EXAGERE RIVISTA - Marzo - Aprile 2024, n. 3-4 anno IX - ISSN 2531-7334

Vivian Maier, un regard d’enfant porté sur le monde. Interview avec Anne Morin

de Gianfranco Brevetto

(FRA/ITA traduzione in fondo)

Jusqu’au 24 janvier de l’année prochaine, on pourra visiter l’exposition consacrée à la grande photographe américaine Vivian Maier dans les salles du Palazzo Pallavicini, à Bologne. Il s’agit d’une très large sélection d’œuvres organisée sous la direction de Mme Anne Morin.

Il est possible d’admirer, au cours de cette exposition, 111 photographies en noir et blanc et 35 photographies en couleur provenant des archives de la Maloof Collection et de la Howard Greenberg Gallery de New York.

Vivian Maier, décédée en 2009 à l’âge de 83 ans, a consacré sa vie à l’art de la photographie. Malgré des possibilités économiques limitées, ses clichés, obtenus à partir d’appareils cultes comme le Rolleiflex, s’imposent  parmi les propositions les plus intéressantes de cette tendance qui sera plus tard connue sous le nom de street photography.

Mme Anne Morin a aimablement accepté de répondre à nos questions.

-Les photos de Vivian Maier ne laissent certainement personne indifférent. Il est difficile de ne pas être fasciné par son élégance et sa simplicité. Qu’est-ce qui caractérise, à votre avis, le travail de cette grande photographe du XXe siècle ?

-Ce qui caractérise Vivian Maier est le regard qu’elle porte sur le monde. Et je pense qu’elle a acquis cette capacité à voir grâce à son contact permanent avec les enfants. Tarkovski, le cinéaste russe, disait que les enfants, comme le poète, ne regardent pas le monde, ils le découvrent. Vivian Maier a cette capacité extrêmement aiguisée de faire remonter à la surface la dimension extraordinaire de l’ordinaire. Elle n’a pas besoin de spectaculaire pour voir, détecter et raconter des histoires. C’est une des spécificités du monde de l’enfance : construire des mondes avec presque rien.

-Vous avez de façon magistrale divisé les photos collectées en six sections. Dans ces photos Vivian Maier a simplement saisi ce qu’elle voyait, un monde composé d’inconnus et d’anonymes, avec une sympathie particulière pour les classes les plus pauvres. Que signifiait cette inclinaison pour Vivian et comment l’exprimait-elle dans ses œuvres ?

-Lorsque j’ai vu les images de Maier pour la première fois en 2011, j’ai tout de suite su qu’il fallait que je rende hommage à cette dame. Me plonger dans son travail, regarder, attendre, écouter m’a pris 10 ans. C’est une œuvre extrêmement complexe et riche, au-delà de toute attente. Si l’on s’enfonce dans son œuvre comme un explorateur va au centre de la Terre, on découvre des territoires insoupçonnés. Il faut du temps pour enquêter sur des archives, sinon il vaut mieux ne pas commencer, ne serait-ce que pour l’intégrité morale. En regardant ses images, ses films, en écoutant ses bandes sonores, j’ai eu une vue d’ensemble de ce territoire et je me suis rendu compte que VM revenait toujours sur ses pas, c’est-à-dire que son archive était extrêmement bien construite. Cette architecture consiste en la juxtaposition de thèmes qui reviendront constamment dans son œuvre tout au long des 45 années de sa trajectoire. Ces thèmes sont des ritournelles, comme des chansons que l’on répète sans cesse et que l’on finit par connaître si bien qu’elles sont naturelles, qu’elles font partie de nous. Avec Vivian Maier, c’est un peu la même chose. Elle a cadré ce récit, elle a délimité son terrain, et si elle le quitte, son écriture en est affectée, comme lorsqu’elle part faire un tour du monde en 1959.

VM a documenté son époque, même si ce n’était pas son intention. Elle a peint un portrait de l’autre côté du monde, la face noire de l’Amérique. Ce n’était pas ce que nous regardions à l’époque. D’autres photographes ont également évolué vers ces territoires, comme Arbus, Mary Ellen Mark ou Robert Doisneau, mais d’une manière différente. Elle s’intéressait à son époque comme si elle y était étrangère. Elle a aussi permis à tous ces visages anonymes, tenus à l’écart de la société, d’entrer dans l’éternité, comme l’a fait Eugène Atget en photographiant les zonards parisiens, et c’est une belle revanche sur l’Histoire.

-Vivian Maier est l’une des femmes photographes les plus titrées au monde. Pourquoi cette vision féminine dans la photographie de rue est si décisive et importante de nos jours?

-Aujourd’hui, VM trône dans l’Histoire et, derrière elle, il y a des femmes photographes qui n’ont pas encore de visage dans l’Histoire, des photographes amateurs qui peuvent aussi entrer dans l’Histoire, car l’Histoire est vivante, elle ne cesse de changer, de se modifier parce qu’elle est présente et future. Il est important d’œuvrer à une plus grande visibilité de ces artistes femmes, car trop souvent oubliées par l’Histoire. 

-De nos jours, grâce à l’utilisation d’appareils photo, toujours plus sophistiqués, intégrés à nos téléphones portables, la photographie de rue est un genre qui se généralise, souvent avec des résultats qui ne sont pas toujours artistiques…

-Vivian Maier est revenue à la lumière avec une œuvre qui résonne avec notre époque contemporaine. Il s’agit de l’autoportrait et de l’autoreprésentation si à la mode aujourd’hui sur les réseaux sociaux. La crise identitaire qui habite notre époque contemporaine fait écho à ce qui pour Vivian Maier était une simple preuve de son existence. Dans cette société du rêve américain dont elle ne faisait pas partie, son identité avait été effacée. Elle était au service des autres, rien de plus. Aujourd’hui, l’œuvre de Vivian Maier parle à tout le monde. Chacun, pour une raison ou une autre, se reflète dans son visage. Elle était invisible, elle est devenue une icône. C’est ce renversement qui résonne. Si ses images peuvent créer des vocations, des passions, ou ne serait-ce qu’un moment de loisirs et une réflexion sur notre monde, cela est une bonne nouvelle, que la pratique soit amateur ou non.


Vivian Maier

Anthology

Palazzo Pallavicini

Bologna

(fino al  28.1.2024)



Vivian Maier, guardare il mondo con gli occhi di un bambino. Intervista a Anne Morin

di Gianfranco Brevetto

C’è tempo fino al prossimo 24 gennaio per visitare, nelle sale di Palazzo Pallavicini, a Bologna, la mostra dedicata alla grande fotografa americana Vivian Maier. Si tratta di una selezione molto ampia di opere curate da Anne Morin.

Nelle sale è possibile ammirare un’interessante raccolta di 111 scatti in bianco e nero e 35 a colori provenienti dagli archivi della Maloof Collection e della Howard Greenberg Gallery di New York.

Vivian Maier, morta nel 2009 all’età di 83 anni, ha dedicato la sua vita a quest’arte. Nonostante le limitate possibilità economiche, le sue foto, ottenute da apparecchi cult come la Rolleiflex, spiccano tra le proposte più interessanti di quella tendenza che poi sarebbe divenuta nota come street photography.

Anne Morin, fotografa e curatrice dell’evento, ha gentilmente accettato di rispondere alle nostre domande.

-Le foto di Vivian Maier non lasciano certamente nessuno indifferente. Difficile non rimanere affascinati dalla sua eleganza e semplicità. Cosa caratterizza, secondo lei, il lavoro di questo grande fotografo del XX secolo?

-Ciò che caratterizza Vivian Maier è il modo in cui guarda il mondo. Credo che questa capacità di vedere l’abbia acquisita grazie al contatto costante con i bambini. Tarkovsky, il regista russo, diceva che i bambini, come il poeta, non guardano il mondo, lo scoprono. Vivian Maier ha questa capacità estremamente acuta di portare in superficie la dimensione straordinaria dell’ordinario. Non ha bisogno della spettacolarità per vedere, individuare e raccontare storie. Questa è una delle specificità del mondo infantile: costruire mondi con quasi nulla.

– lei ha magistralmente diviso le foto raccolte in sei sezioni. In queste foto Vivian Maier ha catturato semplicemente ciò che vedeva, un mondo fatto di persone sconosciute e anonime, con particolare simpatia per le classi più povere. Cosa ha significato per Vivian questa inclinazione e come l’ha espressa nelle sue opere?

-Quando ho visto per la prima volta le immagini di Maier nel 2011, ho subito capito che dovevo renderle omaggio. Immergermi nel suo lavoro, guardare, aspettare, ascoltare mi ha richiesto 10 anni. È un lavoro estremamente complesso e ricco, al di là di ogni aspettativa. Se approfondiamo il nostro lavoro come un esploratore che va al centro della Terra, scopriamo territori inattesi. Ci vuole tempo per indagare negli archivi, altrimenti è meglio non iniziare, anche solo per amore d’ integrità morale. Guardando le sue immagini, i suoi film, ascoltando le sue colonne sonore, ne ho avuto una visione d’insieme e mi sono resa conto che VM tornava sempre sui suoi passi, vale a dire che il suo archivio era estremamente ben costruito. Un’architettura che consiste nella giustapposizione di temi che ricorrono costantemente durante i 45 anni del suo impegno. Questi temi sono ritornelli, canzoni che ripetiamo costantemente e che finiamo per conoscere così bene che ci appaiono naturali, diventano parte di noi. Con Vivian Maier è un po’ la stessa cosa. Ha inquadrato questa storia, ha delimitato il suo terreno e, se lo lascia ne risente, come quando fece un giro del mondo nel 1959.

VM ha documentato i suoi tempi, anche se non era questa la sua intenzione. Ha dipinto un ritratto dell’altra parte del mondo, il lato nero dell’America. Non era quello che, in quel momento, attirava la nostra attenzione. Anche altri fotografi si sono evoluti su questo percorsi, come Arbus, Mary Ellen Mark o Robert Doisneau, ma in modo diverso. Era interessata al suo tempo come se gli fosse estraneo. Ha permesso a tutti questi volti anonimi, tenuti lontani dalla società, di entrare nell’eternità, come ha fatto Eugène Atget fotografando gli abitanti delle periferie parigine: una bella vendetta sulla Storia.

-Vivian Maier è ancora una delle fotografe di maggior successo al mondo. Perché questa visione femminile nella street photography appare oggi così decisiva e importante?

-Oggi VM siede sul trono nella Storia e, dietro di lei, ci sono fotografe che non hanno ancora un volto nella Storia, fotoamatrici che possono entrare anche loro nella Storia, perché la Storia è viva, non smette mai di cambiare, di modificarsi perché è presente e futuro. È importante lavorare per una maggiore visibilità di queste artiste, perché troppo spesso vengono dimenticate dalla Storia.

-Oggi, grazie all’utilizzo di fotocamere sempre più sofisticate integrate nei nostri cellulari, la fotografia di strada è un genere che si sta diffondendo sempre più, spesso con risultati non sempre artistici…

-Vivian Maier è tornata alla luce con un’opera che risuona con la nostra contemporaneità. Si tratta dell’autoritratto e dell’autorappresentazione tanto di moda oggi sui social network. La crisi d’identità che abita la nostra contemporaneità riecheggia quella che per Vivian Maier era una semplice prova della sua esistenza. In questa società da sogno americana di cui non faceva parte, la sua identità era stata cancellata. Era al servizio degli altri, niente di più. Oggi il lavoro di Vivian Maier parla a tutti. Tutti, per un motivo o per l’altro, si riflettono nel loro volto. Era invisibile, è diventata un’icona. È questa inversione che risuona. Se le sue immagini possono creare vocazioni, passioni o anche solo un momento di svago e di riflessione sul nostro mondo, questa è una buona notizia, che la pratica sia amatoriale o meno.


Vivian Maier

Anthology

Palazzo Pallavicini

Bologna

(fino al  28.1.2024)

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