli auguriamo il più lungo possibile…) che conduce alla morte; è anche in questo che occorre rispettarlo, stando lì per lui e con lui, facendogli sentire che può depositare la sua sofferenza, il suo dolore e le sue angosce presso chi se ne prende cura di lui. Nonostante tutto il loro amore per lui, non potranno liberarlo completamente, assumendosene la responsabilità di questa sofferenza. Nessuno, nemmeno il genitore più amorevole, può sopportare la morte di un altro, né la relativa angoscia. Ci si  posiziona di fronte alla sofferenza del soggetto, con presenza e ascolto benevolo, non invadente e sufficientemente rispettoso da non sostituirsi a lui, è del resto anche quello che caratterizza il setting del trattamento psicoanalitico. Indubbiamente, non dovrebbe essere visto solo come una coincidenza.

Una madre troppo presa dall’idea della propria morte o delle manifestazioni di quest’ultima in lei, ne farà pagare il prezzo al proprio figlio allo stesso modo di una madre sopraffatta dal desiderio di proteggere quest’ultimo da ogni pericolo sostituendo se stessa a quest’ultimo. Sfortunatamente, tali errori proiettivi spesso portano a destini dolorosi. Esserci per tuo figlio significa anche dargli il suo posto, quello di imparare a crescere tanto quanto quello di imparare a morire. Cercare di preservarlo equivale in un certo modo a fare del proprio figlio… una cosa (protetta dalla morte dal suo status di oggetto, ma per questo anche privata della vita). Da questo punto di vista, una distanza o una vicinanza troppo grandi rafforzano allo stesso modo gli istinti di morte del bambino, alcuni perché spalancano la porta a sentimenti di vuoto e mancanza (che inevitabilmente evocheranno angosce di morte e impulsi aggressivi che li accompagnano), altri perché riducono lo spazio di apprendimento e di libertà di cui la vita e il bambino hanno bisogno per trovare il loro spazio di realizzazione. E’ una questione di misura.

Allo stesso modo, una madre sufficientemente buona è anche quella capace di assorbire e incanalare gli impulsi di morte che il figlio indirizzerà verso di lei. Pensiamo, ad esempio, al morso del seno materno, quando quest’ultimo equivale per il neonato a quello che Mélanie Klein ha definito un “cattivo oggetto”.

Illustriamo quanto sopra con due esempi. Le storie che raccontano la vita di Cristo – che affronto qui come un fatto narrativo, cioè al di fuori di ogni contesto storico, religioso o teologico – così come l’ampia iconografia a cui hanno condotto, permetteranno di raffigurare l’esito positivo del conflitto nel bambino. L’esempio clinico che gli succederà offrirà l’esempio del destino opposto.

Cristo non sarebbe nato solo per vivere tra gli uomini, ma essenzialmente per morire tra loro, per riscattare il peccato originale e rendere possibile, con la sua risurrezione e vittoria sulla morte, la possibilità della vita eterna per gli uomini. Il suo destino si fonde con il suo progetto. Lo sa dalla nascita così come lo sa sua madre. Nessuno dei due cercherà mai di alterarne il corso. Quanto alla Vergine, essa rappresenta  un modello di devozione materna mentre accompagna il figlio durante i suoi 33 anni di vita terrena, dalla culla ai piedi della Croce. Sa che il suo destino è morire e rimane lì per lui, nella costanza dell’amore che ha per lui, come fanno quotidianamente tanti genitori i cui figli soffrono di malattie incurabili.

Se la morte è ammessa e accettata, non è accompagnata, né in Cristo né nella Vergine, dagli impulsi aggressivi che Freud le associa. Se non estirpati, sarebbero insomma contenuti, tenuti a distanza dall’amore e dal legame che unisce gli attori viventi. Questo, tuttavia, non esclude il dolore inflitto dalla consapevolezza della morte a venire, né la condivisione dei sentimenti che evoca. Una commovente testimonianza artistica di quanto precede appare in un brano vocale del compositore italiano Tarquinio Merula (1595 – 1665), Hor ch’è tempo di dormire (di cui, personalmente, consiglio caldamente l’interpretazione offerta da Montserrat Figueras attorniato dall’ensemble Hespèrion XXI sotto la direzione di Jordi Savall), una ninna nanna della Vergine a Cristo ancora bambina, dove mentre la incoraggia ad addormentarsi con una musica soffusa e parole rasserenanti, a volte cede ad intonazioni di assoluta sofferenza nell’evocare le scene della messa in croce che attende il figlio.

Molte icone ortodosse rappresentano anche la Vergine con  il figlio tra le braccia, anticipando il martirio che dovrà affrontare; Cristo, in cambio, offre la sua guancia per consolarla. Questo tipo di vergini è chiamato in greco Ελεούσα, pieno di compassione o pietà (ἔλεος, in greco) o Γλυκοφιλουσα (che bacia teneramente), quando il bambino tocca il mento di sua madre.

La consapevolezza condivisa della morte a venire, la sua partecipazione all’equazione generale della vita, resa qui manifesta dai gesti, dagli sguardi e dalle parole pronunciate, lungi dal portare allo slegamento, alla disperazione, alla negazione o alle manifestazioni aggressive, uniscono i viventi attraverso i legami e li conducono insieme attraverso l’amore. La tragedia del destino non è esclusa, ma la sua conoscenza partecipa allo slancio della vita per la presenza benevola e confortante che unisce gli uomini. Essenziale, ancora una volta, il parallelismo con la psicoanalisi: quest’ultima non impedisce a nessuno di morire ma promuove un movimento di conoscenza, anche attraverso una prossimità clinica, che consente l’integrazione nello spazio del vivere e la costruzione dei fattori perturbanti portatori di pulsioni di morte ( quelle provenienti dal passato, quelle prodotte dal soggetto stesso o dalle sue angosce di morte e di slegamento) che attraversano il paziente. La psicoanalisi opera al servizio della vita integrando le forze che le si oppongono. Le parole sofferenti dei pazienti devono prima essere accolte lì (come la disperazione del bambino) per poter poi essere elaborate attraverso un movimento di conoscenza che integri gli elementi attraverso il loro collegamento. Devi sentirti ascoltato da qualcuno per poter capire te stesso. Porre una parola e una sofferenza all’orecchio di un altro è darsi i mezzi per uscire dalla disperazione (che segna lo slegamento) per entrare in un processo di vita (e quindi di legame) che ci abita in quanto include anche altri.

L’iconografia relativa alla vita di Cristo rivela questi stessi temi. Tutti i dipinti raffiguranti la Natività – quelli del Beato Angelico, Robert Campin, Sandro Botticelli, Perugino, Piero della Francesca, solo per citarne alcuni tra i più celebri – pongono Cristo al centro della composizione e gli altri protagonisti che lo circondano, in un movimento di legame intorno alla sua persona e tra di loro. Quelli che lo rappresentano morto (con una menzione personale per lo straordinario “Cristo morto” di Holbein – di cui Julia Kristeva offre peraltro una bellissima analisi in Sole nero: depressione e malinconia – e “Il Compianto sul Cristo morto” di Mantegna) o in croce (quelli di Grünewald, Rembrandt, David, Zurbaran, Delacroix per citarne solo alcuni) lo mostrano solo (perché siamo tutti soli di fronte alla nostra morte) o circondato da terzi – tra i cui ranghi ovviamente c’è sua madre – ai piedi della Croce (perché la morte uccide gli uomini ma non l’amore che li unisce). La nascita di Cristo annuncia la sua morte; la sua morte annuncia la vita.

Come Cristo, nasciamo condannati a morte, soli di fronte a tutti, ma con le risorse e la possibilità di essere circondati nel cammino della vita, che lì ci conduce, da una sufficiente presenza di altri, in noi e intorno a noi, la cui elaborazione risale ai primi momenti della vita. È la nostra capacità di creare e mantenere un legame con i terzi, nella consapevolezza della nostra mortalità universale, che produce lo spazio e il senso di una vita.

Infine, vorrei portare un esempio clinico, tratto dalla mia pratica, che illustra un lato oscuro delle questioni discusse in precedenza. Lo precedo da un breve ma indispensabile quadro teorico.

Allo psichiatra e psicoanalista René Spitz si deve, a partire dal 1945, un insieme di lavori decisivi sullo sviluppo psico-affettivo del bambino durante i suoi primi due anni di vita – in particolare nel periodo intorno ai sei mesi -, in relazione soprattutto alla madre, oltre a concezioni fondamentali come la “sindrome da ospedalismo” (che può portare alcuni bambini separati prematuramente dalla madre a lasciarsi morire) o la “depressione anaclitica” (che riflette gravi disturbi depressivi in ​​bambini piccoli, sinora in buona salute mentale , la cui madre sarebbe improvvisamente scomparsa, quando con lei hanno intrattenuto buoni rapporti fino all’età dei sei mesi). I possibili rischi associati alla deprivazione materna sono descritti in particolare da Spitz in due celebri articoli: “Dalla nascita alla parola: il primo anno di vita” e “La perdita della madre da parte del neonato”.

In assenza, nel paziente in questione, di una sindrome da ospedalismo o di comprovata depressione anaclitica durante la prima infanzia, mi affiderò al lavoro di Spitz solo per illustrare le possibili conseguenze derivanti da una deprivazione affettiva avvenuta intorno ai sei mesi del bambino . Preciso, infine, che il paziente interessato mi ha dato l’autorizzazione a pubblicare queste righe che parlano di lui, e per le quali lo ringrazio.

Quando lo incontro per la prima volta, il paziente è un uomo sulla trentina. È un giovane medico, uno sportivo (pratica diversi sport di resistenza e qualche sport rischioso, di cui tuttavia padroneggia i pericoli con tecnica sicura e condizione fisica impeccabile), dotato di una spiccata intelligenza, di una vasta cultura, di un carattere gradevole, un buon umore, una personalità accattivante, un gusto per le cose belle e un fisico vantaggioso che lo rendono un uomo attraente per molte donne, tanto che ne ha sempre una nella sua vita. Ha il contatto e la parola facile. Il suo discorso e il suo pensiero sono strutturati.

Si direbbe che tutte le fate buone si siano chinate sulla sua culla. Ahimè, un evento, come una bomba a orologeria, ha ridotto a nulla i loro sforzi…

I genitori hanno avuto questo bambino presto. Per ragioni che non sta a me commentare o giudicare, sua madre, tra i 3 ei 9 mesi del figlio, era partita per un altro continente per esercitare la sua attività professionale. Il bambino, intanto, era rimasto con il padre, un uomo il cui amore sincero per il figlio si concretizzava in una benevolenza razionale e logistica, musicista fallito (avrebbe voluto farne carriera), suonava il suo strumento sopra culla del figlio, pensando di dissipare le angosce che esprimeva (parlo di quelle del bambino…) attraverso la musica.

Poi la madre è tornata. La vita familiare ha ripreso il suo corso, nella sua dinamica, cioè anche con le difficoltà insite in ogni famiglia, ma senza scontri e senza drammi apparenti.

Il bambino è riuscito facilmente a completare gli studi; sulla scia di ciò, ha concluso brillantemente gli studi di medicina che sappiamo quanto siano difficili, impegnativi e faticosi. Quindi eccolo qui,  dottore con un billante futuro…

Medico… qualcuno che si prende cura degli altri, che li guarisce, la cui azione, in senso lato, mira a guarire, ad alleviare le sofferenze, a rimandare l’opera della morte. Quella degli altri, sì. Lo ha fatto con competenza e altruismo, ma la sua no. È l’unica persona che non può salvare, peggio, diventerà lui stesso la persona che si propone di distruggere.

L’episodio dell’assenza della madre durante i suoi primi mesi fu affrontato molto presto in analisi. La realtà di questo evento è fuor di dubbio. Riconosciuto da entrambi i suoi genitori  è stato oggetto di numerose  conversazioni durante la sua gioventù. Il paziente non gli ha attribuito alcuna sofferenza oggettiva. A tormentarlo è piuttosto la sua vita sentimentale: la perdita di una donna amata, che aveva perso durante la gravidanza un figlio di cui era padre e che lui aveva precedentemente tradito con un altra. Lei non lo ha perdonato e lo ha lasciato. L’idea di questo “bambino morto” (sic.) genera in lui pensieri di disperazione, accompagnati da malinconiche fantasticherie su una vita di perfetta felicità familiare organizzata attorno a questo bambino. Deve anche trovare, riconquistare questa donna, senza la quale non può vivere… assolutamente… Per questo è venuto a consultarsi.

Ma, nonostante i suoi sforzi, non ritornerà. Quindi il corso degli eventi si  accelera. Altre donne hanno avuto successo nella sua vita. Lo stesso scenario, tranne per il fatto che nessuna di loro è rimasta incinta di lui, si è ripetuto. Faceva  di tutto perché lo abbandonassero e, una volta raggiunto questo obiettivo, sprofondava in una disperazione profonda e alcolica, ogni volta più grande. A volte trascorreva diversi giorni nel suo letto, in uno stato di completa ebbrezza. L’elegante dandy aveva lasciato il posto a un uomo angosciato in preda a una profonda depressione. Il suo consumo di alcol era infatti poi esploso, portando a un susseguirsi di coma alcolici, gravi incidenti stradali, di cui lui era ovviamente all’origine, talvolta accompagnati da fughe e procedimenti penali. Oltre a lui, i suoi incidenti hanno talvolta coinvolto terzi e beni pubblici o privati; alcuni di questi incidenti lo hanno portato in ospedale, con gravi danni agli organi  e in rianimazionemo. Ha anche bevuto durante le sue ore di turno  in ospedale. Ha anche preso droghe lì, trovando ciò di cui aveva bisogno sul posto. Dopo innumerevoli avvertimenti e cambi di incarichi in ospedale, è stato licenziato. Una degenza in un ospedale psichiatrico non ha cambiato le cose. Ha giocato sul suo status di medico, sul suo fascino e sul suo potere di persuasione (è un campione nella manipolazione, capace di nascondere il suo stato depressivo sotto un’apparenza gioiosa e solare) per convincere gli psichiatri che questo episodio era alle sue spalle e che lui doveva essere rilasciato. Ovviamente è quello che hanno fatto.

Ogni volta qualcuno veniva a salvarlo – i suoi genitori, i suoi amici, i suoi compagni, i suoi avvocati, i suoi strizzacervelli, i suoi dottori, i suoi colleghi, i suoi capi, a volte persino la fortuna – ogni volta tornava indietro. Solo la morte sembrava magnetizzarlo. L’amore sincero che dei suoi cari lo lasciava indifferente, così come la scoperta, durante l’anno che l’ho seguito, dell’importanza nella sua vita dell’episodio della sua prima infanzia. L’ha razionalizzato, dice che non incolpa i suoi genitori (su cui probabilmente ha ragione), dice che li ama al contrario e non vuole causare loro un ulteriore dolore. È sincero ma non basta perché di fatto è sopraffatto dalle sue pulsioni mortali; gode del suo potere di disporre delle emozioni di chi lo ama o vuole prendersi cura di lui; li invita a prendere posto intorno a lui per assistere, lividi e impotenti, a ciò che costituisce la sua rivincita sulla vita: lo spettacolo della sua morte futura che nessuno gli può togliere e di cui è insieme unico attore e regista. Si sente, come se facesse eco a ciò che esprime: non eri lì per me quando avevo più bisogno di te; ora che è troppo tardi, riattivo la mia disperazione di fronte alla morte, ma questa volta sono io che la evoco e che prende potere su voi… Come diceva Freud, le pulsioni di morte sono dirette contro di noi prima che verso altri.

Né la sua intelligenza che gli permette di comprendere certe cause complesse e i loro effetti, né le sue molte altre qualità possono contrastare il potere di slegamento che spinge quest’uomo, alla seduzione che la morte esercita su di lui a seguito di un trauma troppo precoce, a una perdita impossibile da simbolizzare (nel senso di poterla esprimere a parole). Comprenderlo non basta. Lo stato depressivo della paziente è rimasto latente fino all’aborto spontaneo della sua compagna. È bastato questo evento per risvegliare, come un vulcano spento da tempo che sarebbe tornato ad eruttare, la sofferenza di un neonato che non si rassicurava quando chiedeva di essere rassicurato, prima che potesse parlare.

A volte, come nel dipinto di Brueghel il Vecchio, “Il trionfo della morte“, nessuna barricata è abbastanza forte da contenere l’assalto della morte, soprattutto quando lo si  prepara fin dalla culla.

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